Chapitre 2
La carte était vieille et poussiéreuse, mais elle avait le mérite de documenter les sentiers de toute la forêt. Il savait qu’en quelques jours de marche, il devait pouvoir atteindre le village opposé à celui de son enfance, et plus il mettrait de distance entre lui et ce cauchemar, mieux il se porterait.
Assis sur une souche à moitié pourrie et humide de rosée, il s’insulta intérieurement de ne pas l’avoir mieux analysée avant de partir.
- Idiot.
Il se frappa la cuisse avec frustration et grimaça quand son poing fermé rencontra un bleu tout frais.
- Connard, lança-t-il à l’attention de celui qui le lui avait infligé.
Mark Weren n’était pas réputé pour son humeur joviale, c’était le moins qu’on puisse dire. Dans le village, les enfants l’évitaient comme la peste, et on savait qu’il ne fallait pas lui refuser son verre de whisky quand il descendait au bar le vendredi soir. Il avait déjà fendu l’arcade sourcilière du barman qui ne l’avait rempli qu’à moitié.
Il collectionnait les enfants adoptifs pour les aides que lui accordait l’État et les faisait trimer dans sa propriété comme des esclaves.
Daniel était vite devenu sa victime favorite, parce qu’il était frêle, sensible et maladroit.
Ce dernier serra les dents et secoua la tête pour éloigner le souvenir du visage grimaçant, aux dents noircies, de celui qui s’appelait mielleusement son père.
- Qu’il aille se faire foutre, et tout le monde avec lui.
La peur lui tordit le ventre. Ce n’était pas la première fugue qu’il tentait, et les conséquences des précédentes avaient été plus que désastreuses. Il en gardait l’empreinte en lignes sur son corps maigre.
Déterminé à ne pas se faire rattraper, il choisit un sentier et s’y engagea.
À grands renforts de gros mots, il progressa dans les fourrés peu empruntés à mesure que le jour avançait.
Quand le soir tomba, il se laissa tomber au pied d’un chêne séculaire et se décida à faire un feu. L’été était proche, mais les nuits étaient encore fraîches, et tant qu’à faire, il préférait éloigner les bêtes sauvages.
Enveloppé dans un pull supplémentaire, il tendit les mains vers la flamme chaleureuse qui crépitait joyeusement.
Il cligna des yeux, mais sa nuit blanche et sa journée de marche éreintante eurent bientôt raison de lui. Il piqua du nez près du foyer.
Dans un réflexe, il sursauta et recula ; ses mains glissèrent sur la mousse humide et sa tête heurta un rocher. Il perdit connaissance.

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