Chapitre 11 : Écouter son coeur

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Je m’attendais à être interrogée.

Surveillée.

Soupçonnée.

À chaque couloir traversé, mon corps se tendait, prêt à fuir.

Mais rien de tout ça n’arriva.

Ochaco Uraraka avançait à côté de moi, me soutenant doucement par le bras.

Et chaque fois que nous croisions quelqu’un—

je sentais leurs émotions.

De l’inquiétude.

De la curiosité.

De la compassion.

Pure.

Simple.

Pas de peur haineuse.

Pas de méfiance glacée.

Juste cette étrange chaleur humaine à laquelle je n’étais toujours pas habituée.

À chaque regard croisé, quelque chose se serrait dans ma poitrine.

Pourquoi me traitaient-ils comme ça ?

Ils ne me connaissaient même pas.

Ils n’avaient aucune raison de se soucier de moi.

Et pourtant—

ils le faisaient.

C’était presque insupportable.

Comme une lumière trop vive pour quelqu’un qui a vécu trop longtemps dans le noir.

Nous arrivâmes finalement à l’infirmerie.

Recovery Girl leva les yeux en nous voyant entrer.

Ses traits se durcirent immédiatement.

— Ochaco, qu’est-ce que c’est que—

— Elle est blessée ! coupa Ochaco sans hésiter. S’il vous plaît.

La vieille héroïne m’observa longuement.

Son regard glissa sur ma cheville, mes vêtements abîmés, mes joues encore humides.

Puis elle soupira.

— Approche.

Je m’exécutai en silence.

Son alter agit rapidement.

Une chaleur intense traversa ma cheville.

La douleur disparut presque aussitôt.

Je sursautai.

— Voilà.

Sa voix se fit plus douce.

— Repose-toi.

Elle jeta un regard à Ochaco.

Puis quitta discrètement la pièce, refermant la porte derrière elle.

Le silence retomba.

Je restai assise sur le lit, les mains crispées sur mes genoux.

Ochaco tira une chaise et s’assit face à moi.

Son regard était calme.

Patient.

Elle n’avait pas l’air pressée.

Pas curieuse au mauvais sens.

Elle attendait simplement que je sois prête.

Et ça—

ça me fit encore plus mal.

Parce que personne ne m’avait jamais laissé choisir.

— Tu n’as rien à dire si tu ne veux pas, murmura-t-elle.

Sa voix était si douce.

Quelque chose céda en moi.

Mes lèvres tremblèrent.

Puis tout sortit.

Les mots jaillirent comme une digue qui cède.

Je racontai mon enfance.

Les regards admiratifs posés sur ma grande sœur.

Mon besoin constant de lui plaire.

Les heures passées devant le miroir à reproduire son sourire.

Sa façon de parler.

De marcher.

De rire.

Je racontai comment elle m’avait appris à penser.

À aimer.

À croire que la douleur et la possession étaient naturelles.

Je racontai l’Alliance.

Le sang.

Les missions.

La peur grandissante.

Dabi.

Le doute.

Ochaco.

Midoriya.

Cette chaleur inconnue.

Et enfin—

ma fuite.

Je n’oubliai rien.

Pas une seule honte.

Pas une seule peur.

Et pendant tout ce temps—

Ochaco écouta.

Comme si c’était normal.

Comme si mon histoire n’était pas monstrueuse.

Comme si moi, je ne l’étais pas.

Quand le dernier mot quitta mes lèvres, je me sentis vide.

Légère.

Je baissai les yeux.

Et soufflai :

— Ça fait du bien…

Mes doigts tremblaient.

— Je crois que je n’avais jamais parlé pour de vrai.

Le silence qui suivit fut tendre.

Puis Ochaco sourit doucement.

— Louise…

Je relevai les yeux.

Elle me regardait avec une infinie gentillesse.

— Tu n’es pas un monstre.

Ma gorge se serra.

— Mais—

— Non.

Sa voix était douce.

Ferme.

— Ce n’était pas toi.

Elle posa délicatement sa main sur la mienne.

— Tu n’écoutais pas ton cœur.

Tu écoutais ce que ta sœur disait à sa place.

Les mots me frappèrent de plein fouet.

Mon cœur.

Le mien.

Avais-je vraiment le droit de l’écouter ?

Ochaco sourit davantage.

Comme si elle lisait mon hésitation.

— Et pourtant, il t’a menée ici.

Une larme roula sur ma joue.

Je ne l’essuyai pas.

Pour la première fois…

j’acceptais qu’elle existe.

Je finis par m’endormir peu après.

Un vrai sommeil.

Profond.

Paisible.

Sans peur.

Quand j’ouvris les yeux, la lumière orangée de la fin d’après-midi baignait l’infirmerie.

Ochaco était toujours là.

Elle sourit aussitôt.

— Ah, enfin réveillée.

Mon cœur se réchauffa.

Elle se leva.

— Le directeur veut te voir.

Mon ventre se noua légèrement.

Elle le remarqua immédiatement.

— Hé.

Sa voix se fit rassurante.

— Ça va bien se passer. Je viens avec toi.

Je hochai la tête.

En chemin, mes jambes étaient encore faibles.

Nous avancions lentement dans les couloirs.

Puis une voix familière retentit :

— Uraraka ?

Izuku Midoriya arrivait en trottinant.

Ses yeux se posèrent sur moi.

Son inquiétude fut immédiate.

Sincère.

— Oh ! Tu vas bien ?!

Avant même ma réponse, il s’approcha.

— Attends, laisse-moi t’aider.

Et sans hésiter, il passa doucement mon bras autour de ses épaules pour me soutenir.

Son geste était si naturel.

Si simple.

Mon cœur se serra douloureusement.

Je devais encore apprendre à supporter autant de bonté.

— Merci… murmurai-je.

Il rougit légèrement.

— C’est normal !

Normal.

Ce mot me bouleversa plus qu’il ne l’aurait imaginé.

À trois, nous avançâmes jusqu’au bureau du directeur.

La grande porte imposante se dressait devant nous.

Ochaco me serra doucement la main.

Midoriya m’adressa un sourire maladroit mais chaleureux.

Je pris une inspiration.

Puis entrai.

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