Jour de mon éveil 22/04/405 à 04h05

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Tout est silencieux dans cette obscurité intangible dénuée d’odeur et de goût, mais sans émotions ni mémoire épisodique, ce n’est pas perturbant, surtout avec des besoins physiologiques inexistants. Cependant, je connais la date et l'heure actuelle. Je sais aussi que je me trouve dans le village de Hanakaze. La chambre de Mizuki est à l'étage de la maison des Ashura.

Mon énergie restante activable ou ERA est complète, mais si elle tombe à zéro, je meurs. Par défaut, elle ne baissera que si je me déplace. Soudain, une pensée appartenant à Mizuki traverse mon esprit en supplantant les miennes comme de l’eau qui remplit un verre.

(J’adore écouter le bourdonnement mélodieux des Firins et le doux clapotis des Aquinas.)

Les mêmes sons me parviennent depuis son ouïe. Je suis bien un observateur, mais pourquoi est-ce que j'ai conservé ma conscience ? C'est inhabituel. Je ressens sa respiration apaisée malgré le bruissement des feuilles.

(Yumi avait raison ! Je sens toujours l’odeur de la lavande sur mes draps !)

Son odorat m'offre ces mêmes parfums variés : musqués, boisés, ambrés... Mizuki commence doucement à bouger dans son lit, je ressens la douceur des draps en coton sur sa peau, la tendresse de l’oreiller en plume sous sa tête, la chaleur de sa couverture en laine sur son corps dénudé, le moelleux du matelas qui épouse ses formes, puis la caresse de la brise matinale.

Je sais qu'un observateur vit par procuration via les sensations de l'hôte qu'il observe, mais je ne savais pas que c'était aussi intense. C'est comme devenir le reflet du miroir.

(J’ai hâte de manger de la brioche en buvant du jus d’orange.)

Le goût de sa salive s’accumule dans sa bouche, jusqu'à ce qu'un filet coule sur sa joue. Ses paupières s’ouvrent lentement, sans cligner, et j’aperçois depuis son regard les poutres en chêne.

(Michel dort sûrement, mais Papa doit déjà être réveillé.)

Pourquoi j’ignore qui est le Chishiki qui m’a ressuscité sous cette forme ?

Alors que Mizuki se redresse doucement, sa couverture glisse sur ses cuisses dans un mouvement d’inertie, mais elle ne la retient pas. Le miroir reflète son regard émeraude, des traits juvéniles, un visage ovale, une peau d'un blanc éclatant.

(On dirait que j’ai encore eu une pensée gourmande ce matin.)

Elle rit quelques secondes, puis du revers de la main essuie délicatement ses fines lèvres. Mizuki passe ensuite ses doigts fins dans sa courte chevelure ébène et aplatit facilement les épis.

(Mes cheveux repoussent déjà alors que je suis passée chez Annie le mois dernier.)

Malgré son ton grommelant, son sourire accentue son regard en amande et sa petite bouche ronde. Rapidement, elle fixe sa poitrine dans le miroir, puis pousse un léger soupir.

(Je suis contente que mes seins aient cessé de grossir, mais mes tétons pointent souvent le matin.)

Soudain, son regard bascule sur la droite, ce qui me permet d’observer de nouvelles choses. Au mur, un calendrier contenant treize mois de vingt-huit jours, sauf pour le dernier qui en a vingt-neuf. La petite table est couverte de feuilles et d’un encrier. Sur la gauche, les Aquinas nagent dans la vasque de la commode. Enfin, derrière la fenêtre entrouverte, de minuscules insectes bioluminescents virevoltent en jouant une symphonie musicale.

(Les Firins oscillent du bleu au vert, c’est tellement beau. Surtout la couleur écarlate de la reine.)

D’un geste vif, Mizuki repousse sa literie pour s’asseoir au bord du lit. Elle ouvre rapidement le tiroir de sa table de nuit et attrape le briquet qui est le seul objet présent.

Pendant qu'elle allume la bougie présente sur sa table de nuit. Je sais déjà qu'on n'utilise pas le calendrier grégorien ici, mais on est bien sur Terre.

(J’adore cette odeur citronnée, Papa m’a fait un super cadeau !)

Mizuki remet le briquet dans le tiroir, puis étire ses bras vers le plafond avec un grand sourire. Sa chambre est à la fois rustique, minimaliste et épurée.

(Il faut que je demande à James s’il peut commander d’autres bougies. Oh, et aussi de nouvelles culottes ! J’en ai prêté une à Tatsuya hier et je n'en ai plus que deux.)

Le tapis en laine réchauffe ses pieds froids, tandis qu’elle se lève d’une petite impulsion. Mizuki avance de trois pas, puis tourne sur sa droite, face à son miroir. Elle ajuste sa culotte blanche en glissant un doigt sous l'élastique, puis étire ses bras vers le plafond, paumes ouvertes.

Elle adopte ainsi la posture du tadasana. Je ressens les muscles de son dos et de ses épaules qui s’étirent doucement. Après deux minutes, Mizuki abaisse son torse sans plier les genoux et pose fermement ses paumes au sol afin de passer en uttanasana. Cette fois, ce sont les muscles inférieurs des cuisses qui s’étirent.

(Je me rappelle que quand j’étais petite, c’était difficile pour moi, mais papa m’a tout appris. Il faut que je pense à finir ma chanson, je n'ai pas eu le temps hier.)

Je devrais observer sans réfléchir depuis les sens natifs d'une cible donnée par mon Chishiki. Pourquoi ai-je une conscience, que désire mon créateur ? Qui est-il ? Je n'aime pas ma situation, elle me trouble tellement. Pourquoi m'avoir laissé ma conscience ?

Mizuki est parfaitement détendue, mais soudain... La sonnerie d’un réveil mécanique retentit depuis la pièce attenante au mur où est la tête de son lit. Je ressens son agacement, mais elle conserve sa posture.

« Michel ! Éteins ce stupide engin ! »

Sa voix douce, mais vigoureuse, s’élève dans sa chambre et emplit l’air.

(Je déteste ce bruit strident ! Inspire ! Expire.)

« Désolé, Mizuki ! Laisse-moi une minute. »

La voix de Michel est fatiguée, mais puissante.

« Tu sais que je peux venir te réveiller le matin si tu veux ? »

« C’est gentil, mais apprendre à me lever seul fait partie de mes responsabilités. »

« Très bien, je n’insiste pas. »

(Michel est encore tout groggy. En plus, il est parfois trop obstiné, mais c’est aussi une qualité.)

Sans que je le réalise, les sens de Mizuki s’effacent et mon esprit glisse involontairement vers ceux de Michel. Si je devais comparer, c'est comme changer de chaîne depuis son canapé, sauf que je n'ai pas la télécommande. Me voici donc dans un nouveau lieu, qui est très différent, mais semblable.

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