De feu et de sang

Image de couverture de De feu et de sang

La musique vibrait dans tout le club Grimaldi.

Les lumières rouges se reflétaient sur ma robe pendant que je me frayais un chemin jusqu’au bar.

Ce soir, je fêtais mon nouveau travail au Mattino. Le travail dont je rêvais depuis des années. Le plus grand journal de Naples.

J'avais donc décidé de fêter cela ce soir avec ma meilleure amie, Vicky. Et pour marquer le coup, direction le club Le Grimaldi, le club le plus tendance de Naples.

Pour l’occasion, j’avais mis ma plus belle robe rouge.

Il était prévu que je rejoigne Vicky à l’intérieur, au bar. Je rentre sans encombre même s’il y a beaucoup de monde ce soir. Je me fraye un chemin vers le bar à la recherche de mon amie. Elle n’est pas là et d’un coup, mon téléphone vibra dans mon sac à main.

« Anita, je suis désolée de te faire faux bond mais j’ai énormément de travail. J’ai un article important à rendre dans deux jours. »

Vicky était une journaliste comme moi, nous nous étions rencontré à l’école de journalisme de Bologne.

Déçue, je me lançai sur la piste de danse bien décidée à m’amuser sans elle.

C'est alors qu'un homme s'approcha de moi. Costume sombre, allure impeccable, ton strict.

— Mademoiselle Anita Rinaldi ?
Je fronça a les sourcils, surprise qu’il connaisse mon nom.

— Oui… C’est moi.

Il me tendit une carte épaisse, d’un blanc immaculé. Aucun nom, aucun logo, juste quelques mots soigneusement calligraphiés :

« Le succès mérite d’être célébré correctement. Dernier étage. »

Je saisis la carte et restai figée quelques secondes devant ses mots, très élégants et distingués.

« Anita, » me dis-je intérieurement, « réfléchis, observe et analyse » Les premières leçons que j’avais apprises à l’école de journalisme me revenaient.

L’homme était droit comme un I, attendant ma réponse. Sans doute un garde du corps…ce que signifiait que l’auteur de ce petit mot n’était clairement pas un homme ordinaire.

Mon esprit bouillonnait de questions. Pourquoi connaissait-il mon nom ? Pourquoi vouloir me rencontrer dans un club bondé ? Un entretien se fait normalement dans un lieu plus calme, comme un café. Et ce mot sur le succès… Il savait donc que j’avais quelque chose à fêter. Tout cela n’était pas ordinaire.

Je secouai finalement la tête.
— Non, merci.

Il fronça légèrement les sourcils, comme s’il ne s’attendait pas à un refus.
— Comme vous voudrez, mademoiselle. Mais mon patron n’aime pas recevoir des nons.

Je lui rendis la carte.

Il partit aussi vite qu’il était apparu. Je m’enfonçai encore plus sur la piste de danse pour profiter pleinement de l’ambiance.

Je finis par rejoindre le bar pour étancher ma soif. Un homme posa sa main sur mon épaule. Je me retournai. Grand. Carrure imposante. Costume noir parfaitement taillé. Il me fixait comme s’il me connaissait déjà.

— Je n’aime pas être contrarié, dit-il agacé.

— C'est donc vous ? …

Je marqua une pause et poursuivit.

— Je ne vous connais pas. Je ne monte pas avec n’importe qui, dis-je, la voix ferme malgré le frisson qui me parcourait l’échine.

Son regard s’accrocha plus persistant au mien.

— Je peux comprendre votre prudence… Mais quelque chose me dit que vous êtes curieuse d'en savoir plus.

Je tentai de détourner le regard, mais quelque chose me retenait. La présence de cet homme, sa voix, son regard… Il avait raison, j’étais de nature curieuse et il avait fait l’effort de descendre pour me parler.

Je voulais comprendre.

— D'accord, j'accepte l'invitation.

Un éclair illumina son visage et il m'accompagna. Il posa sa main derrière mon dos pour me conduire vers les escaliers. La musique et le tumulte s'éloignèrent pour laisser la place au calme et à la froideur d’un long couloir sans âmes. Des hommes étaient alignés le long des murs et firent tous un hochement de tête à notre passage.

— Ne vous inquiétez pas, ce sont mes hommes, ils sont là pour assurer ma sécurité, dit-il doucement.

Nous nous arrêtions enfin devant une grande porte en noyé gardée par deux hommes. L’un deux était celui qui m’avait donné la carte auparavant.

— Je vous présente Marco, mon fidèle bras droit.

L’homme me fit un signe de tête pour me saluer.

Il ouvrit la porte et une immense pièce apparut. Les murs étaient remplis de tableaux. Un grand bureau en chêne forgé dominait la pièce et sur le côté se trouvait un coin détente, composé d’un canapé et de deux fauteuils. Une grande vitre permettait de voir la grandeur du club et de surveiller la fête.

Il referma la porte et se dirigea vers son bureau d'un pas ferme et assuré. Il enleva un bouton de sa veste et s'assit.

— Je vous en prie, asseyez vous mademoiselle Rinaldi, insista-t-il en me montrant la chaise face à lui.

— Ce ne sera pas utile. Je préfère rester debout.

— Anita, ce n’est pas une demande, c’est un ordre, dit-il d’un ton ferme. Nous avons beaucoup de choses à nous dire.

— Vous me parlez encore comme ça… et je préfère descendre immédiatement.

J’ai beau être curieuse, je ne me laisserai pas commander.

Il s’immobilise. Un silence. Puis un léger sourire.

— Vous redescendriez vraiment ?

Il pencha la tête et m’observa. Il voyait ma détermination et soupira.
— Très bien, Anita. Comme vous voudrez.

Je n'étais pas rassurée et je ne savais pas vraiment ce que je faisais ici.

— Ne vous inquiétez pas, je ne vous ferai aucun mal… sauf si vous me poussez à le faire.

Un mélange de curiosité et de nervosité me traversa. Il y avait quelque chose dans sa manière de parler, dans sa posture qui me donnait à la fois envie de fuir et de rester. Je finis par m’asseoir.

Il s’adoucit légèrement en me voyant prendre place.

— Bien. Savez-vous qui je suis ?

Il remplit deux verres de whisky et m’en tendit un. Son regard, perçant et déstabilisant, me maintenait dans une tension insoutenable.

Je pris mon verre et bu une gorgée.

— Je n’en ai aucune idée. Je ne vous ai jamais vu auparavant.

— C’est fort dommage. Je me présente : Gustavo Varda.

Le nom de Gustavo Varda me glaça le sang. Tout Naples connaissait ce nom.

Il prit une gorgée de whisky calmement comme si chacun de ses mouvements était maitrisé.

— Je suis le maître de Naples.

Il se leva, posa ses mains sur le bureau, et me fixa, chaque mot pesant comme un ordre.

— Je sais que vous avez été embauchée récemment au Mattino et que vous viendrez le fêter ici.

Mon cerveau tournait à toute vitesse. Comment pouvait-il savoir ? Personne à part Vicky n’était au courant de ma soirée. Était-ce un hasard ? Impossible.

Gustavo me fixait, l’air de lire dans mes pensées.

— Alors, expliquez-moi… comment saviez-vous que je viendrais ici ?

Il esquissa un sourire énigmatique.
— Je vous observe depuis un moment, Anita. Fascinante, déterminée… et curieuse. Ce soir, j’avais envie de voir si vous étiez à la hauteur.

— À la hauteur de quoi monsieur ?

— Vous pouvez m’appeler Gustavo et pour vous répondre …

Il se leva, coutourna son bureau et glissa à mon oreille, sa voix chaude effleurant ma peau :

— A la hauteur de votre réputation.

Sa proximité me déstabilisa. Je secouai la tête, tentant de mettre de l’ordre dans mon esprit. Pourquoi étais-je ici, dans son bureau avec lui ?

— Vous voulez un interview c’est cela ?

Il esquissa un léger sourire, comme si ma question l’amusait.

— Non, pas exactement. Je voulais simplement vous rencontrer… en personne.

— Je ne comprends pas… pourquoi moi ? demandai-je, mes mains serrant discrètement le rebord de la chaise.

— Vous avez une personnalité hors du commun. J’aime le feu qui émane de vous.

Je soupirai, un peu irritée par son comportement énigmatique.

— J’aimerais profiter de ma soirée… seule, ajoutai-je, essayant de masquer ma curiosité derrière une fermeté apparente.

— Seule ? répéta-t-il doucement, presque amusé. Croyez-vous vraiment pouvoir ignorer ce qui vous a attiré ici, Anita ?

Il ne me quittai plus du regard, s’adossant légèrement sur son bureau.

— Avez-vous peur du danger Anita ?

Je sursautai à cette question et le fixai.

— Le danger fait souvent partie de mon métier.

— Je n’en doute pas. Mais certains de ses dangers sont plus intimes, plus … féroces.

Je le regardai, étonnée mais aussi troublée par sa réflexion.

— Que voulez-vous dire ?

— Il y a malheureusement des dangers qui ne se contrôlent pas. Les sentiments mais aussi les désirs inavouables.

— Les appels du cœur ne se contrôlent pas toujours malheureusement, murmurai-je.

Je pris une gorgée de mon verre en l'observant.

— Non, mais il faut savoir les écouter. Et … je les écoute …

Il marquai une pause, observant ma réaction

— Et vous … est ce que vous les écoutez ?

Je rougis et baissai la tête. Il se penche vers moi et pose un doigt sous mon menton pour me forcer à le regarder.

— Regardez moi quand je parle, dit-il sèchement. J’attends une réponse.

Je passai mes mains dans mes cheveux pour réfléchir et levai la tête pour te regarder.

— Oui … cela m’arrive de les écouter, Gustavo. Même si parfois ça implique du danger.

— Côtoyer le danger, peut être … excitant et exaltant. Mais c’est aussi accepter une part d’ombre aussi.

— L’ombre… oui, j’aime cette part d’ombre. Et j’aime les femmes qui savent danser avec les ombres … une femme comme vous.

Je restai figée un instant, le souffle court, incapable de détacher mes yeux des siens. Mon corps semblait réagir avant mon esprit. J’étais en train de perdre pied.

Sa réputation, le danger qu’il suscite devrait me faire reculer … me faire fuir. Et pourtant je n’y arrivais pas. Je restais fascinée par lui comme s’il avait pris possession de mon corps.

Il sembla lire dans mes pensées. Il ne détourna pas le regard et souria comme un lion ayant capturer sa proie.

— Vous êtes fascinante Mademoiselle Rinaldi. Non seulement vous ne fuyez pas le danger mais vous choisissez d’y aller.

Ses doigts effleurèrent ma joue et un frisson irrépressible me parcourut. Nos regards se croisèrent à nouveau et, malgré moi, je pinçai légèrement mes lèvres.

Il m’observa l’air satisfait et glissa sa main sur ma joue.

— Vous êtes si belle quand vous vous laissez porter par le désir.

Comme guidée par une impulsion, j’embrassai tendrement sa main et glissai ma tête contre sa paume.

Son regard s’assombrit légèrement.

— Vous venez de franchir une ligne, Anita. Et je dois vous avouer … cela m’enchante.

— Cela m’enchante aussi Gustavo, dis-je à demi-mots.

Soudainement, il glissa ses mains dans mes cheveux et captura mes lèvres.

Le baiser fut intense, brûlant, presque vertigineux.

Pendant un instant, le monde se dérobait sous nos pieds. Nous n’étions que deux, dans son bureau. Je perdais la raison dans ses bras. La réalité me frappa brutalement.

Je me reculais légèrement, reprenant mon souffle. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine.

Qu’est-ce que je venais de faire ? Je venais d’embrasser l’homme le plus dangereux de Naples.

Je passai une main dans mes cheveux, encore étourdie. Je préférai éviter son regard.

— Je … Je devrais y aller, murmurai-je essayant de reprendre mes esprits.

— Déjà ?

Je relevai les yeux vers lui. Son calme me troublait encore davantage.

— Je crois que j’ai suffisamment flirté avec le danger pour ce soir.

Gustavo ne répondit pas immédiatement.

Il se contenta de m’observer, comme s’il devinait mes désirs avant même que je les comprenne moi-même.

Je quittai la pièce sans me retourner.

— Anita, nous nous reverrons …, finit-il par dire.

Je m’arrêtai un instant, la main sur la poignée, puis j’ouvris la porte.

Je compris alors une chose.

Quitter un homme comme Gustavo Varda… n’était pas aussi simple.

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