Chapitre 56
Rafraîchi, les idées plus claires, Daniel enfila la tenue propre qui l’attendait sur le meuble de la salle de bain : chemise blanche au col lacé, pantalon large enfoui dans des bottes et un foulard ? Perplexe, il le noua en ceinture autour de sa taille.
Prêt, il s’attarda dans la chambre de Rowan. Le lit dans lequel il avait dormi en occupait le centre, placé sur un épais tapis moelleux. Les draps chiffonnés et les coussins tombés au sol lui donnaient un air vivant.
Le mur parallèle à la couche était occupé par une immense baie vitrée qu’on pouvait occulter par des longs rideaux verts d’eau et qui ne donnait pas sur la cour mais sur une vallée entourée de montagnes.
Appuyé contre la vitre froide, Daniel se perdit dans l’admiration de ce paysage imposant. Le palais était construit au bord de la falaise et il embrassait du regard une forêt de sapins millénaires.
Une table de bureau et son fauteuil tournaient le dos au panorama. Du papier à écrire, des enveloppes encore fermées, un long couteau mince attendaient d’être rangés.
Quelques tableaux égayaient l’ambiance. Celui au-dessus du lit représentait un homme souriant portant un petit garçon aux cheveux noirs et aux yeux dorés. Leurs sourires joyeux indiquaient une complicité affectueuse.
- Mon père, fit une voix derrière lui.
Rowan souriait tristement, si proche que Daniel pouvait sentir la chaleur de sa poitrine contre son épaule.
- Mère avait tenu à ce que nous réalisions un portrait, comme avec mes frères et sœurs avant moi.
- Vous êtes très beaux, commenta doucement le mage. Vous avez l’air extrêmement proches.
- C’était tout mon monde, murmura le loup-garou.
- Est-il... tenta le garçon prudemment.
- Mort. Oui.
Un silence suivit. Daniel n'avait jamais connu son père et ne réalisait pas entièrement la douleur que pouvait réprésenter la perte d'un être aussi cher. Sa seule comparaison concernait sa vieille nourrice. Quant à sa mère, il se refusait à la croire morte.
- Je suis désolé, murmura-t-il.
- Ce n'est rien. Ce n'est pas de ta faute.
- Je sais, ce n'est pas ça que je voulais dire... Je suis peiné de ne pas savoir comment te consoler...
- Eh...
Le jeune homme planta son regard dans celui contrit du mage.
- J'ai fait mon deuil et ce n'est pas à toi de le porter. C'est ma charge.
- Mais je-
- Je comprends. Et je te suis reconnaissant. Mais je vais bien. Ce départ fait partie de ma vie, comme certaines choses marquent la tienne. Nous avons tous nos démons, inutile de imposer ceux des autres. Si j'ai besoin de ton aide, je saurai te la demander, sois en sûr, Daniel.
Le prénom résonna comme une promesse.

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