Chapitre 9
Daniel fronça les sourcils.
- Qu’est-ce que vous attendez de moi en échange ? fit-il en désignant sa nouvelle tenue.
Il n’osa même pas prendre les chaussures.
- Il s’agit là de simples nécessités pour un jeune homme dans le besoin. Je ne fais que mon devoir d’hôtesse.
- Je n’ai pas les moyens de payer quoi que ce soit.
Dame Elowen agita la main.
- Pas d’argent entre nous, jeune homme. Va plutôt admirer mon parc. Tu me diras ce que tu en auras pensé, avec honnêteté, et ce sera ton remerciement, entendu ?
L’incrédulité se peignit sur ses traits, mais il ne pipa mot, trop effrayé de perdre l’opportunité de situer sa position s’il répliquait.
Il enfila rapidement les chaussettes vertes aux motifs de chouettes et les baskets blanches, puis se glissa dehors sous le regard bienveillant de la maîtresse de maison.
Il referma derrière lui avec soulagement.
Libre.
Il prit le temps de regarder autour de lui et ouvrit grand la bouche face au spectacle : le jardin de Dame Elowen était un véritable Éden entouré par les bois.
Des bosquets de fleurs multicolores jaillissaient en gerbes colorées, ombrageant un chemin de dalles encadrées de mousse brillante.
Des plates-bandes d’herbes folles émergeaient çà et là, radieuses de vie, bourdonnantes d’insectes de toutes sortes.
Des papillons aux teintes variées voletaient de plante en plante, se nourrissant de leur sirop sucré. L’oreille fine du jeune homme capta le murmure d’une rivière.
Suivant le chemin tracé, il se dirigea vers la source du murmure.
Le ruisseau serpentait au bout du jardin, quittant la forêt pour un court instant avant de s’y glisser à nouveau, roucoulant sous le ciel bleu.
Une petite plage de galets était aménagée sur son bord. Émerveillé, Daniel se déchaussa et glissa ses pieds dans l’eau claire et glacée avec un frisson de plaisir.
Les yeux fermés, les pieds au frais et la tête au soleil, il se posa pour profiter du calme que lui offrait cet enclos de Dame Nature.
Respirant à plein nez, il laissa ses poumons s’emplir d’air pur et d’effluves florales. Conscient des diverses sensations qui l’envahissaient, il laissa ses épaules se détendre pour la première fois depuis bien longtemps, gagné par la quiétude du moment.
Une douce effluve de pommes-cannelle s’imposa, balayant toute autre.
Le souvenir de soirs d’automne dans la cuisine, avec sa mère, s’imposa à sa mémoire. Il avait presque le goût du crumble croustillant aux fruits du jardin dans la bouche.
La rémémoration le submergea tout entier.
- Maman !
Une pelure de pomme dans une main, un éplucheur dans l’autre, la femme aux cheveux auburn baissa les yeux sur lui.
- Je peux avoir un bout ?
- Bien sûr, cœur.
Enchanté, il croqua la friandise juteuse.
- Mmmh…
- Tu aimes ?
- Oui !
- C’est un cadeau de la Nature, chéri.
- Merchi, ma'ame Nacure.

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