Chapitre 1 : Ma grande soeur
L’air sentait la poussière et le vieux béton.
J’adorais cette odeur.
Ça sentait les cachettes secrètes, les plans murmurés dans le noir, les promesses qu’on ne partage qu’avec les gens qu’on aime vraiment.
Je suivais ma sœur dans les couloirs étroits sans jamais la quitter des yeux.
Ses pas étaient légers, presque dansants, comme si elle flottait. Elle avait toujours cette façon de bouger, comme si le monde entier n’était qu’un jeu inventé pour elle. Même ici, dans cette planque sombre et délabrée, elle semblait lumineuse.
Belle.
Parfaite.
J’essayais de marcher comme elle.
Pas trop vite. Pas trop lentement. Avec cette petite souplesse dans les épaules, ce rebond discret dans la démarche.
Je m’entraînais depuis des années.
Himiko disait souvent que les gens normaux étaient ennuyeux, qu’ils avançaient tout droit sans jamais écouter ce que leur cœur criait. Moi, je ne voulais surtout pas devenir comme eux.
Je voulais être comme elle.
Elle s’arrêta brusquement et se retourna vers moi.
Son sourire s’étira, large, joyeux, merveilleux.
— Louise, tu traînes.
Sa voix chantait presque.
Mon ventre se serra de bonheur.
J’accélérai aussitôt, replaçant machinalement mes deux chignons. Ils devaient être parfaits. Bien serrés, bien ronds. Exactement comme les siens.
— Désolée, Himiko.
Elle pencha la tête.
Ses yeux dorés glissèrent sur moi avec attention, comme pour vérifier quelque chose.
Je retins mon souffle.
Puis elle sourit davantage.
— Tu es trop mignonne.
La chaleur envahit ma poitrine.
C’était tout ce que je voulais entendre.
Depuis toujours.
Elle rit doucement avant de reprendre sa route, et je lui emboîtai le pas avec empressement.
Plus loin, une grande porte métallique était entrouverte. De la lumière filtrait à travers l’ouverture, ainsi que des voix graves.
L’Alliance.
Mon cœur battait plus vite.
J’avais tellement entendu parler d’eux. Des vrais gens. Des gens qui comprenaient. Des gens qui refusaient de se laisser enfermer dans les règles stupides de cette société de héros.
Et aujourd’hui, grâce à ma sœur, j’allais enfin les rencontrer.
Himiko posa une main légère sur ma joue.
Son contact me figea.
— Rappelle-toi, Louise… ils sont spéciaux, mais ils ne me connaissent pas comme toi tu me connais.
Je hochai la tête.
Évidemment.
Personne ne connaissait Himiko comme moi.
Personne ne pouvait l’aimer autant que moi.
Ses lèvres s’étirèrent.
— Alors montre-leur à quel point tu me ressembles.
Mon souffle se coupa.
Une joie brûlante se répandit en moi.
Oui.
Oui, bien sûr.
J’allais être parfaite.
Pour elle.
Himiko poussa la porte.
La lumière crue m’aveugla une seconde avant de révéler la pièce : vaste, nue, traversée de câbles et de néons grinçants.
Ils étaient là.
Tomura Shigaraki, avachi comme une ombre prête à griffer le monde.
Dabi, immobile, ses yeux brûlant d’un ennui menaçant.
Jin Bubaigawara, agité, marmonnant pour lui-même.
Leurs regards se tournèrent vers nous.
Je redressai les épaules exactement comme Himiko l’aurait fait.
Je souris exactement comme Himiko l’aurait fait.
Et pour la première fois, j’entrai dans le monde auquel j’avais toujours appartenu.
À ses côtés.
Là où était ma place.

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