Chapitre 9 : Sans me retourner
Le couloir était silencieux.
Trop silencieux.
Chaque pas résonnait comme une alarme dans ma tête.
Mon sac cognait doucement contre ma hanche tandis que j’avançais derrière Dabi.
Il marchait d’un pas calme.
Comme s’il faisait une ronde banale.
Comme si ma vie entière n’était pas suspendue à cette nuit.
À plusieurs reprises, il s’arrêtait devant une caméra, bricolait quelque chose, puis repartait.
Les écrans grésillaient.
Les angles morts se multipliaient.
Les traces disparaissaient.
Il effaçait mon existence.
Et plus il le faisait—
plus je comprenais que je partais vraiment.
Mon ventre se serra.
Je n’étais plus la petite sœur parfaite.
Je n’étais plus “sa Louise”.
J’étais…
Je ne savais pas encore.
Mais c’était à moi.
Enfin.
Nous atteignîmes la sortie arrière.
Une simple porte métallique.
Rien de spectaculaire.
Pourtant, elle me semblait immense.
Un monde entier se trouvait derrière.
Dabi posa une main sur la poignée.
Puis me regarda.
— À partir de là, t’es seule.
Ma gorge se noua.
Je hochai la tête.
Il ouvrit.
L’air frais de la nuit me frappa immédiatement.
Libre.
Je fis un pas.
Puis une voix douce fendit le silence.
— Tu pars sans me dire au revoir ?
Mon sang se glaça.
Je me retournai lentement.
Himiko Toga se tenait au bout du couloir.
Immobile.
Ses mains derrière le dos.
Son sourire était là.
Lumineux.
Parfait.
Et c’était mille fois pire qu’une colère.
Mon corps entier se mit à trembler.
Elle avança d’un pas.
Puis d’un autre.
Tranquillement.
Comme si rien n’était grave.
Comme si nous allions simplement parler.
— Louise…
Sa voix était tendre.
Presque amusée.
— Où est-ce que tu vas avec ce sac ?
Ma bouche s’ouvrit.
Aucun son ne sortit.
Panique.
Mon esprit hurlait.
Trouve quelque chose.
N’importe quoi.
— Je… je…
Mon souffle se brisa.
Son sourire vacilla.
Très légèrement.
Elle le voyait.
Elle voyait ma peur.
Alors Dabi soupira derrière moi.
Agacé.
— Sérieusement ?
Sa voix claqua dans le couloir.
— Je lui ai demandé de transporter des trucs. T’as cru quoi ?
Himiko ne le quitta pas des yeux.
Son sourire revint.
Mais ses pupilles s’étaient rétractées.
— Vraiment ?
Dabi haussa une épaule.
— Ouais. Contrairement à certains, y’en a qui servent à autre chose qu’à jouer avec des couteaux.
L’insulte suspendit l’air.
Je connaissais Himiko.
Je savais ce qu’elle détestait.
Et Dabi venait de lui offrir exactement ça :
une provocation impossible à ignorer.
Ses yeux se tournèrent vers lui.
Son sourire devint plus tranchant.
— Tu veux te battre ?
— Si ça peut t’occuper.
Une seconde.
Une seule.
C’était tout ce qu’il me donnait.
Je compris.
Et courus.
La porte claqua derrière moi.
Le froid nocturne m’engloutit.
Mes jambes partirent seules.
Je courais.
Toujours plus vite.
L’air lacérait mes poumons.
Mes yeux brûlaient.
Mes larmes brouillaient ma vision.
Derrière moi, aucun bruit.
Mais je n’osais pas ralentir.
Je courais comme si toute ma vie me poursuivait.
Peut-être que c’était vrai.
Une douleur aiguë déchira ma poitrine.
Mes jambes vacillèrent.
Je continuai.
Encore.
Encore.
Jusqu’à ne plus sentir que le feu dans mes muscles.
Et pendant que je courais—
je pleurais.
Pas seulement de peur.
Pas seulement de tristesse.
Je pleurais parce qu’une partie de moi mourait.
Cette petite fille qui avait passé sa vie à sourire comme sa sœur.
À marcher comme elle.
À aimer comme elle.
Elle disparaissait à chaque foulée.
Et c’était douloureux.
Mais c’était juste.
Quelque part derrière moi, Himiko avait compris.
Pas que sa sœur était partie.
Non.
Quelque chose de pire.
Son reflet s’était brisé.
Et elle ne pourrait plus jamais s’y contempler.
Je ralentis enfin au détour d’une rue vide.
Le souffle déchiré.
Le corps tremblant.
Libre.
Mais pas en sécurité.
Pas encore.
Une seule image apparut dans mon esprit.
Des joues rosées.
Un sourire sincère.
Une chaleur douce.
Ochaco Uraraka.
Puis—
les grands bâtiments de U.A. High School.
Mon cœur battit plus fort.
Oui.
C’était le seul endroit possible.
Le seul endroit où je pourrais peut-être apprendre à exister.
J’essuyai mes larmes.
Et repris ma course.
Droit vers Yuei.
En pleine nuit.

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