Chapitre 10 : La lumière
Je ne sentais plus mes jambes.
Chaque pas était une brûlure.
Ma cheville me lançait atrocement depuis des heures, mais j’avais continué.
Encore.
Encore.
Toujours plus loin de l’Alliance.
Toujours plus loin d’Himiko Toga.
Quand les bâtiments de U.A. High School apparurent enfin dans l’obscurité, mon corps céda presque immédiatement.
Il devait être trois heures du matin.
Le campus dormait.
Immense.
Silencieux.
Paisible.
La vision me frappa comme un rêve irréel.
J’étais arrivée.
Je ne savais pas quoi faire ensuite.
Mes pensées devenaient floues.
Ma tête tournait.
Mon souffle tremblait.
Alors je me traînai jusqu’à un buisson près de l’entrée.
Et m’y laissai tomber.
Le sol était froid.
Mes joues brûlaient.
Mes vêtements collaient à ma peau.
J’étais terrorisée.
Et si Himiko me retrouvait ?
Et si Dabi n’avait pas réussi à effacer mes traces ?
Et si j’avais fait une erreur monstrueuse ?
Mes yeux se fermèrent avant que mon esprit trouve une réponse.
Un bruit me réveilla en sursaut.
Des voix.
Des pas.
Des rires.
La lumière du matin m’aveugla.
Je me redressai brusquement.
Mon cœur s’emballa.
Paniquée, désorientée, je regardai autour de moi.
Le campus vivait.
Des dizaines d’élèves avançaient vers les bâtiments.
Ils parlaient, riaient, se bousculaient gentiment.
Leurs uniformes captaient le soleil du matin.
Le monde semblait si normal.
Si simple.
Je sentis une nausée soudaine.
Qu’est-ce que j’avais fait ?
J’aurais dû rentrer.
M’excuser.
Supplier Himiko.
L’idée me heurta avec violence.
Peut-être qu’elle me pardonnerait.
Peut-être qu’elle me laisserait redevenir sa Louise.
Peut-être—
Puis je regardai les élèves.
Leurs sourires.
Leur légèreté.
Leur liberté.
Et tout s’évapora.
Comme du brouillard balayé par le vent.
Non.
Je ne voulais plus retourner dans cette cage.
Même si ce chemin me tuait—
je devais aller jusqu’au bout.
Je me levai.
Une douleur fulgurante déchira ma cheville.
Un cri étranglé m’échappa.
Je manquai de tomber.
Mais avançai quand même.
Un pas.
Puis un autre.
Le bâtiment principal brillait sous le soleil.
Une lumière calme.
Accueillante.
Je boitais vers elle comme si toute ma vie s’y trouvait.
Autour de moi, les derniers élèves entraient.
Bientôt, la cour fut vide.
Le silence retomba.
Mes jambes tremblaient trop fort.
Encore quelques mètres.
Seulement quelques—
Ma cheville céda.
Je m’effondrai brutalement devant les grilles.
La douleur explosa.
Le souffle coupé, je restai au sol, incapable de me relever.
Mes yeux se remplirent de larmes.
Pas maintenant.
S’il vous plaît.
Pas maintenant.
Des pas précipités éclatèrent derrière moi.
Une voix essoufflée lança :
— Attendez, j’arrive, j’arrive, j’suis pas en reta—
Le silence tomba.
Je relevai difficilement la tête.
Ochaco Uraraka se tenait à quelques mètres.
Essoufflée.
Les joues rouges.
Les cheveux légèrement décoiffés.
Elle me fixa une seconde.
Puis ses yeux s’écarquillèrent.
— Toi…?
Elle m’avait reconnue.
Mon ventre se noua.
Voilà.
C’était fini.
Elle allait appeler les professeurs.
Les héros.
On m’arrêterait.
Je baissai les yeux.
— Je suis désolée…
Ma voix se brisa.
— Je vais partir…
Je tentai de me relever.
Ma cheville hurla.
Je retombai aussitôt.
Avant même que je comprenne—
Ochaco était déjà agenouillée devant moi.
Son visage n’exprimait ni peur, ni colère.
Seulement une inquiétude immense.
Sincère.
— Hé, non, non, bouge pas !
Ses mains se posèrent doucement sur mes épaules.
Délicatement.
Comme si elle avait peur de me faire mal.
Cette douceur me détruisit instantanément.
Les larmes coulèrent sans prévenir.
Elle paniqua aussitôt.
— Oh non, est-ce que je t’ai fait mal ?! Attends, pardon, pardon !
Pourquoi…
Pourquoi était-elle aussi gentille ?
Je ne comprenais toujours pas.
Et c’était précisément ça qui me faisait pleurer.
— Tu es blessée, dit-elle en voyant ma cheville. Et t’as l’air terrorisée…
Son regard croisa le mien.
Et quelque chose s’adoucit encore davantage.
— Peu importe ce qu’il s’est passé.
Sa voix était chaude.
Stable.
Rassurante.
— Tu es en sécurité ici.
Mon souffle se bloqua.
Ces mots.
Je ne les avais jamais entendus.
Pas une seule fois.
En sécurité.
Ochaco se releva d’un bond.
Puis me tendit la main avec un sourire lumineux.
Naturel.
Réel.
— Viens. On va t’aider.
Je fixai sa main.
Longtemps.
Puis, tremblante—
je la saisis.
Et pour la première fois de ma vie,
quelqu’un me guidait vers la lumière
sans essayer de me modeler à son image.

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