Chapitre 6 : Le premier mensonge
Le retour jusqu’à la planque me sembla irréel.
Mes jambes avançaient seules.
Mon esprit, lui, était encore là-bas.
Dans cette lumière douce.
Dans ces sourires sincères.
Dans cette chaleur impossible qui vibrait encore sous ma peau.
À chaque pas, je revoyais le visage d’Ochaco Uraraka.
Puis celui d’Izuku Midoriya.
Et ce flot d’émotions pures.
Plus j’y pensais, plus une question me déchirait :
Pourquoi ça n’a jamais ressemblé à ça avec Himiko ?
La porte métallique grinça.
Je n’eus même pas le temps de respirer.
— Louise !
Une silhouette blonde fondit sur moi.
Les bras d’Himiko Toga s’enroulèrent autour de mon cou.
Son étreinte était forte.
Presque trop.
Son parfum m’envahit immédiatement.
Familiarité.
Possession.
Sécurité.
Mes muscles se raidirent sans que je comprenne pourquoi.
— Alors ? chantonna-t-elle contre mon oreille. Raconte-moi tout.
Ses doigts glissèrent dans mes cheveux.
Remirent doucement mes chignons en place.
Comme si elle vérifiait qu’ils étaient toujours parfaits.
Mon ventre se serra.
Avant, ce geste me rassurait.
Aujourd’hui…
il me donnait l’impression d’être une poupée qu’on réajuste.
Elle recula juste assez pour me regarder.
Ses yeux dorés brillaient d’impatience.
— Tu as vu quoi ? Ils étaient ridicules ? Tu as senti leur sang ? Est-ce qu’ils t’ont parlé ? Est-ce qu’ils ont essayé de t’avoir avec leur petit air de héros gentils ?
Les mots résonnèrent brutalement.
Gentils.
Le sourire d’Ochaco.
L’inquiétude sincère de Midoriya.
La chaleur de leurs émotions.
Mon cœur accéléra.
Et alors—
je fis quelque chose que je n’avais jamais fait.
Je mentis.
Délibérément.
— Non.
Le mot sortit tout seul.
Doux.
Calme.
— Rien d’intéressant. Juste une mission banale.
Le silence tomba.
Mon propre mensonge me heurta comme une gifle.
J’avais menti.
À elle.
Par choix.
Je m’attendais presque à sentir le monde s’effondrer.
Mais rien ne vint.
Seulement le martèlement affolé de mon cœur.
Les yeux d’Himiko restèrent fixés sur moi.
Son sourire ne bougea pas.
Mais quelque chose vacilla derrière.
Une hésitation.
Une suspicion fugace.
— Vraiment ?
Sa voix était légère.
Trop légère.
Je soutins son regard.
Et souris.
Pas le sien.
Le mien.
Petit.
Simple.
— Oui.
Elle m’observa encore une seconde.
Puis rit doucement.
— Tant mieux. Les héros sont ennuyeux.
Ses doigts pincèrent affectueusement ma joue.
— J’aurais été triste qu’ils gâchent ta jolie tête.
Elle m’embrassa le front.
Puis s’éloigna en sautillant.
Comme si rien n’était arrivé.
Je restai immobile.
Le souffle bloqué.
Lorsqu’elle disparut enfin dans le couloir, l’air revint brutalement dans mes poumons.
Je respirai profondément.
Encore.
Encore.
Pourquoi avais-je l’impression de sortir la tête hors de l’eau ?
— Alors.
Je me figeai.
Adossé au mur, à moitié noyé dans l’ombre, Dabi fumait en silence.
Ses yeux bleus me détaillaient avec cette intensité presque dérangeante.
— T’as menti.
Ce n’était pas une question.
Je devrais nier.
Faire semblant.
Sourire comme Himiko.
Pourtant—
je n’en eus pas envie.
Il y eut un long silence.
Puis, contre toute logique, je parlai.
Je lui racontai tout.
Ochaco.
Midoriya.
Leurs émotions.
La chaleur.
La douceur.
La sincérité.
Chaque mot me semblait interdit.
Dangereux.
Mais une fois lancés, ils sortaient sans s’arrêter.
Dabi ne m’interrompit pas.
Il écouta simplement.
Immobile.
Quand j’eus fini, il écrasa sa cigarette sous sa botte.
Puis leva les yeux vers moi.
— Bienvenue dans le monde réel.
Je clignai des yeux.
— Quoi ?
Un rictus presque invisible étira ses lèvres brûlées.
— T’as enfin vu à quoi ressemble quelque chose de vrai.
Ses mots me traversèrent de part en part.
Je voulus protester.
Dire qu’Himiko était vraie.
Que ce que je ressentais pour elle l’était aussi.
Mais aucun son ne sortit.
Parce qu’au fond—
je n’en étais plus certaine.
Dabi s’approcha.
Pas assez pour être menaçant.
Juste assez pour que sa voix tombe bas.
— Si t’as besoin de comprendre ce qui t’arrive…
Il me fixa droit dans les yeux.
— Viens me voir.
Puis il s’éloigna sans attendre de réponse.
Je restai seule dans le couloir silencieux.
Le cœur battant.
La gorge nouée.
Et pour la première fois de toute ma vie…
quand je pensai à quelqu’un vers qui me tourner—
ce ne fut pas Himiko.

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