Chapitre 6

4 minutes de lecture

Sarah & Carl - Appartement 32

Carl est tout excité à l'idée de rencontrer son agent demain. Plusieurs lui ont fait des offres, mais une maison d'édition a su sortir du lot en proposant une avance sur les ventes, flairant le succès. De mon côté, j'ai une audition demain auprès d'une maison de disques et je suis complètement stressée.

Nous n'avons plus de gélules noires depuis que nous (ou plutôt Carl) avons décidé de ne pas renouveler notre pacte avec Nathan, pour des raisons... éthiques. C'était pourtant le seul outil dont je disposais pour faire émerger le talent.

Pendant que je me démaquille dans la salle de bain, me préparant à me coucher, Carl me dit :

-Tu sais, je suis content qu'on ne soit plus dépendants de ces gélules noires ni de Nathan. Nous pouvons continuer l'esprit tranquille sans avoir cette horrible dette à payer.
- J'espère au moins que je vais réussir mon audition. Ce serait si dommage d'échouer. Je tiens vraiment à aller plus loin dans ma carrière. Je me suis sentie stagner si longtemps, et maintenant je sens enfin une ouverture. J'ai si peur qu'elle se referme et que mes espoirs s'envolent.
- Je suis sûr que tu vas y arriver, Sarah. Même si tu ne joues pas aussi parfaitement qu'avec une gélule noire dans l'estomac, tu restes une musicienne hors pair et personne ne peut te le retirer. Tu sais, des fois je me demande si les gélules n'étaient pas seulement un moyen d'avoir confiance en nous-mêmes.

Ses paroles me donnent à réfléchir. Peut-être que Carl a raison, mais je ne peux nier l'effet surnaturel de ces gélules noires. Peut-être n'ont-elles fait que ressortir un talent profondément caché en moi ?

Le lendemain, je commence à jouer mes premières notes dans le studio d'enregistrement.

Ma technique est toujours maîtrisée et le rythme est juste. Mais je sens que quelque chose manque. Le talent n'est pas là, et quand je joue la dernière note, je sens les larmes me monter aux yeux. À leur expression, je vois bien qu'ils ne sont pas satisfaits. Ils apprécient peut-être ma performance mais ils ne reconnaissent pas ce qu'ils ont entendu. Je veux proposer de jouer autre chose mais je m'abstiens. Parfois, il vaut mieux s'arrêter là pour ne pas s'enfoncer plus loin.

Je rentre en pleurs dans mon appartement. J'ai envie de tout raconter à Carl mais il est à son rendez-vous avec l'éditeur.

D'autres maisons de disques et compositeurs n'ont pas encore répondu aux enregistrements que je leur ai envoyés, donc rien n'est perdu. Il se peut que d'autres opportunités arrivent très vite. Mais à quoi bon continuer ainsi alors que je ne suis pas capable d'être aussi talentueuse que je l'ai été ? Ce serait un immense gâchis. Je sens mon anxiété s'intensifier quand je me dis que tout cela a été vain.

Quelqu'un frappe à la porte. Je me doute de qui ça peut être.

- Bonjour Sarah, me dit Nathan. Comment s'est passée votre audition ?

Je ne peux m'empêcher de retenir mes larmes.

- Oh Sarah, je suis désolé. Je n'aime pas vous voir triste comme ça. Vous ne pouvez pas continuer ainsi. Il faut vous ressaisir. Et je sais ce qui pourrait vous aider.

Une semaine plus tard, je passe une audition auprès d'un producteur de trames sonores. Il est lui-même chargé de la direction musicale d'un film en production et souhaite recruter des violonistes pour une bande-son. Seront également présents deux compositeurs de son équipe. Je veux jouer parfaitement.

Je ressens la morsure de l'envie. Ce désir a quelque chose de physique, c'est une faim qui me noue l'estomac et qui me serre la gorge. Cette fois-ci, je suis confiante car j'ai tout ce qu'il me faut.

Dès les premières notes jouées, j'entends la perfection et le talent s'éveiller en pleine harmonie. Que dire de plus ? Rien ne vaut les gélules noires.

Évidemment, je ne peux pas révéler tout cela à Carl. Je ne pense pas qu'il serait capable de comprendre. De me comprendre. Nous sommes semblables sur bien des points, mais une différence s'installe désormais en nous. Nous n'avons tout simplement pas la même vision ni le même besoin. Je peux me débrouiller sans lui. Après tout, il se chargeait seulement de repérer des squats occupés par des toxicos sans-abri. C'est moi qui faisais tout le travail : c'est moi qui sectionnais les doigts. Malgré tout, je ne me vois pas faire ça toute seule, alors je vais suivre les conseils de Nathan.

Ce soir, Carl est en déplacement professionnel pour son travail de journaliste. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il démissionne. Il ne sera pas rentré avant demain soir. C'est l'occasion de payer ma dette.

Je monte au cinquième étage et je croise Nathan dans le couloir.

- Elle est prête, me glisse-t-il.

Quand elle m'ouvre sa porte, je me présente :

- Bonsoir, je suis Sarah de l'appartement 32. On a toutes les deux une dette envers Nathan et je pense qu'on pourrait s'entraider.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Dan Delaney ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0