Chapitre 2 : Le test
La pièce était silencieuse.
Trop silencieuse.
Même Jin Bubaigawara avait arrêté de marmonner.
J’aimais ce silence.
Il voulait dire qu’ils regardaient.
Tous.
Et surtout elle.
Je sentais le regard de ma sœur posé sur moi, chaud et léger, comme une récompense qui attendait d’être gagnée.
Alors je souriais.
Exactement comme elle.
Les lèvres étirées juste assez. Les yeux légèrement plissés. Cette expression douce et joyeuse qui donnait toujours l’impression qu’elle savait quelque chose que les autres ignoraient.
J’avais passé des heures à la reproduire.
En secret.
Devant le miroir.
— Bien.
La voix de Tomura Shigaraki griffa l’air.
Mon attention se fixa sur lui.
Il était assis, voûté, les doigts tapotant l’accoudoir dans un rythme irrégulier.
À ses pieds, un homme était attaché à une chaise métallique.
Un civil.
La trentaine, peut-être.
Ses vêtements étaient froissés, son visage couvert de sueur.
Ses yeux étaient écarquillés.
Terrifiés.
— Himiko dit que ton alter mérite sa place ici, dit Shigaraki. Montre-nous.
Mon cœur bondit.
Oui.
Enfin.
Je jetai un coup d’œil à ma sœur.
Elle me souriait.
Ce sourire parfait qui rendait tout plus lumineux.
— Vas-y, Louise. Amuse-toi.
Sa voix était tendre.
Pleine d’affection.
La chaleur explosa dans ma poitrine.
Je m’avançai vers le prisonnier.
Mes pas étaient légers. Élégants. J’avais appris à marcher comme ça en l’observant.
L’homme tremblait si fort que la chaise grinçait sous lui.
Pathétique.
J’aurais dû trouver ça drôle.
Himiko aurait trouvé ça drôle.
Je m’accroupis devant lui.
— N’aie pas peur, chantonnai-je.
Ses pupilles se dilatèrent.
L’odeur de sa peur me frappa aussitôt.
Acide.
Presque métallique.
Je souris plus largement.
Comme elle.
Puis je plantai doucement mon ongle dans son poignet.
Une perle de sang jaillit.
Je la recueillis du bout du doigt.
Et l’avalai.
Le monde bascula.
Une vague me traversa si brutalement que mon souffle se coupa.
Peur.
Immense.
Écrasante.
Une peur animale, pure, absolue.
Puis autre chose.
Une tristesse si profonde qu’elle semblait sans fond.
Une douleur ancienne. Fatiguée. Vivante.
Et dessous—
ce tremblement irrégulier.
L’espoir.
Petit.
Fragile.
Désespéré.
Il voulait vivre.
Il voulait rentrer chez lui.
Il pensait à quelqu’un.
Une femme.
Une enfant.
L’amour vibrait en lui comme une lumière prête à s’éteindre.
Mon ventre se tordit.
Pourquoi…
Pourquoi est-ce que ça faisait aussi mal ?
Je vacillai.
Juste une seconde.
La pièce revint brutalement autour de moi.
Le néon grésillait.
Le prisonnier sanglotait.
Mon cœur battait trop vite.
Non.
Non, non, non.
Ce n’était rien.
Himiko n’aurait pas hésité.
Alors moi non plus.
Je redressai la tête.
Et je souris.
Son sourire.
Parfaitement.
— Il t’aime très fort, soufflai-je au prisonnier avec douceur. C’est mignon.
Ma voix trembla à peine.
Personne n’allait le remarquer.
Personne sauf—
Mon regard croisa celui de Dabi.
Et mon souffle se bloqua.
Il me fixait.
Immobile.
Intensément.
Pas comme les autres.
Pas avec curiosité.
Pas avec amusement.
Il me regardait comme s’il avait vu quelque chose.
Comme s’il comprenait.
Comme s’il savait.
Une sensation glacée glissa le long de mon dos.
Son regard disait une chose simple, terrible :
Ce sourire n’est pas le tien.
Je maintins l’expression sur mon visage.
Parfaite.
Exacte.
Comme Himiko me l’avait appris.
Mais pour la première fois de ma vie…
j’eus l’impression de porter un masque.

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