Chapitre 16
Adrienne
Appartement 53
- Je suis prête.
- Bien, répond le Docteur Livier. Commençons.
Comme la dernière fois, j’applique les consignes pour la mise en transe. La visualisation des cercles s'avère particulièrement efficace. Je ne peux pas vivre avec cette amnésie. Je sais que j’ai eu un accident de ski qui m’a plongée dans un coma. Je n’en suis pas sortie sans séquelles. Depuis la dernière séance, je suis parvenue à prendre mon courage à deux mains. Il est temps de rassembler toutes les pièces du puzzle.
Je suis à nouveau dans ce paysage enneigé. Le vent frais me dynamise. De nouveau sur les skis, je commence à suivre les traces d’un autre skieur. Je me laisse glisser sur la pente.
Ce n’est pas si mal finalement. Je me souviens du ski, de l’altitude, du soleil qui se reflète sur la neige.
- J’entends une voix qui crie au loin.
- Reconnaissez-vous cette voix ? me demande le docteur.=
- Non. Elle demande de l’aide.
- Dirigez-vous vers elle. Souvenez-vous Adrienne, quoi qu’il arrive, vous êtes ici en sécurité.
Je me rapproche de cette voix. Au fur et à mesure, je continue de décrire ce que je vois. Cela devient un automatisme que j’exécute sans effort.
Je gagne de la vitesse sur mes skis et brusquement, je m’arrête quand j’aperçois un ravin. C’est de là que provient la voix. Je déchausse rapidement mes skis et je m’approche du précipice. Je remarque une silhouette qui peine à s’accrocher à la roche.
Cette femme, c’est… moi ? Pourquoi je me vois moi-même ? Mon double va finir par tomber si je n’agis pas tout de suite ! Je m’allonge sur le sol et me penche maladroitement plus loin vers le ravin. J’ai peur de m’avancer davantage, mais c’est le seul moyen pour l’atteindre.
Elle est en panique et peine à rester en place. Je dois l’aider.
J’attrape sa main et tente de la tirer vers moi mais je n’ai aucune force.
- Je n’y arrive pas ! dis-je.
Plus je m’efforce de la ramener à moi, plus je me sens glisser vers le vide.
- Peter, je t’en prie ! Ne me lâche pas ! me supplie-t-elle.
Je commence à glisser lentement. Si je continue, je tombe aussi. Cette situation me semble durer une éternité.
Je ne vais pas y arriver, je n’arrive pas à tirer et je n’ai plus de force !
Je me sens glisser dangereusement et par instinct, je lâche prise. Quand ma main lâche la sienne, je reçois son regard accusateur.
Son cri de terreur fait écho à travers la roche tandis qu’elle s’enfonce dans le vide. Je suis tellement désolé Adrienne.
Je perds l'équilibre, et tombe à mon tour. Tout devient noir.
- Je ne veux plus être ici ! dis-je en criant.
- Concentrez-vous sur ma voix, Peter. Fermez les yeux, prenez une grande inspiration et visualisez un demi-cercle se dessiner…
Quand j’ouvre les yeux, je suis totalement confus.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? je demande.
- Je suis désolé pour votre sœur jumelle, Peter. Ce que je vais vous annoncer va être très difficile à entendre. J’ai pu contacter des anciens confrères de l’hôpital où vous avez séjourné pendant votre coma. Vous vous nommez Peter et vous avez une sœur jumelle : Adrienne. Vous avez eu un accident de ski et vous êtes tous les deux tombés dans un ravin. Vos corps ont été récupérés mais seul vous avez survécu. À votre réveil, votre subconscient a créé une nouvelle identité pour vous protéger de la douleur de la perte de votre sœur. Vous avez tous les deux une apparence androgyne et une ressemblance flagrante. Pour survivre à ce traumatisme, votre esprit s’est dissocié en deux personnalités distinctes, un mécanisme de défense extrême connu sous le nom de trouble dissociatif de l'identité. Vous vous êtes approprié l’identité de votre sœur et avez enfoui celle de Peter. L’accident et votre traumatisme sont les raisons de votre amnésie : votre personnalité enfouie refusait de refaire surface, elle et tous ses souvenirs.
- Alors je suis devenu Adrienne, dis-je déboussolé. Je me souviens de mon réveil à l'hôpital. Quand je me suis regardé dans le miroir, c’est elle que j’ai vu. Puis tout était complètement confus.
- Peter, je suis fier de vous. Vous êtes parvenu à redevenir vous-même. Vos propres souvenirs vont réapparaître petit à petit. Rentrez chez vous et reposez-vous. Je vous propose de me revoir dès demain matin. Je pense que l’hypnose s’avère nécessaire pour que vous puissiez faire votre deuil. Votre état est fragile et il vous faut être accompagné pendant ce processus.
J’accepte la proposition du docteur et je quitte son appartement. Dans le couloir, je croise un homme dont l’apparence m’est familière.
- Ravi de vous retrouver Peter. Je suis conscient que vous n’ayez pas pu payer votre dette pendant votre coma. Maintenant que vous êtes sur pieds et de nouveau vous-même, vous allez pouvoir y remédier. Il vous reste une semaine.
Des souvenirs refont surface.

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