Notre fuite du château

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Quand Dorothy me vit arriver, elle était très inquiète. Tout le château nous cherchait Alice et moi. Le problème était qu’elle n’était pas seule. Harry et Davidson me fixaient sévèrement. Je crus qu’ils avaient compris notre manœuvre et je n’osais dire exactement ce qu’il en était. Ce fut Violette qui me sauva la mise, sans le vouloir.

- Pourquoi vous êtes parties sans nous chez Madame Dandois ? dit-elle. T’avais dit que tu nous attendrais.

- Je ne suis pas allée chez Madame Dandois.

- Menteuse, sir Angel t’a vu partir avec Alice.

- Qui est cette madame Dandois ? demanda Harry.

- La boulangère, elle leur donne quelques friandises, répondit Dorothy. Je vais aller la chercher.

- Laisse, Dorothy. C’est moi qui irai. Elle doit être sévèrement punie. Toi, Davidson, Occupe-toi de cette petite, elle mérite aussi une correction.

- Vous allez tâter de mon bâton, petite impertinente, dit Davidson en me prenant le poignet violemment.

Sans hésiter, je fis la prise que Maître Chandelon nous avait apprise et qui, depuis, faisait partie de nos jeux. Je me réfugiai dans les jupes de Dorothy. Davidson furieux me prit pas la gorge d’une main et de l’autre par les cheveux. Il me cracha :

- Mais je vais vous mater, petite peste !

Dorothy n’hésita pas une seconde, elle gifla mon agresseur. Davidson me lâcha et tandis que je suffoquais, il visa ma mère d’un doigt et lui siffla :

- Vous avez bafoué mon autorité devant vos filles, ne croyez pas que je serai assez indolent pour supporter vos humeurs et vos écarts à longueur de temps.

- Je ne vous demande pas de me supporter, sir. Mais je vous ordonne de quitter mon château sur-le-champ.

- Vous ne savez pas ce que vous dites, je vous épouserai, tout est déjà arrangé. D’ailleurs, je vais mettre tout de suite les points sur les i : vous allez directement arrêter vos enfantillages en me laissant m’occuper de vos filles comme je l’entends.

- Oh là, on se calme, les amoureux ! intervint Harry sur un ton badin.

Il connaissait suffisamment sa sœur pour savoir que la réplique de Davidson finirait de le gommer du paysage.

- Les amoureux ? releva Dorothy fulminante, en se tournant vers lui. Tu crois vraiment que je vais épouser ce perroquet prétentieux et bavard ?

- Écoute, Dorothy répondit Harry en voulant calmer la partie. Si cette péronnelle ne s’était pas échappée avec ta fille, on n’en serait pas à se chamailler. Laisse-nous nous occuper de cette histoire, elle mérite une bonne correction, tout comme Alice.

- Il n’est pas question que vous vous occupiez de quoi que ce soit, dit-elle. J’irai avec mes filles. Venez, les enfants, allons-y !

- Dorothy, tu compliques toujours la situation ! laisse-nous agir, pour une fois !

- Pas question. De plus, l’attitude de ce péroquet vis-à-vis d’elles me prouve que je ne peux pas les laisser seules avec vous. Aide-le à faire ses valises, je ne veux plus le voir quand je rentrerai d’être allée chercher Alice.

Sur ces bonnes paroles, elle tourna les talons et nous l’imitâmes en narguant quelque peu les deux hommes qui nous regardaient partir, sans rien ajouter. Nous étions à peine seules que j’expliquai à ma mère le pourquoi notre départ. Elle adhéra tout de suite au plan d’Olivier que je lui décrivais. Nous partîmes par le fond du parc, laissant le château à la bonne garde des domestiques qu’elle prévint au passage. Elle leur confia qu’elle ne reviendrait que lorsque sa famille aurait quitté le château.

Olivier et Alice nous attendaient déjà dans le buggy. Dorothy lui sourit en disant :

- Il ne nous reste plus que la chambre du Turc !

- Mmm, trop dur pour les filles ! il faut quand même escalader quelques pans de rochers !

- Ça ne nous fait pas peur, intervint Violette. On est très douées pour se cacher.

- Je n’en doute pas, dit Olivier en riant. Nous allons plutôt nous rendre chez un ami qu’il me tarde de vous présenter, ce sera plus confortable et les filles vont l’adorer.

Nous étions toutes les quatre serrées l’une contre l’autre sur la banquette du buggy d’Olivier tandis que Mamy et Maître Chandelon se tenaient tout aussi serrés sur la banquette du cocher. Je me souviens très bien de cette nuit. Nous étions enveloppées par la voûte céleste, bercées par le claquement des sabots des chevaux et rassurées après cet horrible cauchemar. Mes trois sœurs dormaient à poings fermés. Pour ma part, les paroles de Harry me taraudaient encore ; pourtant, l’attitude de Dorothy avait été claire, elle nous défendrait malgré les tempêtes. Mais si elle devait choisir ? Que ferait-elle ? Je n’osai pas demander à Mamy, je crois que je craignais la réponse. Maître Chandelon se retourna un moment, je fermai les yeux pour qu’il ne me pose pas de question. Il mit sa main sur la cuisse de Dorothy qui se tourna à son tour.

- Penses-tu que je pourrai m’occuper de tes pommes ce soir ? dit-il.

- Quelles pommes ?

- Mmm... devine, murmura-t-il.

- Olivier !

Olivier rit doucement en lui caressant la cuisse. Dorothy se retourna encore une fois pour s’assurer que nous dormions toutes, puis elle déposa sa tête sur l’épaule de son amant. Elle lui murmura :

- Dieu que vous m’avez manquée !

- Et moi donc, répondit-il. Il va falloir que nous comblions nos absences.

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