La séquestration de Dorothy

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C’était le jour du marché, Dorothy aimait cette ambiance, les cris des maraîchers répondant aux commandes des clients, les potins qui circulaient d’une commère à l’autre l’amusaient terriblement. Elle se laissait prendre au jeu et marchandait quelques babioles. Avec la mauvaise nouvelle de la fermeture de l’école, les tracas qu’avait provoqués Harry, elle avait grand besoin de se changer les idées. Elle s’y rendit avec Françoise leur cuisinière.

Sur le chemin du retour, Dorothy avait encore la tête pleine du brouhaha du marché, elle ne prit garde au fiacre qui s’arrêta à leur hauteur. Deux hommes en sortirent, ils bousculèrent la cuisinière et posèrent un mouchoir imbibé d’éther sur le nez de Dorothy. Celle-ci s’effondra dans les bras de l’un d’eux qui la charga dans le fiacre.

Quand Dorothy s’éveilla, elle était couchée sur la dalle fraîche d’une chapelle désaffectée. Le toit du bâtiment était effondré en partie. Elle se redressa sur ses coudes. Harry était en contre-jour dans l’embrasure de la porte. Il parlait à voix basse à deux hommes qui étaient à l’extérieur. Il se tourna vers elle et, apercevant qu’elle était réveillée, il fit un geste aux deux complices et vint s’accroupir à côté de sa sœur.

  • Je te ramène en Angleterre, dit-il. Soit, tu me dis où sont les filles et elles viennent avec nous, soit tu pars seule. À toi de choisir.
  • J’ai déjà choisi, je reste ! Tu n’as pas le droit de m’emmener de force et quand bien même tu y arriverais, cela te mènerait à quoi ? Comment ferais-tu une fois là-bas pour me garder prisonnière ? 
  • Tu te marieras avec Thomas et tu partiras en Inde.
  • Et Thomas est-il d’accord ? Il ne me semblait pas aussi fou que toi pour me marier de force. Qu’est-ce que ça peut te faire que je sois en Inde ou ici ? Laisse-moi vivre ma vie, bon Dieu !
  • Tu n’es qu’une enfant capricieuse, il est temps que quelqu’un te mate. Je suis le chef de famille, c’est mon devoir de te ramener dans la bonne voie. Tu me dois obéissance.
  • Voyez-vous cela, et Père ? Tu l’as enterré ?
  • Tu ne crois pas si bien dire. Père est mort, il y a déjà deux mois.

Dorothy en fut abasourdie. Elle fixa son frère, les yeux sortant de leurs orbites.

  • Ce n’est pas vrai, émit-elle dans un filet de voix.
  • Eh bien, tu verras quand nous y serons ! répliqua-t-il.
  • Pourquoi ne m’en as-tu pas informée ?
  • Je te l’ai écrit mais manifestement ton petit notaire te cache ton courrier.
  • Menteur, Olivier ne me cache rien. De quoi est-il mort ?
  • D’une... attaque

Harry hésita un quart de seconde de trop pour que Dorothy y croie. Cela la mit dans une fureur indescriptible. Elle gifla son frère avec une telle force que celui-ci perdit l’équilibre et se retrouva couché sur les coudes. Elle se leva d’un bond, mit son pied sur le thorax de son frère.

  • Tu n’as pas honte ! grinça-t-elle. Faire croire à la mort de ton père, seulement par orgueil. Tu es descendu bien bas, mon pauvre !

Harry prit le pied de sa sœur et tira un bon coup. Dorothy perdit l’équilibre et, avec un petit cri, elle tomba assise par terre. Il profita de son avantage pour la plaquer au sol. Il mit un bras sur ses clavicules ; il était aussi furieux qu’elle.

  • Orgueil ?  Tu me parles d’orgueil ? Et qu’est-ce, sinon de l’orgueil que d’imaginer qu’on est plus forte que son frère ? 

Dorothy suffoquait. Son frère était presque à plat ventre sur elle. Elle arrivait à peine à respirer et craignait pour son bébé.

  • Arrête, je suis enceinte, murmura-t-elle.
  • Je l’ai remarqué ! grinça-t-il, sans bouger. À ce propos, dis-moi de quand date ce bâtard.
  • Lâche-moi ! souffla-t-elle, exsangue. Tu, tu m’étouffes.
  • Réponds !
  • Je suis mariée, répondit-elle dans un filet de voix avant de s’évanouir.

Il fallut quelques secondes à Harry avant de comprendre qu’il était en train de la tuer. Il se redressa soudainement et émettant un juron. Il la gifla pour qu’elle reprenne connaissance, ce qu’elle fit rapidement. Néanmoins, elle était encore trop faible pour opposer une résistance lorsqu’il lui lia les mains et les pieds.

  • Je te promets que si ce bébé naît avant le mois d’août, tu ne le verras plus
  • Non ! hurla-t-elle.
  • Eh bien voilà ! Ta réaction prouve que c’est un bâtard ! Je te jure sur la tête de notre mère que je le confierai aux bonnes sœurs !

Il l’abandonna sur le sol de la chapelle et rejoignit ses complices à l’extérieur.

Dorothy tenta d’entendre ce qui s’y tramait, en vain. Elle resta prisonnière sans pouvoir bouger d’un pouce durant les heures suivantes.

Le soir tomba. Dorothy s’était légèrement entortillée pour trouver une position où elle sentirait son bébé bouger. Celui-ci restait épouvantablement muet. Elle commença à paniquer, pour peu, Harry l’avait tué. Elle pleura doucement, pendant un temps indéterminé. Puis elle sombra dans un demi-sommeil. Quand elle se réveilla, elle se rappela que je lui avais prédit que l’enfant trouverait le jour dans une grande maison près d’un fleuve. C’est que le foetus n’était pas mort. Cela lui donna du courage. Puis elle pensa au fleuve en question. Tout à coup elle réalisa que Celui-ci risquait bien d’être la Tamise parce que sa famille possédait un cottage au bord de ce fleuve. La carte de ce jeu serait entièrement accomplie. Cela lui fit froid dans le dos. Elle repensa aussi à la promesse de son frère de lui prendre son enfant. Elle ne douta pas un instant qu’il mettrait sa promesse à exécution. Elle tairait coûte que coûte, notre lieu de retraite, car c’était sa seule chance de ne pas quitter la Provence.

Harry entra dans la chapelle. Il avait allumé une torche. Il avait en main un gobelet d’eau fraîche et un quignon de pain. Il déposa le bol le temps d’asseoir sa sœur, puis il posa le bol sur sa lèvre.

  • Bois, lui dit-il doucement.

Dorothy faillit refuser de boire mais elle pensait à son bébé et accepta quelques gorgées.

  • Tu te rends compte de ce que tu m’obliges à faire ? Pourquoi tu ne coopères pas ?

Harry lui parla de la famille qui serait tellement heureuse de la revoir. Il lui demanda plus doucement où étaient les filles, elle devait se montrer raisonnable. Il caressa sa joue, remit ses cheveux en place. Dorothy lui cracha à la figure. Il la gifla et puis sortit, laissant le quignon sur le côté. Dorothy avait très faim, elle se laissa tomber sur le côté et s’entortilla pour attraper le morceau de pain. Elle le mastiqua consciencieusement.

Dorothy s’endormit jusqu’au milieu de la nuit. Elle fut réveillée par un besoin pressant. Le bébé qui appuyait sur sa vessie lourdement, elle n’arriverait pas à se retenir plus longtemps. Elle appela son frère. Au bout de dix minutes, il passa la tête par la porte.

  • Alors ? Où sont-elles ? demanda-t-il sèchement.
  • Je dois me soulager, répliqua Dorothy.
  • Tu iras quand tu m’auras dit où sont tes filles !
  • Je me ferai dessus plutôt que de te le dire, répliqua Dorothy. Et quand cette mascarade sera terminée, tu auras le déshonneur d’avoir obligé ta sœur à ce genre de torture.
  • Oh ! je te ferai laver avant que tu n’arrives à Basilton, je te le promets. Vas-y, pisse-toi dessus !
  • Je n’irai pas à Basilton, je ne quitterai pas ce pays. Olivier viendra me délivrer et si par la même occasion, tu perds la vie, je ne te pleurerai pas, tu n’es plus mon frère.
  • Tout de suite les grands mots ! Je resterai ton frère que tu le veuilles ou non et tu resteras sous mon autorité, aussi. Quant à ce que ton Olivier te délivre, ça m’étonnerait qu’il trouve l’adresse ! Alors, arrête de tergiverser et dis-moi où sont les filles.
  • Olivier connaît très bien son pays et il n’a pas d’ennemi. Tandis que toi, tu as dû te renseigner pour trouver cette chapelle au milieu de nulle part. Je te promets qu’il y a au moins cinq personnes qui ont dû prévenir Olivier qu’un Anglais a demandé son chemin.
  • Sauf que l’Anglais n’a jamais demandé son chemin.
  • Et comment as-tu trouvé cette chapelle, alors ?
  • Rien de plus facile. J’ai suivi la route de la transhumance avec trois bergers. Nous nous sommes arrêtés non loin d’ici pour faire boire les moutons dans un petit ru en contrebas. Pour tout te dire, je cherchais plutôt une borie mais quand je suis tombé sur cette chapelle, je n’ai pas hésité longtemps.

Dorothy ferma les yeux. Puis elle les rouvrit avec un petit sourire résigné. Elle regarda la petite rivière d’urine qui se faufilait entre ses jupes et qui s’approchait inexorablement des pieds de son frère. Elle ricana quand il écarta ses pieds.

  • Tiens, dit-elle, on dirait que ton petit ru va s’agrandir !
  • Tu n’as vraiment aucune retenue, comment oses-tu soulager dans une église ?
  • Et toi, comment oses-tu séquestrer ta sœur ! Tu me maltraites, tu veux de tuer l’enfant que je porte et tu risques aussi d’avoir ma mort sur la conscience si je fais une fausse-couche ici, parce que je ne crois pas que tu saurais agir pertinemment. Que diras-tu à Père que tu enterres si facilement, quand tu devras lui annoncer ma mort en couche ? Je me suis vautré sur ma sœur, jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse ; je l’ai obligée à pisser dans une église, puis je l’ai battue jusqu’à ce que le bébé qu’elle portait soit mort, ensuite quand le sang a commencé à couler entre ses cuisses, je n’ai rien pu faire pour la sauver ! Tu souilles tout : ta famille, ta dignité, ta vie. Rejoins tes malfrats, tu es pire qu’eux ; eux, tu les paies pour ce qu’ils font ; toi, tu paieras toute ta vie pour ce que tu es en train de commettre.  

Harry fut abasourdi par cette réplique. Il réalisa qu’elle disait juste, il se sentit très sale, il était mal embarqué mais c’était trop tard pour faire marche arrière. Il lui balança un coup de pied dans les jambes avant de sortir, furieux. Dorothy se retrouva seule dans la chapelle. Elle était très angoissée. Son bébé n’avait toujours pas fait le moindre mouvement. Et si Harry l’avait tué ? se rongeait-elle.

Elle se rendait compte qu’Olivier ne la retrouverait pas si facilement. La Provence était grande, la garrigue peu accueillante, il ferait sûrement toutes les Bories avant de penser aux chapelles. Mais elle était certaine qu’il avait déjà pris des dispositions pour mettre leurs filles à l’abri. Elle se résolut à donner le lieu de retraite des filles, le lendemain matin. Ainsi, peut-être qu’Olivier pourrait intercepter les complices lorsqu’ils viendraient enlever Alice et Victoria. C’était risqué, mais il fallait agir.

  • Mais pourquoi tu te tais ? murmura-t-elle à son bébé. J’ai besoin que tu me parles.

Le bébé donna un faible coup sur la paroi. Dorothy sourit et pleura en même temps, avant de s’endormir.

Le lendemain matin, Harry la délia en lui proposant de se laver dans le ruisseau. Ils allaient partir sans les filles, lui annonça-t-il. Il avait eu le même raisonnement qu’elle, Olivier et la maréchaussée devaient l’attendre à l’endroit où elles les avaient cachées.

  • Nous partons pour l’Angleterre, tu accoucheras à Basilton et on échangera le bâtard contre tes deux filles. Ton mari n’hésitera pas un instant, il nous rendra les filles pour récupérer son fils.
  • Qui te dit que c’est un garçon ?
  • Tu le portes devant, comme ma femme quand elle attendait John.
  • Je ne quitterai pas la Provence.
  • Tu n’as pas le choix, va te laver, dit-il en la poussant dans le dos, la route sera longue.

Lorsqu’elle sortit de la chapelle, Dorothy jubila intérieurement  : les majestueuses dentelles de Montmirail se dressaient devant elle. Quand elle fut à côté du ruisseau, elle se rendit compte qu’elle était juste en amont de la cascade dans laquelle Olivier l’avait emmenée, presque un an auparavant, lorsque ses filles et elle avaient dû se réfugier chez Tao. Elle se demanda si elle arriverait à rejoindre la chambre du Turc, cette petite grotte en forme de goulot qui avait été un poste de guet lors des guerres contre les sarrasins. Mentalement, elle se souvenait que ce petit ruisseau traversait le chemin qu’ils avaient emprunté. Si elle le longeait, elle pourrait peut-être retrouver l’endroit.

Son frère piaffait dans son dos. Dorothy sentait qu’il n’était pas trop fier de son comportement, elle en profita :

  • Tu comptes regarder les sévices que tu m’as infligés, pour te rappeler que tu n’es qu’une ordure ?
  • Je te garde à l’œil, maugréa-t-il.
  • Où crois-tu que je puisse m’enfuir ?

Harry jeta un œil circonspect autour d’eux et réalisa qu’en aval, une falaise empêcherait à Dorothy de s’évader et en amont, le ruisseau coulait dans une végétation épineuse et bien trop dense pour qu’il ne puisse pas la rattraper. Toutefois,  par prudence, il lui dit :

  • Donne-moi ta jupe !
  • Pardon ? s’écria-t-elle, vaguement choquée. En plus, tu es pervers ! Il ne te manquait plus que ça !
  • Mais non, garde ton jupon, mais ainsi tu ne te sauveras pas en chemise !
  • D’accord, mais dans ce cas, tu retournes à la chapelle parce que je voudrais laver mon jupon, à moins, bien sûr, que tu préfères que je sente l’urine durant tout le voyage ?

Harry approuva d’un mouvement de bras exaspéré. Dorothy lui lança sa jupe. Il prit le paquet et rejoignit la chapelle. Dorothy attacha sa tournure au-dessus de l’eau de telle manière à ce que les baleines créent un clapotis qui ferait croire à Harry qu’elle était toujours là. Puis, elle se faufila entre les broussailles, en suivant le ruisseau en amont, les pieds dans l’eau, s’égratignant de gauche et de droite, sans y prendre garde. Le chemin qu’elle et Olivier avaient emprunté l’année précédente se présenta à elle, presque par magie, au bout d’une centaine métres. Elle grimpa jusqu’aux pieds des grands rochers que formaient les dentelles de Montmirail. L’enfractuausité qui menait à la chambre du Turc était nettement plus difficile à trouver. Mais au bout d’une heure, elle la dénicha et escalada vaille que vaille pour arriver enfin à cette grotte fortifiée qui servit poste de guet, il y a bien longtemps. Deux heures plus tard, elle entendit du mouvement au pied de son antre, les deux acolytes de Harry la cherchaient en grommelant :

  • En tout cas, elle n’a pas pu rejoindre Gigondas ou Lafare, on l’aurait vue. Il reste Suzette, mais c’est nettement plus loin.
  • Allons vers Suzette. Si on la retrouve, on la ramènera à son frère, sinon, c’est qu’elle s’est perdue et, dans ce cas, on n’arrivera pas à la retrouver à deux. Il faudrait faire une battue. Nous ferions mieux alors, de laisser tomber l’Anglais, même s’il ne nous a payé que les deux tiers. Nous risquons d’avoir affaire à la maréchaussée avant qu’il honore ses promesses.
  • J’ai une meilleure idée : si on ne la retrouve pas, nous irons trouver le notaire, pour peu, il nous donnera une récompense.
  • L’Anglaise nous reconnaîtra et nous serons en Guyane pour avoir séquestré la femme d’un notaire, enceinte qui plus est !
  • Elle ne nous a pas vus !
  • Et sa bonne ?
  • Elle non plus. Je l’ai assommée par-derrière.
  • Et qu’est-ce qu’on lui dira, au notaire ?
  • Qu’on a vu un couple qui se disputait en anglais à la chapelle Saint-Christophe ! Après, ils trouveront l’Anglais et le tour est joué ! Quant à elle, si elle s’est perdue dans les montagnes, sa seule chance de survie est une battue. Le sol est sec, il n’y a que le ruisseau qui coule encore.
  • Si on la retrouve vivante, on sera des héros !

Le complice rit et approuva. Dorothy comptabilisa qu’il leur faudrait jusqu’à la nuit pour mettre leur plan à exécution. De toute façon, elle n’avait pas d’autre choix que d’attendre. Elle s’installa plus ou moins bien et entreprit de faire bouger son bébé. Il ne lui fallut pas longtemps pour que celui-ci se manifeste, elle posa ses mains sur son ventre et rit doucement.

Elle avait très soif. Son estomac grondait méchamment ; son dernier repas remontait à deux jours exceptés la bouchée de pain qu’elle avait pu avaler dans la chapelle. Le soir tomba doucement. Elle s’endormit comme une pierre. Elle se réveilla par un grondement d’orage. Une pluie diluvienne s’abattit autour d’elle, elle but quelques gouttes d’eau et se rendormit. Le lendemain, une légère pluie accompagna le lever du jour. Dorothy ne se sentait pas bien. La faim lui donnait la nausée. Elle avait trop soif, elle léchait ses mains avidement, sans pour autant subvenir à son besoin d’eau. Sa tête lui tournait. Le temps s’était rafraîchi, elle grelottait comme une feuille. Elle commença à réaliser qu’elle ne tiendrait pas longtemps. Elle pensa redescendre, quitte à rejoindre cette maudite chapelle. Mais elle regarda la paroi qui la séparait du sol et n’avait pas la force, voire la capacité, de descendre sans se rompre les os ou tuer son bébé. Elle se rendormit sans vraiment en avoir conscience, dans un brouillard d’inanition et de déshydratation.

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