Vie au pensionnat
Alice et moi, nous réussîmes notre certificat avec la plus haute mention. Dorothy nous inscrivit tout de suite à Liège, dans la seule école de filles qui venait d’être créée par la Baronne de Waha.
Cela n’avait pas suffi à amener du monde dans la petite école de Fanny. Il ne lui resterait que mes deux petites sœurs et elle aimait être avec un groupe classe d’une dizaine voire quinze élèves. Elle en était découragée. Si, devant ses deux dernières élèves, elle montrait toujours autant d’entrain, ce n’était que façade. Dorothy le percevait et elle en était profondément désolée.
Ma vie à la pension me plaisait très relativement. Très vite, Alice et moi raflions toutes les bonnes notes de la classe. Nous acceptions nos notes avec une certaine désinvolture parce que Fanny ne nous avait jamais poussé à la rivalité mais à la solidarité. Ainsi, elle nous avait appris que lorsqu’on avait appris une notion plus rapidement que les autres, il fallait qu’on aide les autres à l’appréhender plus qu’à se reposer sur nos lauriers. Dès lors, il nous arrivait d’aider l’une ou l’autre de nos compagnes de classe pendant l’étude.
Nos professeurs avaient une profonde admiration pour nous car nous semblions être des élèves modèles.
Cela entraîna la jalousie de plusieurs de nos compagnes de classe, essentiellement de l’une d’elles, Arianne della Fouille. Elle fut à la tête d’une petite cabale contre nous. Cette chipie exerçait une grande influence sur les autres. Un peu plus dégourdie, franchement effrontée, elle entraînait plusieurs élèves sur la vertigineuse pente de la délinquance. Ainsi, ses cinq acolytes et elles fumaient dans les toilettes, rançonnaient les plus jeunes, pour quelques devoirs ou quelques tricheries lors des interrogations et examens.
Quand elle approcha Alice pour qu’elle lui laisse copier son devoir, Alice ne comprit pas directement le pourquoi de la démarche. Le devoir était pour elle, une manière pour le professeur et pour l’élève de voir si la matière avait été assimilée, il était donc stupide de le copier puisqu’il n’apporterait rien ni à elle ni au professeur.
Cette naïveté nous classa immanquablement comme bûcheuses, pimbêches et égoïstes. Notre accent méditerranéen était terriblement exotique et elles ne manquaient pas une occasion pour nous imiter méchamment. De plus, tous les matins nous avions un temps libre d’une demi-heure, nous continuions à faire nos séances de taï-chi. Comme nous l’avait prédit Olivier, la première semaine, tout le monde en riait, puis notre danse ne perturbait plus personne, cela faisait partie de nos différences.
Les petites mesquineries d’Arianne della Fouille nous isolèrent mais ne nous accablèrent pas outre mesure. Nous nous étions créé un réseau d’exclues qui furent de bonnes amies que nous gardâmes jusqu’à la fin de nos études. Il y avait Marie-Antoinette Servais, rejeté parce qu’elle était considérée comme stupide, Esther Wauman parce qu’elle était juive et Jeanne Dubois parce qu’elle était grosse et un peu godiche. Esther Wauman était la plus douée en version latine, on disait d’elle qu’elle aurait pu vivre au temps de César. Elle nous apprit à rire de nos misères et à transformer « nos déboires en gloire », comme elle le disait elle-même. Elle avait fait des rondeurs de Jeanne un critère de beauté rien qu’en demandant à Marie-Antoinette (qui était une dessinatrice hors pair) de dessiner une femme maigre et sans poitrine. Sans hésiter, nous trouvions que la maigre qui ressemblait furieusement à une des acolytes d’Arianne ressemblait plus à un garçon, tandis que le dessin qu’elle avait fait de Jeanne était plein d’amour et de douceur.
Je me souviens qu’une fois nous avions eu deux heures de retenues pour une bêtise faite par les chipies. Nous étions collées toutes les quatre et nous pestions largement sur cette injustice. Esther, elle ricanait dans son coin. Elle nous avait demandé de copier les lignes de punition tandis qu’elle préparait notre vengeance (nous savions que ces pages ne seraient pas lues parce que la surveillante nous savait innocentes mais elle devait appliquer le règlement). Le lendemain, comme chaque semaine, nous avions une version latine. Pour une fois, elle donna son brouillon à Arianne. Celle-ci trop heureuse de ne pas réfléchir le recopia sans se douter de ce qu’il l’attendait.
Le mardi suivant, l’enseignante remit les copies. Elle félicita Arianne pour sa version, mais elle l’envoya directement chez la directrice. Celle-ci se fit proprement exclure de l’école pour insubordination. Dire que cette version était une copie l’aurait également mise dehors. Esther nous raconta, par la suite, qu’elle avait écrit une revue peu avantageuse de nos professeurs. Le papier était si bien écrit, qu’il en était signé, mais aucune de nos professeures ne voulut nous punir parce qu’elles étaient bien trop heureuses de se séparer de cette adolescente trop turbulente.
Marie-Antoinette avait d’énormes difficultés en orthographe. On la disait paresseuse, il n’en était rien, elle travaillait terriblement en français et en langue pour de maigres résultats. Par contre, elle excellait en mathématiques et en sciences. Nous nous étions à ce point liées qu’elle nous invitait parfois à prendre un goûter, le mercredi chez elle.
C’était une très belle maison sur la Meuse. Sa mère nous était très reconnaissante et dès que nous passions la porte, nous étions choyées et gavées de gaufres de Liège ou de Bruxelles. Nous étudiions à cinq, Esther et Jeanne étaient de la partie, sur la grande table de la salle à manger et rentrions à la pension, pour le repas du soir qu’on nommait « souper », comme en Provence.
Comme toutes les adolescentes, nous rêvions de prince charmant, de belles aventures et de voyage. Nous racontions à nos amies les exploits d’Adrien, Esther nous racontait ses voyages quand elle partait avec son père qui parcourait l’Europe pour ces affaires. Nous avions obtenu de partager le même dortoir de six lits et nous lisions à la bougie les narrations de voyage, nous regardions les cartes avec envie et déterminions nos prochaines aventures. Nous étions loin des soucis du château. Nous revenions le samedi après-midi remplies de nos petites histoires qui faisaient rire Grand-Mère. Grand-Mère connaissait nos amies sans les avoir rencontrées, rien que par nos bavardages. Elle tiqua légèrement sur le nom de famille de Marie-Antoinette mais elle ne nous fit aucun commentaire.
Pendant que nous voguions dans nos périples imaginaires et nos aventures de pensionnaires, Fanny sombrait dans la mélancolie. Si son manque d’école était en partie responsable de cet état, le manque de maternité était la cause principale. Elle avait fait trois fausses-couches. Son dernier datait de quelques jours quand Dorothy alla la voir, au journal. Elle avait perdu beaucoup de sang, elle était si faible qu’elle avait dû rester alitée. Elle pleurait sans cesse, le docteur était venu, il lui avait donné quelques calmants pour qu’elle dorme.
Dorothy était revenue le surlendemain. Fanny dormait tout le temps. Les saignements s’étaient atténués mais elle restait très faible. Dorothy avait attendu pendant une heure qu’elle se réveille, puis elle s’était résignée à la laisser dormir, en se glissant doucement hors de sa chambre.
- Dorothy ? dit d’une faible voix Fanny. Revenez, s’il vous plaît. Je voudrais vous parler.
Dorothy était revenue sur ses pas, elle lui avait pris la main doucement.
- Je sens m’enfoncer dans les profondeurs d’un lac. Je ne suis pas sûre de m’en sortir. Si je meurs, pourriez-vous prévenir ma sœur ? Je voudrais qu’elle sache que je pense toujours à elle. Je vais vous donner une adresse où elle reçoit le courrier sans que les bonnes sœurs soient au courant.
- Il n’y a aucune raison que vous mouriez, Fanny. Vous êtes de bonne constitution, le docteur l’a dit.
- Je ne vais pas mourir de fausse-couche, mais d’ennui, répliqua-t-elle. Je n’aime plus ma vie. Je ne me trouve pas bien dans cette maison. Ma belle-mère est méchante, mon beau-père m’ignore et Guillaume me délaisse.
- Ne dites pas cela, il vous aime !
- Il préfère sa vie au journal. Il a retrouvé ses amis et ses amies d’enfance, celles-ci se moquent de mon accent et moi, je ne les comprends pas. Guillaume sort tous les soirs. J’espérais son retour près de moi avec la venue d’un enfant, mais le médecin m’a prévenu, je ne pourrai jamais en avoir. Mes intérieurs sont bien trop abîmés. Que ferais-je quand vos filles passeront le certificat ?
Dorothy ne sut que répondre. Elle laissa parler son amie jusqu’à ce qu’épuisée, celle-ci s’endorme. Elle partit avec l’adresse de sœur Marie-Hyacinthe, sans savoir ce qu’elle en ferait. Elle descendit sans faire de bruit. La belle-mère de Fanny l’attendait en bas de l’escalier appuyé sur sa canne. Dorothy s’étonna que la vieille femme fût seule. Depuis qu’on l’avait diagnostiquée sénile, elle était suivie pas à pas par une dame de compagnie. Elles se saluèrent poliment.
- Il ne fallait pas qu’elle ait d’enfant, dit la belle-mère, c’est mieux ainsi !
- Pourquoi dites-vous ça ? demanda Dorothy doucement.
- Parce que j’y veille.
- Allons bon ! Et comment faites-vous ?
- La tisane, pardi ! chaque soir une bonne tisane et au bout d’une semaine hop plus de bébés !
Dorothy observa un instant la vieille dame. Elle se demanda si, dans son délire, elle avait osé faire boire cette tisane à Fanny. L’œil diabolique, ses mains qui s’excitaient sur le pommeau de sa canne lui firent suspecter sa culpabilité. Un sourire se dessina petit à petit sur la figure ridée. Il n’avait rien de gai, il était simplement mauvais.
- Une tisane ? reprit Dorothy sur le ton de la confidence, et dites-moi, de quoi est-elle composée ?
- Sabine, rue et absinthe, répondit la vieille avec assurance. Avec vos cinq enfants, je comprendrais que vous désireriez en goûter, d’autant plus que vous attendez encore une fille...
Instinctivement, Dorothy mit ses mains sur son ventre. Elle se doutait qu’elle était enceinte mais attendait la confirmation dans les jours suivants. Elle ne l’avait dit à personne, même pas à Olivier. Comment cette femme l’avait-elle deviné ? L’aïeule la fixait avec un petit sourire amusé. Dorothy avala sa salive, elle ne voulait pas se laisser entraîner dans son délire.
- Non merci, répondit-elle d’un ton assuré. Comment trouvez-vous ces plantes, elles ne poussent pas dans la région à ce que je sache.
- Certes, je les ai fait venir à la naissance de Guillaume et elles ont très bien repris dans mon jardin.
- Même la Sabine ?
Tout en ne quittant pas les yeux de Dorothy, l’aïeule hocha la tête lentement. Dorothy resta impassible en penchant légèrement la tête. Elle savait ce genévrier redoutable, Elle en avait eu un au bord de son parc, adossé à la falaise. À l’époque, elle avait un âne qui en avait mangé. Il avait agonisé toute une nuit avant de s’éteindre au matin. Dorothy aurait pu encore entendre les cris déchirants de cette pauvre bête. Elle avait fait appeler trop tard, le rebouteux du village. Celui-ci lui avait expliqué la cause de cette mort et lui avait dit qu’une fois avalé, il n’aurait de toute façon rien pu tenter pour sauver la bête. Dorothy s’en était voulu de l’avoir laissé agoniser, sans abréger ses souffrances. Dorothy eut un sursaut d’incrédulité, elle aurait pu tuer Fanny.
- Je ne vous crois pas ! dit-elle en mettant ses gants. Vous êtes trop ...
Elle allait dire « cénile » mais elle se retint juste à temps. Une pointe de colère se profilait au fond des yeux de la vieille femme. Dorothy en eut légèrement peur. Elle voulut apaiser la partie et continua sa phrase en disant :
- Trop bonne pour cela !
- Trop bonne ? Vous vouliez dire trop cénile, avouez-le. C’est mon mari qui me décrit comme telle. Cela l’arrange bien, il ne voulait plus que je continue mes activités. Il m’a imposé un cerbère en prétextant une dame de compagnie. Cette chipie est sur mes talons tout le temps. Profitons de son absence momentanée, voulez-vous, cela faisait longtemps que je voulais vous parler. Suivez-moi, je pense que vous changerez d’avis sur mon état mental.
Elle emmena Dorothy dans son jardin. Dorothy s’étonna de la beauté du lieu. Certes, elle l’avait vu du haut de l’étage dans lequel nous avions dormi, mais elle n’était jamais entrée. Il respirait la paix, le bien-être. Elle respira à plein poumon les odeurs de l’automne qui s’y dégageaient. Sans qu’elle eût besoin d’en demander davantage, son hôte lui expliqua les propriétés des essences et leur bienfait sur l’humain.
- Vous en savez bien plus que n’importe quel rebouteux de Provence, je suis très admirative sur votre savoir.
- Je suis rebouteuse, j’ai soigné comme ma mère et ma grand-mère ont soigné. Que pensez-vous de mon état mental ?
- Certes, je ne vous crois pas sénile ! répliqua Dorothy avec un sourire qui se voulait conciliant. Peut-être avez-vous des absences qui justifient une aide à vos côtés...
Instinctivement, elle s’était approchée de l’eucalyptus. Elle avait envie d’en chiper une feuille pour l’écraser sous les doigts afin d’y sentir encore son parfum. Elle caressait doucement le tronc lisse ; cela fit sourire madame Peeters. Même si le sourire n’avait rien d’alarmant, il glaça Dorothy. Elle ramena sa main à son sac, dans lequel, elle chercha nerveusement ses gants.
- Comment se fait-il qu’il ait pris racine dans ce pays ? On m’a dit que les hivers sont très rigoureux, dit-elle pour se donner un peu de contenance.
Madame Peeters balaya l’air d’une main agacée.
- Vous êtes protestante, dit-elle. Vous connaissez le pasteur et sa femme. Je les soigne encore tous les deux, allez leur demander si j’ai la moindre absence. Mon mari ne m’autorise plus à soigner parce qu’il a peur de moi. Je ne suis pas « bonne » comme vous le disiez, mais ma compassion est sans limites. Je ne peux voir quelqu’un souffrir et quand il n’y a plus rien à faire, je peux l’aider à trouver la paix.
Dorothy fronça les sourcils. Elle n’osait comprendre ce que cela sous-entendait. La vieille dame fixait Dorothy d’un regard intense, presque inquiétant et murmura :
- Je ne tolère pas non plus qu’on touche à un cheveu d’un de mes enfants. Et puisque la justice est incompétente, il faut bien que quelqu’un arrête le carnage.
- Qu’a fait Fanny pour qu’elle mérite un tel traitement ? répliqua vivement Dorothy.
- Je ne vous parle pas de cette pauvrette, dit-elle presque rageusement, en balayant l’air d’une main dédaigneuse.Guillaume la trompe avec n’importe qui. C’est son droit, puisqu’il est homme. Fanny devrait apprendre à accepter ce fait mais elle n’y arrive pas ! Je vous parlais de sa sœur.
Dorothy fut soufflée par le ton anodin qui contrastait avec l’énormité des propos.
- Il se fait que Fanny est mon amie, dit-elle d’une voix rauque, et je ne peux tolérer que vous lui fassiez du mal.
- Je ne lui ai pas fait de mal, croyez-moi. Elle devrait rentrer en France et oublier Guillaume. Il n’est pas un homme pour elle.
- Ça suffit ! dit Dorothy hors d’elle. Votre compassion me semble bien sélective. Je ne sais pas si vous êtes folle, mais vous êtes dangereuse, cela c’est certain ! Vous n’avez pas le droit de choisir pour les autres et à leur insuqui plus est.
Madame Peeters posa doucement une main sur l’avant-bras de Dorothy. Elle reprit sur un ton apaisant :
- Je comprends que vous me jugiez si durement, cependant, imaginez un instant que je perçoive quelques bribes du futur. Ne pensez-vous pas qu’il serait de mon devoir de faire en sorte que cela ne se réalise pas ?
- Vous ne pouvez pas bouleverser le déroulement de la vie, c’est impossible, répliqua Dorothy en se dégageant.
- Ha bon ?
Madame Peeters observa ses plantes et en choisit deux ou trois dont elle coupa une branche. Elle les tendit à Dorothy en disant :
- Dans les six semaines à venir, une de vos filles touchera la mort si vous ne lui donnez pas ces plantes dans une décoction le matin et le soir pendant cinq jours. Le ferez-vous ?
- Et qui me dit que vous n’êtes pas en train d’abréger ses souffrances ?
- Je les abrège, certes, mais ce ne sera pas pour l’envoyer six pieds sous terre. Cette décoction ne supprimera pas les aléas de la vie, elle renforcera la force vitale de votre fille. C’est de cela qu’elle aura besoin, continua Madame Peeters. Prenez-les, nous continuerons notre conversation, après ces incidents.
- Je ne crois pas que nous nous reverrons, Madame. Je vous salue, répliqua Dorothy en tournant les talons.
Outrée, elle marcha à grands pas vers la sortie.
- Comtesse, la rappela la rebouteuse, je ne voulais pas vous choquer avec cette pauvrette. Mais je voulais vous mettre en garde pour vos filles.
- Mes filles ? répliqua Dorothy en faisant volte-face. Dieu me préserve de vous les confier !
- Grand Dieu, je serai morte quand elles seront en âge de se marier ! Je ne vous demande pas de me les confier.
Madame Peeters la rejoignit.
- Écoutez-moi encore cinq minutes, supplia-t-elle, je vous en prie !
Est-ce le ton, le regard ou la curiosité ? Dorothy n’aurait pu le déterminer. Elle fit un petit mouvement sec d’approbation.
- Voyez mon jardin, il a été commencé par mes aïeules. Il est tellement vieux, que je ne peux vous donner avec précision la date de sa création. Ce serait dommage qu’il tombe en désuétude. N’est-ce pas ?
- Certes !
Madame Peeters soupira. Elle pencha légèrement la tête, son regard pénétra dans celui de Dorothy.
- Je voudrais l’offrir à mon successeur.
- Je ne vois pas en quoi mes filles interviennent dans votre héritage.
- C’est l’une d’elles qui sera la soignante de la région. Puis-je lui offrir cela ? dit-elle en écartant les bras.
Dorothy eut un terrible pincement au ventre. Sa réponse claqua comme un cri d’effroi :
- Hors de question ! Votre manière d’agir n’est pas conforme à une véritable rebouteuse mais plus à une sorcière qui use de son pouvoir !
- Je n’ai abusé de mon pouvoir que pour le bien de ma fille. Vous ne m’avez pas très bien compris.
- Allons bon, et que lui avez-vous donc fait ?
- J’ai tué...
La rebouteuse s’arrêta en pleine phrase. Dorothy la fixait les yeux sortant de ses orbites.
- Vous avez tué ? murmura-t-elle.
Madame Peeters détourna un instant son regard, puis elle le recentra sur Dorothy froidement :
- J’ai tué ce qui allait la tuer. Quand un arbre est envahi de lierres, on coupe le lierre pour qu’il n’étouffe pas. J’ai tué le parasite qui la brisait.
- Je ne veux pas en savoir davantage, dit Dorothy en tournant les talons.
Elle monta dans son Clarence et lança à James l’ordre de se dépêcher de rentrer. Elle ne put penser à autre chose qu’à cette sorcière qui voulait faire de sa fille la sorcière suivante. Elle en était inquiète et furieuse.

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