Chapitre 3.2

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 Sortant de la douche, je le rejoins dans le salon. Assis sur le canapé, Oscar lâche son téléphone et me sourit.

— Des nouvelles de ta sœur ?

— Non. Surtout pas.

— Vous ne vous entendez pas trop ?

— Si. Mais… On a six ans de différence, et elle a du mal à réaliser que son « petit frère » est un adulte de vingt-trois ans. C’est une habitude pour elle de débarquer ici en surprise : elle dépose un truc dans le frigo sans raison, ou elle emprunte quelque chose, ou juste pour dire bonjour. Je suis content de la voir, hein, c’est pas le problème mais : prévenir, bordel, pré-ve-nir. Regarde : elle aurait pu ouvrir la porte pendant que…

 Il se coupe, et rougit légèrement. Il semblerait qu’il ne trouve pas de fin adaptée à cette phrase. Cela dit, ce qu’il sous-entend me met le pied à l’étrier.

— Pendant que tu me dis bonne nuit ?

— … Oui. Voilà. Par exemple.

 Je lui adresse un clin d’œil, et me sers un nouveau café.

— Un autre ? Tu en bois beaucoup ?

— Habile changement de sujet, taquiné-je.

— Euh, non non, pas du tout.

— Mauvaise habitude d’étudiante. Avec la clope, et les réglisses. Monsieur le kiné a des recommandations à apporter ?

 Avec malice, il pose l’index sur sa bouche.

— J’en aurais rencontré, des gens intéressants, sur ce séjour, fais-je remarquer. T’es connu comme le loup blanc, dans le coin ?

— Quand même pas, mais…

 Il hésite, semble remuer les mots, avant de balancer :

— Toute ma famille et mes potes habitent à Oviedo, ou alentour.

— Ils doivent te manquer, quand t’es à Barcelone.

 Il opine.

— Je bosse là-bas parce que l’opportunité était belle, mais… ma vie, elle est ici. Je ne me sentirai jamais chez moi ailleurs.

— C’est une jolie déclaration d’amour, constaté-je avec douceur.

 Il sourit, se lève et vient vers moi.

— Tu as envie de quoi, pour la suite ?

— Qu’as-tu prévu ?

— Si tu veux de l’agitation, les festivités continuent à Oviedo. Si tu préfères du calme, j’ai quelques idées de visites.

— Peu importe, c’est toi le chef ! J’obéirais docilement à tout.

 Il me dévisage. Mince, je réalise les multiples sens de ma phrase. Pour une fois, ce n’était pas volontaire !

— Euh, ça ne concerne que le programme de la journée, bien évidemment. Pour le reste…

— Ah.

— Dis donc, tu as l’air déçu ? Tu pensais me faire obéir sur quoi, au juste ?

— Rien ! Je n’aime pas la place de donneur d’ordre.

 Je m’esclaffe.

— Sans blague ! T’es plutôt le râleur du fond, à ce que j’ai cru comprendre.

— Super… rouspète-t-il. C’est comme ça que tu me vois ?

 Mooooh, regardez qui revoilà ? Ronchonchon ! Je me penche par-dessus le bar, vers lui.

— Je te considère surtout comme le mec le plus mignon que j’ai jamais croisé.

 Ses yeux délicieux vrillent. Touché, mon garçon. Et pas loin de coulé. Devant sa gêne manifeste, je retrouve ma position.

— Je… C’est… gentil. Enfin, non… Enfin, si, mais…

 Rivé vers le sol, il se mord la joue avec fébrilité. On frise la syncope. Ohlàlà, manipulation avec extrême précaution !

— Alors, ose-t-il, peut-être que… Je suis pas obligé d’attendre ce soir pour te re-souhaiter bonne nuit ?

 Han ! C’est trop adorablement dit ! Balle à choper au vol, Alix ! Je contourne l’îlot et me plante devant lui.

— J’exige même un meilleur bonjour que celui de tout à l’heure.

 Un ultime pas. Face-à-face. Frôlement. Mes lèvres sur les siennes. Il répond présent. Ses mains remontent depuis mes poignets, escaladent mes bras, effleurent mes épaules et terminent leur chemin de part et d’autre de mon visage. Les miennes agrippent sa taille. Cette fois-ci, je n’hésite pas. J’enlace. Et m’approche plus. Monsieur farouche n’est plus, il se transforme en Je-le-veux. Bon sang, c’est tellement enivrant ! Au vu du nombre d’occasions où nous aurions pu nous embrasser, je savoure intensément.

 Je me retire de son baiser, bien malgré lui : il n’a pas l’air d’envisager me lâcher. Un petit rire m’échappe.

— Excellente mise en bouche. Et ensuite ?

— Peut-être te déshabiller, finalement.

 Ah ! Voilà qui est entreprenant, d’un coup !

— C’est malin ! Maintenant que j’ai fait l’effort de bien m’apprêter ?

— Je… suis un peu long à la détente.

— Hum… c’est une promesse intéressante !

 Il rougit instantanément.

— Je parlais pas du tout de ça !

— Ah. Bah, dommage, du coup…

— Non, attends… Rho, Alix, pourquoi tu me fais ça ?

— Je te fais quoi ?

 Il baisse la tête. La secoue. Hésite.

— Écoute. J’ai compris que tu aimes beaucoup me taquiner. C’est assez déstabilisant… et ça m’amuse aussi, hein ! Même si je le montre pas… Mais… à présent, j’ai besoin qu’on soit sérieux.

— Tu n’étais pas si premier degré, à Barcelone.

— Ça n’avait rien à voir… Je n’imaginais pas… Les conditions sont différentes. J’ai peur de faire quelque chose qui te contrarie. Je voudrais pas… te fâcher, ou… parce que tu me plais, et…

 Il grimace, et marmonne un « nul, nul, nul ». Définitivement adorable. Un peu solennellement, je relève le nez, plante mes yeux dans les siens, et l’informe avec aplomb :

— Je suis d’accord pour que tu me déshabilles.

— Ah. Parfait.

— Je n’attends que ça.

— Bien, bien.

— Et ensuite…

 Mes doigts viennent caresser sa joue, glisser dans ses cheveux, trotter jusqu’à son menton. Ainsi immobilisés, je fige son attention.

— Ouvre grandes tes oreilles Oscar : je crève d’envie de faire l’amour avec toi. Sur ce canapé. Premier degré. Est-ce que c’est suffisamment clair ?

 Il me gratifie d’un immense sourire.

— Pour être franc, c’est le programme qui me plaît le plus parmi tout ce que j’avais envisagé…

 Sans blague, Candide. D’un geste doux, mais affirmé, il m’embrasse de nouveau, et me recule pas à pas. Mes mollets rencontrent un obstacle. Sous son impulsion, je bascule sur le canapé.

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