prologue

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Moi, Églantine, j’aurai 110 ans la semaine prochaine, mais je ne les verrai pas. Je rendrai les armes deux heures avant d’y parvenir.

Quelle importance ?

Moi, Églantine, rebouteuse depuis l’âge de dix ans, je sais que je vais droit vers ma mort.

Mais qui peut en dire autrement ?

Ma peau n’est plus qu’une frêle enveloppe qui retient mes os, mon sang, mon âme. Elle est si transparente et si fine qu’on craint l’écorcher d’une caresse. Cinq générations s’élancent dans les branches de mon arbre généalogique.

Mon arrière-petite-fille, Orianne est venue la semaine dernière, son ventre est rebondi par la présence de mon arrière-arrière-petite-fille, ce sera la réincarnation de mon fils, mais cela, je ne peux le lui révéler.

Moi, Églantine, mourant dans dix jours, je serai réincarnée dans la seconde enfant d’Orianne. Je remercie le Ciel de m’avoir fait rencontrer ma future mère, une bonne mère, une tendre mère. Cette petite sera gaie, timide, et, hélas artiste. Je dis hélas car être une véritable artiste n’est pas vraiment un cadeau.

Elle aura aussi le Don qui se transmet par l’âme. Pauvre petite, je le lui dispenserais bien.

Avant de franchir la porte de ce monde inconnu, j’ai voulu mettre de l’ordre dans mes papiers, pour que mon arrière-arrière-petite-fille, celle qui arrivera d’ici un an et demi, puisse connaitre sa vie antérieure. Je suis retombée sur les cahiers d’Olivier, de Valentin et d’Alexis. Ils étaient rangés précieusement chacun dans un carton respectif, avec une multitude d’objets poussiéreux et inutiles. Les trois boites étaient côte à côte au grenier.

J’ai ouvert le premier, celui d’Olivier. Celui de mon enfance. La caisse n’est pas bien grosse, elle protège trois carnets dont l’écriture régulière est tracée à la plume ballon. Un petit coffret contenant différentes plumes ballon, un journal daté du 28 mars 1903, une coiffeuse ayant appartenu à Dorothy, ma mère adoptive. Cette coiffeuse est le gage de ce si grand amour qui lia ma mère, à Olivier. Il l’avait enfermé dans son coffre, au château, le jour où je lui appris sa mort. Quand vint le jour de sa propre mort, je le découvris avec les quelques cahiers sur lesquels il avait consigné l’ensemble de son amour. Je me souviens de ce jour où j’avais ouvert le coffret en cuir et j’avais tiré de l’oubli, le peigne, la brosse, le miroir de Dorothy avec une très belle émotion. Je l’avais gardé à mon tour, en le consignant dans ce carton qui me suivit tout au long de ma vie sans que je le rouvrisse.

J’ai redécouvert aujourd’hui cette même coiffeuse, avec la même émotion. Un ou deux cheveux de Dorothy étaient encore emmêlés dans la brosse. Je crois que ce sont ces quelques cheveux qui m’ont donné la force nécessaire à t’ouvrir ma vie, à toi, mon arrière-arrière-petite-fille, qui verras le jour, dans un an et demi.

Les carnets de ces trois hommes m’ont permis de connaitre ce que je n’avais pas vu. Les intégrer est un devoir. C’est leur rendre hommage une dernière fois avant qu’ils ne disparaissent définitivement dans les méandres du temps, puisqu’à ce jour, je suis la seule à les avoir connus.

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