Un bain dans le Rhône

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Quand Dorothy ôta son bas gauche, elle se demandait si elle oserait aller plus loin. Elle avait senti qu’Olivier la regardait et cela l’excitait relativement de le laisser la zyeuter.

Elle décida qu’elle s’approcherait encore du bassin. Il s’agissait d’un petit bassin d’irrigation au large du Rhône. Du temps du comte, elle s’y rendait avec son mari, ils y nageaient à l’abri des regards. Elle avait envie de se baigner. Il avait fait extrêmement chaud, nous étions au mois de juillet et son corset la faisait souffrir.

Oui. Elle se déshabillerait et se jetterait dans l’eau avant que il ne puisse la rattraper. Ils feraient l’amour dans l’eau du Rhône, comme pour sceller leur amour au fleuve, au pays. Elle repensait à son frère qui devait tourner en rond, au château. Cela la fit ricaner. Quelle belle farce, lui avait-elle fait, elle en riait encore.

Dorothy était heureuse, soulagée d’avoir dit oui à Olivier. Elle était sur un petit nuage doré et elle n’avait aucune envie de rejoindre la terre ferme pour affronter Harry. Elle avait pris ses dispositions pour que les filles mangent à la cuisine. Elle ne voulait pas les laisser seules avec son frère. Elle redoutait toujours ses colères mémorables. Dieu sait si, pour une raison tout aussi futile que celle de Davidson, il n’en battrait pas une et, dans ce cas, elle appréhendait terriblement sa force. Elle ressentait encore un fond de rage vis-à-vis de Davidson. C’était un lâche, comment avait-il pu oser sortir son ceinturon ? Cela avait été la goutte qui fait déborder le vase, en arrivant au château, elle était prête à le mettre tout bonnement dehors. Elle chassa toutes ses idées noires, Olivier était là, il la défendrait, et pour l’heure, il ferait de « petites choses divines » qui les transporteraient au septième ciel avant d’affronter son frère. Elle se massa doucement les fesses (ses pommes !), en s’étirant avant d’entrer dans l’eau.

Dorothy nagea quelques mètres, elle se mit sur le dos et se laissa porter par les flots. Elle prit un petit plaisir à écarter les jambes doucement. C’en était relativement obscène ou innocent. Elle était étonnée qu’Olivier ne réagisse pas. Elle se redressa, elle crut entendre un craquement, et scruta les alentours. Personne. Olivier tardait trop, elle n’avait plus vraiment envie de nager. Elle attendit encore quelques minutes puis elle s’inquiéta. Ne s’était-il pas perdu ? Impossible ! ou alors s’était-il tordu la cheville ?

Elle se trouva brutalement très seule et trop nue, dans ce bassin. Elle sortit et se rhabilla en vitesse.

Elle fit quelques mètres sur le chemin qui reliait le bassin à la chapelle quand elle entendit :

  • Bonsoir Comtesse.

Tout d’abord surprise et heureuse, croyant à une ruse d’Olivier, elle se retourna tout sourire vers la voix. Ce n’était pas Olivier. Il avait la même taille mais il avait une carrure beaucoup plus large, et celui-ci portait une simple chemise et son pantalon était à demi caché par des guêtres blanches. Dorothy paniqua légèrement.

  • Bonsoir, monsieur, dit-elle, qui êtes-vous ?
  • Rassurez-vous, ce n’est que moi, Renaud Dumaret ! Ce n’est pas très prudent de se promener la nuit toute seule !
  • Oh mon Dieu, monsieur Dumaret ! Vous m’avez fait peur ! La journée a été si chaude que j’avais envie de profiter d’un peu de fraîcheur et je me suis laissée surprendre par la nuit. Que faites-vous ici ?
  • Je vais toujours au coucher du soleil, à la recherche d’insectes ; il semblerait qu’eux aussi cherchent un peu de fraîcheur !

Dorothy espérait qu’il n’ait pas assisté à son bain ou pire, à son « effeuillage ». La nuit était bien trop sombre maintenant pour pouvoir percevoir sa tête.

  • Où les recherchez-vous ? demanda-t-elle.
  • Un peu partout. Cela dépend de mon humeur. Ce soir, j’étais dans les roseaux, demain j’irai au bord du Rhône et après-demain, Dieu sait où ce sera !

Dorothy pâlit légèrement. Pour peu, C’était lui qu’elle avait entendu quand elle s’était déshabillée et ce n’était pas Olivier. Elle ne voulut pas le déterminer et changea de sujet de conversation :

  • Vous faites la collection des insectes ?
  • Plus ou moins. J’essaie de déterminer ceux qui attaqueront les vignes et les autres céréales. Un de mes frères voudrait lancer une fabrique de balais, le sorgho pousse très bien le long des berges et sa culture ne craint pas les crues du Rhône. Je lui donne un petit coup de pouce de la sorte.

Voyez cet insecte, continua-t-il en montrant un petit bocal, il s’attaque essentiellement aux pêchers.

  • Mon Dieu, qu’ils sont nombreux !
  • Je ramasse tous ceux que je trouve pour me donner une idée de la colonie. Cela vous amuserait de m’accompagner un de ces soirs ?
  • Je ne vous serais d’aucune utilité ! Je n’arriverais pas à capturer la moindre bestiole !
  • Je ne vous en demanderais pas tant ! rien que votre présence me serait agréable.
  • Et que ferais-je alors à rester comme une potiche à quelques mètres de vous ? Non, monsieur, n’y pensez plus.

Renaud rit de bon cœur. Il sortit de sa besace une lanterne qu’il alluma aussitôt. Il demanda à Dorothy de la tenir. Elle s’exécuta en fronçant légèrement les sourcils. Ce n’était pas très galant de sa part. au bout de quelques minutes quelques insectes vinrent danser autour de la lumière. Renaud prit une petite boîte et en captura ainsi plusieurs spécimens qu’il transféra dans un bocal.

Dorothy lui rendit la lanterne en prenant congé. Elle avait hâte maintenant de retourner au château, traîner avec un homme à cette heure aurait pu être très mal interprété. Renaud lui présenta son bras pour la raccompagner chez elle.

Dorothy crut qu’Olivier avait dû renoncer en voyant l’intrus et qu’elle le retrouverait en train de deviser avec son frère. Elle se laissa reconduire en prenant soin d’éviter le village et proposa d’aller par les berges du Rhône. Cela combla Renaud car la promenade se rallongeait de la sorte d’un petit kilomètre.

Il émit quelques hypothèses sur les insectes qui pouvaient ronger les roses et qui les fanaient trop vite ou les rendaientchétives. Il était plaisant, attentionné, Dorothy aimait sa compagnie. Il n’avait eu ni un geste déplacé ni un regard torve,sauf, bien entendu, s’il l’avait observé nager. Ils arrivèrent enfin devant la porte du château. Dorothy le remercia pour la promenade, Renaud s’attardait un peu. Il semblait hésiter sur une demande à formuler. Dorothy sentit qu’il allait lui demander un autre rendez-vous, elle n’avait pas envie qu’il gâche tout, par une histoire d’amourette. Heureusement, Harry ouvrit la porte en trombe :

  • Dorothy où étais-tu passé ? demanda-t-il en anglais.

Dorothy se tourna vers son frère, heureuse qu’il rompe le charme de la balade avec Renaud Dumaret. Elle fit les présentations. Harry salua l’homme d’un œil sévère. Il n’aimait vraiment pas qu’on tourne autour de sa sœur. Renaud inclina la tête et prit congé à regret.

Harry lui fit quelques remarques acerbes sur la manière dont elle s’était fait raccompagner. Elle soupira le laissa parler puis lui demanda :

  • Le notaire est-il déjà allé se coucher ?
  • Le notaire ? Pourquoi veux-tu qu’il soit ici ?
  • Je l’ai invité à dormir, dit-elle, succinctement.
  • Quoi ? Pourquoi ? Mais tu es complètement folle ?

Dorothy soupira. Elle n’avait aucune envie qu’on lui fasse la morale, elle ne voulait pas inventer une excuse qui ne tiendrait pas la route. Elle se résigna à quelques précisions :

  • Je lui ai proposé une chambre parce que nous n’avons pas pu voir le maire et que le rendez-vous est remis à demain.

Inquisiteur, Harry l’observa quelques instants. Si elle avait encore besoin de s’en convaincre, le regard, les remontrances, les jugements d’intentions de son frère persuadèrent Dorothy que sa vie n’était sûrement pas en Angleterre.

  • Et que faisais-tu avec son fils alors ? cria Harry.
  • Nous avons attendu son père.
  • En allant vous baigner ? Ne mens pas Dorothy, je vois bien que tes cheveux sont trempés.
  • Et tu crois que je me suis baignée avec un homme ? Mais où as-tu la tête Harry ?
  • C’est à toi que je le demande ? hurla-t-il en la secouant pas le bras.
  • Laisse-moi tranquille ! siffla-t-elle. Je n’ai pas à me justifier auprès de toi.
  • Je suis ton frère. Dis-moi la vérité, tu t’es baignée avec cet homme ?
  • Non ! cria-t-elle.
  • Explique-moi, alors, pourquoi tes cheveux sont mouillés et pourquoi c’est ce jeune homme qui t’a reconduite et pas le notaire.
  • Parce que le notaire était à cheval !
  • Mais toi aussi, où est ton cheval ?
  • À l’écurie.

Dorothy fronça les sourcils. Elle se rendait compte que ses explications manquaient de cohérence et surtout elle se demandait où pouvait traîner Olivier. Harry la dévisageait sévèrement. Ses joues tremblaient comme un flan anglais, sabouche n’était plus qu’une ligne droite, son regard la clouait sur place. Il tendit la tête à quelques centimètres de celle de Dorothy ; elle se prépara à sa colère en rentrant la tête entre les épaules.

  • Tu me mens, Dorothy, postillonna-t-il. Je le vois dans tes yeux. Tu as couché avec ce paysan ; tu n’es qu’une catin. Je ne vais pas te laisser te dévergonder comme ça ; je te promets de te trouver un mari qui saura te mater.

Il la lâcha brutalement et quitta la pièce en claquant la porte. Dorothy resta sonnée quelques instants.

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