Leçon de avoir vivre
Cahier d'Olivier
Dorothy est rentrée chez elle, le lendemain dans l’après-midi. Je lui ai proposé de l’accompagner. Je voulais être là, le temps que Sir Davidson campait au château, d’autant plus que son frère devait être arrivé. Nous avions décidé que nous ne dirions rien sur notre futur mariage, de peur que Davidson ou Harry ne s’en prennent aux filles ou même à Dorothy. Pour cette raison, nous l’annoncerions lors de leur prochaine visite à la bastide, un mois plus tard, quand les Anglais auraient quitté le pays.
Je voyageais à cheval, tandis que Dorothy et les filles rentraient en Clarence. Ainsi nous aurions quelques minutes de décalage.
En entrant au village, le Clarence a dû s’arrêter brutalement. On venait de repêcher le corps d’un homme dans le Rhône. Quatre hommes le tenaient sur un brancard et les bavardages allaient bon train. Renaud Dumaret en voyant la porte du fiacre s’ouvrir est venu à la rencontre de Dorothy et a dit :
- Ne laissez pas sortir vos enfants, Comtesse, on vient de retrouver le corps de Raoult Pageon, il n’est pas beau à voir !
- Mon Dieu ! s’est exclamée la comtesse. Comment est-ce arrivé ?
- On n’en sait rien, l’homme est dans un tel état qu’il sera impossible de le déterminer, lui a-t-il rapporté sur le ton de la confidence.
- Quelle horreur ! s’est-elle écriée.
- Je ne vous le fais pas dire ! est intervenu le maire qui s’était approché. Je devrai passer avec un monsieur de la ville, d’ici deux ou trois jours au château, car l’homme a été trouvé à proximité de la falaise qui longe votre domaine.
- Faites seulement ! a-t-elle répondu faiblement, en rentrant dans le fiacre.
- C’est qui Raoult Pageon ? a demandé Violette.
- Le garde-champêtre, a répondu Dorothy d’une voix blanche. Paix à son âme !
Je suis arrivé avant elles. J’ai été accueilli par Lord Angel. Nous ne nous étions pas encore croisés mais je n’ai eu aucun doute quant à son identité tant il ressemblait à sa sœur. Dés que je me suis présenté, Il m’a pris à parti :
- Maître Chandelon, je suis bien heureux de vous rencontrer. Sir Davidson m’a dit le plus grand bien de vous. Je voudrais que nous allions nos forces pour que ma sœur, la comtesse de Beaufort, rentre en Angleterre. Puis-je compter sur votre soutien ?
- Ce ne sera pas chose aisée, ai-je dit. La Comtesse est fort appréciée par ici et elle s’y sent bien.
- Certes, cependant, il est totalement inconvenant qu’elle reste seule dans ce pays.
Grâce au ciel, nous n’avons pas dû parler plus longtemps, le Clarence a fait son apparition. Les filles sont sorties en riant puis en voyant leur oncle, elles se sont raidies, l’ont salué par une petite révérence et se sont cachées derrière leur mère.
- Bonjour, cher frère, as-tu fait bon voyage ? a demandé Dorothy pour la forme.
Elle n’était manifestement pas plus heureuse que ses filles.
- Excellent ! Par contre, vous serez surprise en apprenant que sir Davidson a quitté le château à la première heure ce matin.
- Allons donc ! Il me semblait plus épris que cela ! a dit Dorothy avec un petit sourire satisfait.
Les filles ont changé de tête ; elles ont affiché un large sourire vainqueur. Dorothy m’a salué et a dit :
- Eh bien, il me semble que votre visite ne soit plus nécessaire. Mon prétendant a eu un instant de lucidité et il s’est enfui ce matin. Mais entrez, maître, nous n’allons pas nous laisser abattre pour si peu !
Avec des yeux malicieux, je me suis incliné respectueusement.
Lord Angel l’a prise par le bras et, s’excusant à peine auprès de moi, il l’a emmenée de force à la bibliothèque pour un entretien privé. Il lui a raconté que Davidson avait reçu un lustre sur la tête et qu’il avait failli en mourir. Qu’ensuite, les objets se déplaçaient dans sa chambre, qu’un vase avait été jeté à quelques centimètres de sa tête. Pas de doute, il y avait un spectre au château. Dès lors, il demandait à Dorothy de quitter la Provence avec lui pour qu’elle regagne l’Angleterre afin de se marier là-bas.
- Pas question, Harry ! Je ne quitterai pas ce château. Il y a toujours des fantômes dans un château et ça ne nous a jamais empêchés de dormir ! Je suis revenue avec mon notaire, mais je vois que je l’ai mandé pour un froussard qui a pris la fuite. Te rends-tu compte qu’il vient de parcourir quarante kilomètres pour rien ?
- Ce ne sera pas pour rien. J’ai quelques questions à lui poser sur ce conseil de famille. Je me suis renseigné auprès des frères du comte et ils n’ont pas non plus été conviés à la formation de ce conseil.
- Ils ne le désiraient pas. Ce pays est résolument papiste, dépendant du pape jusqu’à la révolution. Ils n’aiment pas les Anglais et ils considèrent que mon mari avait fait un épouvantable mariage, a-t-elle expliqué, de manière péremptoire. Ils traitent même tes nièces de bâtardes !
Elle a continué directement avant que son frère réagisse à ces propos qui étaient d’une vérité demi-teinte.
- Harry, je suis d’accord de me marier. Je me suis fait agresser juste après votre départ et en effet, j’ai besoin d’un homme à mes côtés. Mais je suis lasse des hommes qui ne regardent que mon patrimoine, je veux un homme qui me garantira de vivre comme je l’entends, est-ce vraiment trop compliqué ?
Harry a observé sa sœur. Elle avait maigri, deux petites rides se gravaient sur son front, il ne les avait pas remarquées. Il en a eu pitié. Il lui a pris les mains et les a embrassées doucement.
- Tu t’es fait agresser ? Qu’a-t-on fait ? Qui est ce goujat ? Je vais le provoquer en duel. Cela ne me rassure pas de te savoir ici dans un pays inhospitalier. Pourquoi ne reviens-tu pas en Angleterre, si tu n’es pas acceptée ?
- Pour des raisons que tu ne comprends manifestement pas.
- Explique-les-moi, je t’en prie, répliqua-t-il doucement.
Dorothy a soupiré. Elle m’a fait appeler et elle a demandé à James d’apporter du thé et du café.
Sous l’ordre de Dorothy, je me suis assis derrière le bureau, devant une feuille de papier.
- Harry, si j’ai demandé à maître Chandelon d’assister à ce que je vais dire, c’est pour qu’il retranscrive mes motivations afin que tu ne puisses pas les nier.
- Mais Dorothy, tu peux me faire confiance !
- Non. Tu as voulu emporter deux de mes filles pour m’obliger à un chantage odieux.
- C’était pour ton bien, Dorothy. Je savais que tu ne pouvais pas vivre seule.
Dorothy s’est tournée vers moi.
- Vous noterez, Maître, que mon frère reconnaît avoir voulu exercer un chantage odieux vis-à-vis de moi.
J’aurais bien éclaté de rire, elle a un sacré sens d’à propos ! J’ai incliné seulement la tête et ai écrit. Harry a senti poindre la colère. Il a soufflé bruyamment et a grincé :
- Est-ce un guet-apens ?
- Non, a répondu calmement Dorothy. Ce n’est là qu’une sécurité supplémentaire au cas où tu voudrais récidiver. Alors maintenant, tu m’écoutes ou alors, tu me laisses tranquille.
Harry a passé la main dans ses cheveux. Il retrouvait sa sœur telle qu’il l’avait laissée partir une dizaine d’années plus tôt. Déterminée, autoritaire et trop intelligente pour une femme. Il doutait franchement trouver un homme qui supporte cela. Mais il avait beau la trouver insupportable, c’était sa sœur et il l’aimait. Il a secoué la main, très énervé et il a dit entre ses dents :
- Dis-moi les raisons qui te poussent à rester ici. Peut-être que maître Chandelon sera d’accord avec moi pour dire que ce ne sont que des broutilles et qu’il est temps que tu deviennes raisonnable.
Les raisons de quitter l’Angleterre sont très louables : ce sont les mêmes que celles qu’elle lui avait émises dix ans plus tôt, quand elle lui avait demandé de plaider en sa faveur auprès de ses parents. Harry les avait quelque peu oubliées mais il convint que Dorothy n’était pas faite pour la bonne société anglaise et que l’obliger à un retour serait une grave erreur de stratégie pour sa carrière personnelle, la tranquillité de ses parents et la réputation de sa famille. Certes, Dorothy n’était point provocatrice, mais elle n’aimait pas les non-dits, les messes-basses et autres hypocrisies. Elle avait déclenché plusieurs petits scandales de bienséance par des paroles lancées trop à propos ou, pire, des invitations malvenues parce qu’elle refusait de mettre au banc des amis qui, pour une raison ou une autre, avaient été écartés de la bonne société. Pour cela, lui assura-t-elle, elle n’avait pas changé d’un pouce.
L’argument le plus limpide pour Dorothy et le plus stupide pour Harry sont les deux orphelines, Violette et Églantine, qui ne pouvaient pas quitter leur terre natale et elle avait promis à leur mère qu’elles deviendraient siennes s’il lui arrivait malheur. Elle ne pourrait se séparer d’elles, sans une déchirure aussi profonde que si elles étaient du même sang. Elle a parlé ensuite du climat et surtout de la luminosité de l’hiver qui lui manquaient tellement en Angleterre.
Ensuite, elle a fait un tableau peu reluisant de Sir Davidson. Elle a expliqué à Harry que si ces quatre filles avaient,certes, besoin d’un père, Davidson n’était pas capable d’assumer cette fonction. Elle a raconté qu’Églantine s’était fait battre sans raison et qu’elle ne supporterait pas qu’un homme s’immisce dans sa manière d’éduquer ses filles comme son patrimoine. Quand Harry a tenté d’intervenir sur la gestion de sa fortune, elle a raconté qu’elle avait vendu une terre à un prix supérieur à celui du marché. Harry m’a fixé demandant confirmation, ce que j’ai fait avec une pointe d’admiration non exagérée.
J’ai eu l’impression que Dorothy en parlant de la sorte à son frère, me mettait également les conditions pour notre mariage. J’ai reconnu par là son caractère autoritaire, trait qu’elle partage manifestement avec son frère.
Elle m’avait expliqué que son frère avait juste un an de plus qu’elle. Quand il était petit, il était tellement colérique que personne, exceptée elle, n’arrivait à le raisonner. Le nombre de chaises cassées ne se comptait pas, ses parents avaient pour finir, vidé une pièce où il l’enfermait tant qu’il ne se calmait pas. Il y passait parfois plus de vingt-quatre heures !
Au bout de cette argumentation, Harry s’est levé, il s’est mis à tourner en rond autour de la table. Dorothy s’était tue, elle regardait son frère parcourir des kilomètres autour d’elle. Je me demandais un instant s’il ne parcourait pas d’une manière symbolique, la distance qui le séparait d’elle. J’ai vu un labyrinthe de la sorte au milieu de la cathédrale d’Amiens, pour les pèlerins qui ne pouvaient pas se rendre à Jérusalem. Je le suivais des yeux ; cela m’amusait de le voir réfléchir comme Dorothy quand elle a une décision à prendre. Mœurs familiales ou anglaises ?
- Je te trouverai un mari qui restera ici ! a déclaré Harry en s’arrêtant net devant Dorothy. Laisse-moi un mois !
- Je le note ? ai-je demandé la plume en l’air.
- Absolument ! a répliqué Dorothy avec un large sourire. Et si dans un mois, tu n’as trouvé personne, je m’en trouverai un Français !
Harry l’a fixée offusqué. J’ai eu quelques sueurs à l’idée qu’il entre dans une de ses colères légendaires mais Dorothy a désarmé son frère en éclatant de rire. Harry a souri enfin, en lui prenant doucement l’épaule :
- Je retrouve enfin ton rire et ton sens de l’humour, a-t-il dit. Cela ne sera pas facile de te trouver un mari, tu as un caractère de cochon mais je m’y attellerai dès demain.
J’ai demandé s’il y avait quelque chose à ajouter, puis j’ai passé un buvard sur le papier que je venais d’écrire. Je tentais de rester de marbre bien que je m’amusais comme un fou. Très professionnellement, j’ai demandé de signer le papier.
Dorothy a parcouru la feuille et a souri en apposant d’une main franche sa signature. Harry a lu la première phrase, celle qui concernait sa tentative de kidnapping et était relativement heureux d’y voir consigné : « Lord Angel reconnaît avoir pensé à enlever les enfants à leur mère afin de la forcer à retourner en Angleterre. » Le mot « penser » ne prêtait à aucune poursuite possible, et « chantage » n’y était pas. C’était pour lui une preuve que le reste de la copie devait aller en son sens. Il a signé le reste quelque peu distrait par les propos de Dorothy qui lui listait l’ensemble des exigences pour son futur mari.
Harry était nettement plus détendu. Tout cela pour finir aurait une fin, il ne lui restait plus qu’à parcourir l’Angleterre. Si Dorothy avait eu une réputation enflammée dans son pays natal, elle n’a pas laissé, non plus, plus d’un hommeindifférent et plusieurs d’entre eux demandaient régulièrement de ses nouvelles à Lord Angel. Harry a souri à sa sœur.
- Je n’aurai même pas besoin d’un mois ! lui a-t-il dit doucement, et je suis certain que tu en seras enchantée !
Il s’est approché de la fenêtre, a observé le paysage.
- C’est vrai que ce pays est superbe. Où est donc la montagne d’Angèle ? a-t-il demandé subitement.
Dorothy a ouvert la fenêtre et lui a montré la direction. On ne la voyait pas en ce jour, il y avait trop de brume.
- C’est souvent le cas, quand le mistral ne souffle pas, dit-elle. Regarde l’eucalyptus : aucune de ses feuilles n’est secouée.
- Un eucalyptus ? Je n’en avais jamais vu ! Tes vergers ploient sous les pêches et les abricots.
- En as-tu goûté ? Cela n’a rien à voir avec ceux qu’on trouve en Angleterre. Mon futur mari devra aimer les fruitsmais me laisser m’occuper du jardin.
- Ne t’inquiète pas, lui dit-il j’ai déjà ma petite idée en tête.
Dorothy a proposé à Harry de se promener dans le parc, pendant qu’elle m’accompagnait voir la terre qu’elle venait de vendre au maire. J’ai rassemblé les papiers et les rangeais dans une petite mallette en cuir. Tandis qu’Harry quittait la pièce, Dorothy me fait un petit sourire espiègle. Je lui ai répondu par un clin d’œil. Nous ressemblions à deux collégiens qui venaient d’avoir fait une bonne farce !
Nous avons entendu le cri d’Harry suivi directement d’un bruit sourd provenant de l’escalier. Nous nous sommes précipitées, Harry était en bas, inconscient. Il est revenu rapidement à lui, a fixé sa sœur qui lui soutenait la tête.
- C’est le fantôme, n’est-ce pas ?
- Ce sont les tapis ! a répliqué Dorothy. Ne prenez pas cette histoire de spectre trop au sérieux !
Lord Angel a décidé qu’il voulait d’abord se reposer puis qu’il irait faire un tour dans le parc. Il m’a salué d’une main molle.
Nous nous sommes rendus à cheval, chez le maire pour entériner le contrat, puisque celui-ci avait déjà été conclu. Nous avons été accueillis par un valet qui nous a dit que le maire ne serait pas de retour avant tard dans la nuit à cause du décès du garde. Dorothy m’avait rapporté une conversation qu’ils avaient eue et la réaction grivoise et extrêmement déplacée d’un mandaté de la République, quand elle avait confondu « langue du notaire » avec le langage de notaire. J’en ai été furieux et j’en garde rancune à ce gros paysan. Dès lors, nous avions convenu Dorothy et moi, que nous ne laisserions pas passer la moindre étincelle qui pourrait encourager quelques rumeurs dans le pays.
Dorothy n’avait aucune envie de rejoindre le château directement. Elle m’a soufflé qu’elle en prendrait la direction, mais qu’elle me rejoindrait sur les bords du Rhône à la chapelle Saint-Martin. Elle a éperonné son cheval et s’est dirigéesans se retourner vers son domaine. Je l’ai laissée partir un demi-sourire aux lèvres et j’ai pris la direction du fleuve.
La chapelle est peu harmonieuse. Elle est plus haute que large. J’en ai fait le tour, pour le plaisir de découvrir un vieux bâti. J’aime les vieilles pierres. Je m’imagine, à chaque fois, les hommes qui ont conçu la structure et leur ferveur à bâtir pour Dieu. Cette chapelle devait avoir été construite en hauteur pour éviter les crues du Rhône. Hélas, la dernière crue l’avait salement amochée. On voyait encore la coulée de boue sur les murs. Un panneau indique que l’édifice est en réfection et qu’il était dangereux d’y pénétrer. J’en oubliais presque mon rendez-vous galant.
J’ai entendu un cheval, je ne suis pas revenu directement vers le mien espérant que Dorothy vienne à ma rencontre. Elle ne m’a pas rejoint et je suis donc revenu donc vers nos montures. Un ruban de soie était attaché aux rennes. J’ai souri et j’ai cherché un indice. Un autre ruban tournoyait accroché à un chêne vert. Je me suis avancé, j’ai pris le ruban et je l’ai humé. Je m’y suis enivré avant de suivre un petit sentier parmi les roseaux. Quelques mètres plus loin, c’était un bas qui me faisait signe. J’ai pressé le pas. Je l’ai vue enlever son second bas. Je ne me suis approché pas plus. J’aimais la voir se déshabiller un sourire taquin sur son visage. Le soleil couchant offrait à ses cheveux roux des reflets dorés qui me gonflaient de désir. Elle prenait son temps, se caressait doucement la jambe. Puis, elle s’est dirigée vers l’eau. J’ai entrepris de la suivre quand j’ai perçu dans mon dos, le canon d’un fusil.
- On lorgne une jeune et riche veuve ? susurra quelqu’un. Mettez doucement vos mains sur la tête.
- Vous vous méprenez... ai-je murmuré.
- À d’autres !
- Je regardais la chapelle...
- Eh bien on va y retourner à la chapelle ! Demi-tour !
J’ai obéi. J’espérais que Dorothy ait entendu le dialogue pour qu’elle ne continue pas à se déshabiller, mais l’homme avait parlé relativement bas, pour ne pas la perturber. D’autre part, il me fallait d’urgence une raison de ma présence ici. Il valait mieux que je me fasse passer pour un voyeur que l’amant de Dorothy. J’ai élaboré une raison compliquée que je tentais de simplifier tout en marchant vers la chapelle.
Hélas, je n’ai pas eu l’occasion de me justifier ; l’homme m’a enfermé dans l’édifice. Les quelques fenêtres ne donnaient qu’une fine lueur du soir et elles étaient bien trop hautes pour que je ne les atteigne. J’ai tambourinai sur la porte. Quelques plâtras sont tombés sur ma tête. Je me suis rappelé de l’écriteau qui annonçait le danger d’effondrement et je n’ai plus osé entamer n’importe quelle manœuvre qui pourrait effondrer le bâtiment.
Il n’y avait plus personne. Je tâtonnais dans le noir à la recherche d’une chandelle ou d’une lanterne. J’en ai trouvé une et je l’ai allumée avec ma pierre à feu. Il y avait dans la chapelle un nombre impressionnant de bonnets de bébé, peut-être l’édifice était-il réputé pour la guérison des nouveau-nés. Sur l’heure, cela donnait une ambiance lugubre.
J’ai commencé à avoir peur. Qui était cet homme qui m’avait enfermé n’était-il pas en train d’importuner Dorothy ?
Au bout d’un long moment d’attente à guetter le moindre bruit, j’ai dû me rendre à l’évidence : il faisait nuit, l’homme ne reviendrait pas et Dorothy ne me trouverait pas. De temps en temps, j’entendais mon cheval. J’ai su dès lors que l’homme n’avait pas eu la volonté de me voler. Mais quel était son but ? Dans des moments d’optimisme, je me disais qu’il voulait, peut-être, me donner une leçon de savoir-vivre ? Dans les autres moments, bien plus nombreux, je m’imaginais qu’il n’en avait qu’à Dorothy. Cela ne me rassura pas le moins du monde. Je tournais en rond, criais de temps en temps, j’essayais même de chanter quelques cantiques.

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