Chapitre premier, partie V, Bis

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Elwant déglutit, il était livide. L’idée d’avoir était espionné pendant de longues années le mettais mal à l’aise. Soudain, il comprit l’intérêt de Ragne à son égard.

— Vous les cherchez…

— Je ne fais que ça depuis leur mort.

— Pourquoi ne pas être venu plus tôt ? Je vous aurais aidé.

— Il fallait être discret. Et nous nous rencontrons aujourd’hui.

— Et lorsque Ragne souhaite être discret, il déclenche une guerre. Ça a l’avantage d’éloigner les regards. Je suis sûr que là personne ne s’intéresse à la ville, enchérit Karoozis.

 Leudel jeta à nouveau un regard courroucé vers le guerrier, puis se raidit. La cloche en haut de la porte venait de sonner. Par un ingénieux mécanisme de pression, cette dernière indiquait quand quelqu’un arrivait. D’un geste, elle fit comprendre l’urgence à Ragne qui acquiesça, alors la maitresse espionne se leva et actionna une série de mécanisme caché dans la pièce. Un pan du mur s’ouvrit et elle fit signe à Elwant de la suivre. Elle savait qui venait et ne tenait pas à être dans la même pièce que lui. Cette pièce était l’une de ces multiples planques dans la ville. Et comme chaque endroit où elle logeait, elle aimait pouvoir sortir dans être vu.

— Je vais vous escorter jusqu’au port, précisa-t-elle à l’encontre de son nouveau compagnon et je vous accompagnerais peut-être même sur l’Archipel.

— J’aurais aimé parlé plus longuement Ambassadeur, mais il vous vaut partir. Leudel vous expliquera ce que vous avez besoin de comprendre.

— Mais nous n’avons pas finis de discuter, il y a encore tant à apprendre.

— Il est en train de détruire le monde pour vous Elwant, n’en demandais pas trop. Voilà mille ans qu’il positionne ses pions pour cette guerre. Il y a des forces en jeu que vous ne pouvez pas évaluer, soupira Leudel.

 Elle le saisit par le bras et ignorant ses protestations, l’embarqua dans le passage qui se referma derrière eux. L’aube pointait déjà et elle devait lui trouver un bateau avant le midi.

— Kelde ? Il est possible de la dominer ! Je peux l’aider, continuait de protestait Elwant.

— Kelde n’est pas un danger, c’est les fanatiques aujourd’hui le péril.

— Je… d’ailleurs qui sont t’ils ?

 Leudel eut un sourire, c’était bien là une tare des universitaires, s’ancrer sur des questions si loin du présent qu’ils ne voyaient rien, malgré des signes avant-coureur si grossiers. Le futur avait toujours été simple à prédire pour elle, il se sentait dans l’air, les hommes grognaient sur un ton qui annonçait le lendemain. Il suffisait d’entendre le silence, de le jauger. Souvent, elle avait l’impression d’être une souris juchée sur un géant, personne ne faisait attention à sa présence et les informations perlaient sur le masque des êtres.

— Ils se font appeler la Secte. Ils croient en un antique panthéon. L’ordre et le chaos. Celui qui tisse le monde et celui qui le détruit. C’est un diptyque païen. L’idée que d’autres religions existent en dehors de leur foi les énerve. Ils souhaitent donc imposer cette croyance. Et rétablir leur pratique.

— Qui consiste en ?

— Massacrer tout le monde qui ne croit pas dans leurs dieux.

— C’est charmant.

— L’avantage du massacre c’est que ça occupe les esprits. Vous êtes le cavalier surprise de Ragne dans un jeu d’échecs vieux de plusieurs millénaires. Grâce à vous, il va peut-être gagner dans un mat à l’étouffé. Ce qui en plus d’être élégant, est inespéré.

— Mais, bon sang, contre qui se bat-il ?

 Leudel eut un temps d’arrêt, elle regarda Elwant dans les yeux, son amusement cynique habituel s’était estompé, elle semblait extrêmement soucieuse. L’espionne dévisagea le savant pour la première fois, c’était un noble gracieux, rasé de près, avec un catogan roux soigné pour parfaire une tête délicate. Il n’était pas grand, peu musclé, mais il se dégageait de lui un charisme respectueux. Il n’était pas homme qui imposait, mais homme qu’on écoutait. Pris par une lubie particulièrement étrange pour la femme qu’elle était, elle décida de lui faire confiance. Et Leudel raconta. A mesure que son récit avançait, Elwant se renfrognait. Il acquiesçait lentement à chaque révélation, prenant conscience du pari que le Marcheur avait fait. Une fois que le silence se fit, il ne le brisa pas, se contentant d’emboiter le pas à Leudel.

 Ragne et Karoozis étaient également plongé dans le silence lorsque Fredel entra. Le géant noir ne put s’empêcher de grimacer à l’arrivée du prélat. C’était un homme sec, il paraissait vieux malgré son jeune âge. Il devait sans doute ses rides à ses harangues si fréquentes. Mais plus que son physique ingrat, c’était son sérieux infrangible qui hérissait le colosse. Quelqu’un pour qui l’humour était blasphème ne méritait ni respect ni soumission. Aussi, le guerrier se mis en retrait, la main crispée sur son épée, plus pour se retenir de la dégainer que pour se prévenir d’une attaque. Fredel était perfide, mais pas courageux. Sans lui témoignait le moindre signe d’intérêt, l’ecclésiaste pris la parole.

— Tu voulais me voir Marcheur.

— Oui, en effet, il est l’heure de parler stratégie.

— Et la présence du barbare est obligatoire ? S’enquit avec aigreur l’ecclésiaste.

— Il a un cerveau rompu à la bagarre, c’est le principe de la stratégie, gronda l’intéressé.

— Et donc, que peux-tu offrir que je ne connais pas ? Siffla Fredel.

 Karoozis dégaine une dague qu’il lança au pontife. Ce dernier l’attrapa avec une adresse insoupçonnable.

— Euh… à quoi ça sert ?

— C’est une lame, tu diriges le bout pointu vers les ennemis et tu vérifies qu’ils savent mourir.

— Je ne comprends pas

— C’est pour ça que je suis là. Parce que je sais comment on fait mourir des gens.

 Les deux hommes se firent face avec une animosité affichée lorsque Karoozis vint récupérer son arme. L’un comme l’autre ne s’aimait pas et la longue-vie aurait probablement embroché son interlocuteur si le plan de Ragne ne l’avait pas fait indispensable. Aussi, il se contenta de rengainer avec un sourire figé avant de rejoindre l’Immortel à la grande table qui avait été dressé dans la salle d’à côté.

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