Enfin !

3 minutes de lecture

Le lendemain, alors que je passe mes nerfs en nettoyant l’appartement de fond en comble, la petite cloche qui m’annonce un mail retentit

— Oh putain !

Je me jette sur mon téléphone au moment où Charlie bondit hors de la salle de bains.

— C’est elle ? C’est oui ?

Elle sait que j’attends cette réponse depuis des jours, et en bonne amie, elle sursaute à chacune de mes exclamations. Je lis le mail une première fois, puis une deuxième et pousse un soupir de déception.

— C’est pas grave Mimi. T’en auras d’autres.

Sa crinière lissée d’un seul côté lui donne l’air à moitié folle, j’en rirais si je n’étais pas si contrariée.

— Non, elle est d’accord. Mais je ne comprends pas, elle veut que son fils participe aux travaux.

— Mais c’est oui ?

— Oui, mais… C’est quoi ce délire ?

— On s’en fout, elle a dit oui.

Je me laisse tomber sur une chaise, dépitée. Je n’ai pas envie de travailler avec quelqu’un que je ne connais pas. Je ne veux pas qu’il traîne dans mes pattes, remette en question mes méthodes, n’en fasse qu’à sa tête.

— Je n’ai pas envie…

— Non mais attends, tu plaisantes ? Ça fait deux semaines que tu me bassines avec ton rendez-vous, ensuite ton devis, puis la réponse qui ne vient pas. Tu vas pas te défiler maintenant !

Je prends un moment pour peser les pour et les contre. Mais je dois être honnête avec moi-même. Je ne refuserais que si Madame Gardner me demandait de poncer le plancher à la main. Et encore.

— Non… Bien sûr que non, je ne vais pas me défiler. Mais alors, ça m’emmerde au plus haut point.

Avant d’accepter, je pose mes propres conditions, puisqu’on en est là. La première : le chef de chantier, c’est moi, pas lui. Si elle m’engage, elle m’accorde sa confiance, et il devra en faire de même. La deuxième… je réfléchis. Non à vrai dire, il n’y en a qu’une. Je ne lui imposerai ni assiduité, ni horaires fixes. Après tout, il n’est pas un employé, et s’il décide de ne pas venir pendant quelques jours, tant mieux. Tout ce que j’attends de lui, c’est qu’il me foute la paix.

Vient ensuite le moment d'organiser tout ça. Trouver un cuisiniste digne de ce nom s’avère un véritable parcours du combattant. Madame Gardner a un budget serré, et les tarifs pratiqués dans le coin rendent la tâche presque impossible. Plusieurs jours et quelques cheveux blancs plus tard, je finis par trouver un petit cuisiniste indépendant, absolument imbuvable mais qui propose des meubles de qualité à des tarifs défiants toute concurrence. Sûrement que son caractère le force à baisser ses prix s’il ne veut pas plier boutique. C’est un véritable con.

Le jour de la signature, je dois quasiment implorer Madame Gardner de ne pas partir en claquant la porte, tellement l’homme lui sort par les yeux. Mais on n’a pas le choix. C’est lui, ou garder l’ancienne cuisine aux meubles bancals et qui ferait tâche dans une maison rénovée. Alors elle me concède la signature de mauvaise grâce. Mais au point où j’en suis, elle pourrait tout aussi bien m’insulter en signant, tout ce qui m’importe, c’est de ne pas devoir me replonger dans les recherches impossibles de trouver une cuisine correcte à un prix accessible.

En parallèle, il me faut louer une ponceuse à bande pour le parquet. Bien sûr, aucune n’est disponible aux dates auxquelles j’en ai besoin. Je dois réorganiser tout mon chantier, commencer par le sol, à l’envers donc. Ça ne m’arrange pas du tout, mais je ne suis plus à ça près. Entre le fils à gérer, le cuisiniste odieux, et maintenant l’organisation entière à revoir, ce chantier promet de mettre mes nerfs à rude épreuve.

Annotations

Vous aimez lire Julie Larousse ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0