Chapitre 4 : Le coeur des héros
La salle était plongée dans une pénombre calme.
Seule la lumière bleutée de l’écran central éclairait les visages.
Tomura Shigaraki observait une carte détaillée de U.A. High School.
Son doigt glissa lentement sur les bâtiments.
— Tu vas entrer ici.
Mon dos se redressa aussitôt.
Une mission.
Ma première vraie mission seule.
Une chaleur fébrile envahit ma poitrine.
J’allais pouvoir leur montrer.
Lui montrer.
Je jetai un regard discret à ma sœur.
Himiko Toga me souriait avec fierté.
Mon ventre se serra agréablement.
— Tu observeras les déplacements, les rondes, les habitudes des élèves, continua Shigaraki. Rien d’héroïque. Rien de spectaculaire. Tu regardes, tu retiens, tu reviens.
J’acquiesçai immédiatement.
— Oui.
— Sois discrète.
Sa voix se fit plus sèche.
— Si tu te fais repérer, je considérerai ça comme un échec.
Le mot résonna brutalement.
Échec.
Impossible.
Je ne pouvais pas échouer.
Pas devant eux.
Pas devant elle.
— Elle ne se fera pas repérer.
La voix chantante de ma sœur fendit la pièce.
Elle s’approcha de moi et posa ses mains sur mes épaules.
Ses doigts étaient légers.
Tendres.
Possessifs.
— Louise est parfaite.
Mon souffle se bloqua une seconde.
J’adorais quand elle disait ça.
J’avais l’impression d’exister plus fort.
Elle pencha légèrement la tête vers moi.
Ses yeux dorés brillaient.
— Mais fais attention.
Son sourire se fit plus fin.
— Les héros sont des menteurs.
Je hochai la tête.
Évidemment.
— Et les apprentis héros sont pires, continua-t-elle doucement. Ils ont l’air gentils, sincères, lumineux… mais c’est comme ça qu’ils entrent dans ta tête.
Ses pouces caressèrent mes joues.
— Ils te feront croire qu’ils veulent ton bien. Ils te feront douter de toi.
Mon ventre se noua.
Le mot résonna étrangement.
Douter.
Comme cette nuit sur le toit.
Comme les mots de Dabi.
— Ne les écoute pas, murmura-t-elle.
Son regard devint plus intense.
Presque brûlant.
— Ils essaieront de te changer.
Sa voix descendit en un souffle.
— Et si ça arrive… tu ne seras plus ma Louise.
Mon cœur se serra douloureusement.
Non.
Jamais.
Je souris aussitôt.
Son sourire.
Parfait.
— Je ne changerai pas.
Elle éclata d’un petit rire joyeux.
Puis embrassa mon front.
— Je le savais.
Cette chaleur familière me rassura immédiatement.
Oui.
J’étais à elle.
J’étais parfaite.
Je ne pouvais pas me tromper.
Le trajet jusqu’à Yuei fut simple.
Le déguisement civil me grattait un peu le cou.
Des vêtements trop ordinaires.
Trop fades.
Mais c’était nécessaire.
Le ciel était clair lorsque j’atteignis les abords du campus.
Même de loin, l’école imposait quelque chose d’étrange.
Une énergie vive.
Presque vibrante.
Comme si l’air lui-même y croyait.
Je me glissai discrètement près d’une rangée d’arbres bordant un espace extérieur d’entraînement.
Des voix résonnaient au loin.
Des rires.
Des discussions légères.
Tellement naturelles que ça me parut presque irréel.
Puis je la vis.
Ochaco Uraraka.
Elle se tenait un peu à l’écart.
Ses joues étaient légèrement rosées.
Ses yeux fixaient un garçon non loin.
Izuku Midoriya.
Elle avait cette expression étrange.
Douce.
Absente.
Comme si elle regardait quelque chose de précieux.
Et puis elle sourit.
Pas un sourire travaillé.
Pas une imitation.
Pas une performance.
Un sourire simple.
Sincère.
Heureux.
Quelque chose se contracta brutalement dans ma poitrine.
Je restai figée.
Pourquoi…
Pourquoi est-ce que ça me faisait cet effet ?
C’était si léger.
Si pur.
Si différent de tout ce que je connaissais.
Mes doigts se crispèrent contre l’écorce.
Je devais observer.
Mémoriser.
Repartir.
C’était la mission.
Alors pourquoi mes jambes refusaient-elles de bouger ?
Pourquoi cette envie absurde grandissait-elle en moi ?
Cette envie d’aller lui parler.
De lui demander ce qu’elle regardait comme ça.
De comprendre ce sourire.
Je restai immobile.
Suspendue entre deux choix.
Observer…
ou m’approcher.
Et pour la première fois…
je ne savais pas ce qu’Himiko ferait à ma place.

Annotations