Chapitre 5 : Une chaleur inconnue
Mes jambes bougèrent avant que j’aie le temps de réfléchir.
Un pas.
Puis un autre.
Chaque mouvement me donnait l’étrange impression de trahir quelque chose.
Je n’avais jamais fait ça.
Jamais agi sans me demander ce qu’Himiko aurait fait.
Pourtant, cette fois…
je voulais savoir.
Ochaco Uraraka ne m’avait pas encore remarquée.
Elle observait toujours le garçon au loin avec cette expression douce qui me troublait tant.
Plus je m’approchais, plus cette sensation grandissait dans ma poitrine.
Une chaleur étrange.
Presque douloureuse.
Je m’arrêtai à quelques pas d’elle.
Puis je souris.
Pas trop.
Pas comme Himiko.
Un sourire plus petit.
Hésitant.
Le simple fait de ne pas copier exactement ma sœur me donna le vertige.
— Excuse-moi…
Ma voix vacilla légèrement.
Elle se retourna aussitôt.
Et sourit.
Simplement.
Naturellement.
Comme si elle était sincèrement contente de me voir.
— Oh ! Salut !
Sa voix était lumineuse.
Sans méfiance.
Sans calcul.
— Tu es perdue ? Tu cherches quelque chose ?
Cette douceur me heurta de plein fouet.
Je restai figée une seconde.
Pourquoi était-elle aussi gentille ?
Elle ne me connaissait même pas.
Il n’y avait aucune raison.
Aucun intérêt.
Aucune attente cachée.
Juste…
de la gentillesse.
Pure.
Brute.
Mon ventre se serra.
— Je… oui, mentis-je. Je cherche le bâtiment administratif.
— Ah ! T’es nouvelle ?
Son enthousiasme était immédiat.
Presque adorable.
Avant même que je réponde, elle s’était rapprochée.
Comme si m’aider allait de soi.
Comme si c’était naturel.
Comme si j’avais de la valeur sans avoir besoin de la mériter.
L’idée me déstabilisa si fort que j’en oubliai presque de respirer.
— Je peux te montrer !
Son sourire s’élargit.
Et sans réfléchir—
je tendis la main.
Mes doigts effleurèrent les siens.
J’activai Crimson Bond.
Le monde explosa.
Une vague de chaleur me traversa si brusquement que mes genoux faillirent céder.
Bonheur.
Léger.
Vivace.
Presque pétillant.
Et dessous—
quelque chose d’infiniment tendre.
Une affection immense.
Délicate.
Précieuse.
Pas possessive.
Pas douloureuse.
Pas dévorante.
C’était comme regarder une lumière à travers une fenêtre ouverte.
Une émotion libre.
Paisible.
Vivante.
Je coupai aussitôt le lien.
Mon souffle tremblait.
Impossible.
Ce n’était pas possible.
Comment quelqu’un pouvait-il ressentir quelque chose d’aussi…
pur ?
— Ça va ?
La voix d’Ochaco me ramena brutalement.
Je levai les yeux.
Elle me regardait avec inquiétude.
Une inquiétude sincère.
Pour moi.
Mon cœur rata un battement.
— O-Oui.
Ma voix sonna étrangère à mes oreilles.
Puis une autre voix résonna derrière elle.
— Uraraka ?
Mon corps se figea.
Izuku Midoriya approchait en trottinant, légèrement essoufflé.
Le visage d’Ochaco changea immédiatement.
Une douce panique rosée colora ses joues.
Et soudain—
le lien résiduel vibra encore.
Son affection bondit.
Plus forte.
Plus lumineuse.
Comme une étoile qui explosait silencieusement dans ma poitrine.
Je vacillai intérieurement.
C’était trop.
Trop beau.
Trop sincère.
Midoriya arriva à sa hauteur.
— Ah, désolé ! Je te dérangeais peut-être—
Il me remarqua aussitôt.
Et son visage s’illumina d’un sourire maladroit.
— Oh ! Salut ! Tu es nouvelle ? Tu as besoin d’aide ?
Sans réfléchir, je tendis légèrement la main lorsqu’il passa près de moi.
Mes doigts frôlèrent son poignet.
Crimson Bond s’activa.
Et cette fois—
le choc fut pire.
Une vague de compassion me submergea.
Immense.
Écrasante.
Une gentillesse presque absurde dans son intensité.
Le désir profond de protéger.
D’aider.
De comprendre.
Et là, enfouie au milieu de tout cela—
une affection tendre dirigée vers Ochaco.
Encore jeune.
Encore confuse.
Mais réelle.
Sincère.
Brillante.
Mon esprit chancela.
C’était impossible.
Tout ce que je ressentais en eux était impossible.
Où était l’obsession ?
La possession ?
Le besoin de dévorer l’autre pour l’aimer ?
Où était cette faim brûlante qu’Himiko disait naturelle ?
Pourquoi eux semblaient-ils aimer sans souffrir ?
Pourquoi leurs émotions ressemblaient-elles à une lumière chaude…
quand les miennes avaient toujours ressemblé à une cage dorée ?
Je souris.
Naturellement.
Calmement.
Comme si rien n’était arrivé.
— Oui, mentis-je doucement. Je suis juste un peu perdue.
À l’intérieur, pourtant—
quelque chose poussait.
La graine.
Silencieuse.
Vivante.
Et cette fois,
je sentais ses racines s’enfoncer profondément.

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