Chapitre 8 : Trouver ma voix

3 minutes de lecture

Ma porte claqua derrière moi.

Le verrou trembla sous mes doigts.

Je restai appuyée contre le bois, incapable de respirer correctement.

Mon cœur frappait si fort que j’avais l’impression qu’il allait déchirer ma poitrine.

J’avais fui.

J’avais fui ma sœur.

Mes jambes cédèrent.

Je glissai lentement jusqu’au sol.

Puis les larmes vinrent.

Brutales.

Silencieuses.

Je portai une main à ma bouche pour étouffer les sanglots.

Je ne pleurais presque jamais.

Himiko disait que pleurer pour soi-même était ridicule.

Que les émotions devaient être belles, grandes, passionnées, pas faibles et tremblantes comme ça.

Mais je n’arrivais plus à m’arrêter.

Tout remontait d’un coup.

Le sourire sincère d’Ochaco Uraraka.

La gentillesse maladroite d’Izuku Midoriya.

Cette chaleur immense qui avait rempli leur cœur sans les consumer.

Puis Dabi.

Sa manière froide de dire les vérités que personne d’autre n’osait nommer.

Sa façon étrange de me pousser à réfléchir.

Sa présence silencieuse.

Et enfin—

Himiko.

Son sourire.

Ses mains dans mes cheveux.

Sa voix douce.

Son regard glacé.

Cette peur.

Réelle.

Terrible.

Une pensée se forma lentement.

Impossible.

Follement dangereuse.

Je la repoussai aussitôt.

Elle revint.

Plus forte.

Plus claire.

Pars.

Mon souffle se bloqua.

Non.

C’était absurde.

Himiko me retrouverait.

L’Alliance me retrouverait.

Je pourrais mourir.

Mais une autre pensée suivit immédiatement :

Et si je reste, je disparaîtrai.

Le silence qui suivit fut immense.

Puis je me relevai.

Mes jambes tremblaient.

Mais elles tenaient.

J’ouvris mon placard.

Sortis un petit sac.

Et commençai à le remplir.

Quelques vêtements.

Un peu d’argent volé.

Une photo froissée de mon enfance.

Pas avec Himiko.

Juste moi.

La seule où je souriais sans l’imiter.

Mes doigts tremblèrent en la regardant.

J’avais presque oublié ce visage.

Un bruit sec fendit l’air.

La porte s’ouvrit brutalement.

Mon sang se glaça.

Himiko.

Mon corps entier se raidit.

Je me retournai, déjà prête à fuir—

Mais ce n’était pas elle.

Dabi referma calmement derrière lui.

Son regard glissa sur le sac.

Puis sur mes joues humides.

Il comprit immédiatement.

Bien sûr qu’il comprit.

— Enfin.

Sa voix était basse.

Presque lasse.

Je clignai des yeux.

— Tu… tu ne vas pas me dénoncer ?

Il haussa légèrement une épaule.

— Pourquoi je ferais ça ?

Je restai muette.

Il s’approcha lentement.

Son regard tomba sur la photo dans ma main.

Puis revint à moi.

— T’as décidé de vivre.

Il marqua une pause.

— C’est rare, ici.

Mes lèvres tremblèrent.

— J’ai peur.

— Tant mieux.

Je relevai brusquement les yeux.

Il soutint mon regard sans ciller.

— Les gens qui changent sans avoir peur sont juste trop cons pour comprendre ce qu’ils perdent.

Ses mots m’arrachèrent un rire étranglé entre deux sanglots.

Un minuscule sourire fendit son visage brûlé.

— Trouve ta voix, Louise.

Sa voix s’était adoucie.

Très légèrement.

— Trouve un endroit où t’auras plus besoin de demander qui t’es censée être.

Les larmes redoublèrent.

Avant même de réfléchir, je me jetai contre lui.

Mes bras s’enroulèrent autour de sa taille.

Le serrèrent fort.

Très fort.

Son corps se figea.

Comme s’il avait oublié comment réagir.

Pendant une seconde entière, il resta parfaitement immobile.

Puis, maladroitement—

ses bras se refermèrent autour de moi.

Un vrai câlin.

Raide.

Étrange.

Mais réel.

Quand je levai légèrement les yeux, un tout petit sourire était né sur ses lèvres.

Presque invisible.

— Faut vraiment que t’arrêtes de surprendre les gens comme ça.

Je ris doucement à travers mes larmes.

Il recula finalement.

Puis attrapa mon sac.

— Allez. Je vais t’aider à sortir.

Je le fixai, stupéfaite.

— Pourquoi ?

Son regard se perdit une seconde.

Loin.

Très loin.

Puis il souffla :

— Disons que j’aurais aimé que quelqu’un fasse pareil pour moi.

Il ouvrit la porte.

Puis s’arrêta.

— Ah. Une chose.

Je penchai la tête.

Ses yeux bleus se durcirent légèrement.

— Si t’atterris à Yuei et que tu croises un gars moitié glace moitié feu…

Dabi détourna légèrement le regard.

Comme si ces mots lui coûtaient.

— Dis-lui juste ça :

Sa voix tomba presque en murmure.

Le gamin qui regardait le ciel existe encore quelque part. Qu’il arrête de le chercher chez les morts.

Le silence retomba.

Je sentis qu’il ne fallait rien demander.

Alors je hochai simplement la tête.

— Je lui dirai.

Il m’adressa un dernier regard.

Puis son sourire revint.

Petit.

Fatigué.

Sincère.

— Bien.

Et pour la première fois—

quelqu’un m’aida à partir

sans jamais essayer de me retenir.

Annotations

Vous aimez lire Destiny ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0