Chapitre 8
Daniel ne s’éternisa pas sous la douche et enfila le peignoir beige laissé à disposition. Il avait pris l’habitude d’être le dernier à la prendre, souvent sous des jets glacials.
Face au miroir, il scruta sans ménagement les moindres traits de son apparence : ses cheveux bleus, trop fins, « des bouts de ficelle » ; ses yeux verts « moisissure » ; ses taches de rousseur qui lui donnaient « l’air idiot » ; ses traits fins de « femmelette », tant de critiques qu’il avait fini par intégrer.
Il souffla en essuyant rageusement une larme. La pile de vêtements l’intriguait. Aucune trace de ses vieux jeans reprisés ou de ses polos troués. Ils étaient neufs.
Il déplia le t-shirt, un basique, blanc. Les yeux fermés, il frotta le pull marine contre sa joue pour en apprécier l’inhabituelle douceur. La paire de jeans lui allait à merveille.
Il se détourna rapidement de son reflet, complexé par sa peau trop pâle et ses membres trop maigres, même dans une tenue neuve.
- Argh, souffla-t-il. Rien ne me va.
Par automatisme, il nettoya impeccablement toute trace de son passage, fit son lit et aéra la chambre, puis vérifia quatre fois le contenu de son sac à dos, qui n’avait pas été ouvert.
La main sur la poignée de la porte, il hésita plusieurs minutes avant de réussir à l’ouvrir. Lentement, attentif au moindre bruit suspect, il entreprit de chercher la sortie.
Les escaliers de l’étage n’étaient pas éloignés et il se précipita vers eux, les dévalant en s’efforçant de ne faire craquer aucune marche.
L’entrée était juste en face de lui, la liberté à portée de sa paume—
- Tu sors, mon garçon ?
La voix douce de Dame Elowen le tira de son schéma de fuite. Il hocha la tête.
- Vous avez dit que je pouvais aller au jardin, madame, fit-il, comme s’il rappelait une promesse.
- Tu comptes sortir pieds nus ?
Daniel baissa le regard sur ses orteils. Dans sa nervosité, il n’avait même pas remarqué qu’il avait oublié d’enfiler des chaussures.
- Ah. Euh…
- Ne t’inquiète pas, j’y ai pensé.
Elle désigna de l’index un petit tabouret qui supportait une paire de baskets d’un blanc immaculé, ainsi que les chaussettes qui les accompagnaient.

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