Chapitre 12

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Claire - Appartement 54

Je suis à moitié somnolente, assise à l’arrière de la voiture. J’entends le son de la radio se mélanger aux discussions de mes parents. Il me dit que je suis en sécurité. Rien ne peut ne peut m’arriver. La voiture ralentit, puis s’arrête. J’expire, et le cercle se referme.

Quand le moteur redémarre, j’inspire. Un demi-cercle se trace. La radio s’allume et les voix calmes de mes parents forment un dialogue entre eux.

Il affirme que j’ai le contrôle. Il m’explique que la vie est composée de nombreux cycles. On peut décider de leur continuité, les faire durer indéfiniment ou choisir de terminer le cycle. Le choix m’appartient, peu importe la nature du cycle.

Il m’indique de me concentrer sur ma respiration et la visualisation de demi-cercles. Le cercle se referme et j’ouvre les yeux.

- Bien, me dit-il. Comment vous sentez-vous, Claire ?
- Plutôt détendue. Vous pensez que mes cauchemars cesseront ?
- Il est un peu tôt pour le dire. Je pense que plusieurs séances peuvent s’avérer nécessaires. Nous pourrions essayer de nous voir toutes les trois ou quatre semaines ? Vous pouvez aussi essayer de vous prêter à cet exercice au moment de vous coucher. En continuant les séances, nous pourrons installer une habitude inconsciente dans votre esprit. Cela mettra fin aux cauchemars et potentiellement à votre addiction aux anxiolytiques. En attendant, prenez soin de vous, Claire.

Je pense que le Docteur Livier a compris mon allusion aux gélules noires. Quand on est comédienne, on apprend à analyser les expressions du visage pour mieux se les approprier. Il en va de même pour le langage non-verbal. Parfois, les expressions les plus discrètes peuvent en dévoiler bien plus que les mots. Quand j’ai mentionné mon addiction et le cycle infernal, il a légèrement levé le menton et s’est adossé contre sa chaise. Ce sont les signes d’une compréhension, d’une empathie, ou même d’un souvenir.

Je pense que les séances d'hypnose peuvent m’aider pour mes cauchemars. Mais je doute fort qu’elles puissent m’aider à me passer des gélules et donc me passer de mes jambes.

Je me demande combien de résidents et combien de ses patients sont également sous l’emprise des gélules noires. En venant ici, j’ai croisé une résidente de mon étage que j’ai reconnue mais dont j’ignore le nom. Et en sortant d’ici, j’en croise une autre.

- Bonjour Catherine, comment allez-vous ?
- Oh, bonjour Claire ! Je vais bien, je vous remercie.
- Êtes-vous disponible dans l’après-midi ? J’aurais une nouvelle fois besoin de récupérer du matériel.
- Oui bien sûr, je serai disponible dans une heure.

Plus tard dans la soirée, je rentre chez moi après avoir eu mon premier rendez-vous avec l’agence de comédiens. Je suis ravie. Ils me promettent des opportunités et plus de facilité d’accès aux castings. Je serai informée avant que les annonces ne soient publiées sur internet. Il va également falloir que je donne du mien et que je fasse de mon mieux. Mais comme je l’ai déjà dit : je suis prête à tout pour jouer un rôle.

On frappe à ma porte. Certainement Sarah avec qui je me suis donné rendez-vous. Nous sommes toutes les deux inquiètes depuis l’article sur les toxicos mutilés. Il va falloir prendre des précautions. D’un autre côté, qui soupçonnerait une comédienne et une musicienne ? Ça me fait bizarre de me dire que je suis le monstre derrière ces atrocités, c’est encore plus dérangeant de réaliser que je suis toujours motivée à interpréter ce monstre. 

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