19. Le traquenard

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Ysée

Je décroche en voyant le nom de mon frère s'afficher sur mon téléphone alors que je suis déjà en retard et pas encore habillée.

— Salut Daryl ! Je suis à la bourre, je dois être dans trente minutes chez les Zrinkak et je n'ai même pas encore choisi ce que j'allais porter !

— Coucou, Grande Sœur. Je ne vais pas t'embêter longtemps, c'est juste que je viens de discuter avec Maman…

— Et alors ? Il y a un souci ? demandé-je, inquiète de le sentir perturbé.

— Ce matin, Papa a mis plus de deux heures avant de se rappeler où il était. Il se croyait dans sa maison d'enfance… Tout est revenu à la normale mais je voulais te prévenir car Mamoucka ne le fera pas. Elle ne veut pas t'inquiéter avant le grand concert que tu as organisé.

Je reste un instant silencieuse pour réfléchir à ce qu'il vient de me dire. Inquiète, je le suis, c'est sûr. Mais est-ce que je peux faire quelque chose là, dans l'immédiat ? Je n'en suis pas convaincue.

— Merci de m'avoir prévenue, Daryl. Je ne sais pas ce que je peux faire, mais une fois l'événement avec les Grâces passé, je prendrai quelques jours pour aller chez eux. Il faut qu'on arrive à les convaincre d'aller voir un spécialiste parce que ça ne sert à rien d'enfouir sa tête dans le sable et d'ignorer la réalité.

— Oui, c'est ce que j'ai dit à Maman, soupire-t-il. Je ferai pareil lors de ma prochaine permission. Je ne te dérange pas plus longtemps, on en reparle dans quelques jours alors. Bonne soirée dans la famille de la Présidente ! Bisous !

Je raccroche et reste un instant perdue dans mes pensées. C'est difficile d'être confrontée au vieillissement de ses parents. Je finis par choisir une petite robe corail légère en coton, toute simple mais bien cintrée, et emporte dans mon sac mon maillot de bain. Je l’enfilerai si je me décide à profiter de leur piscine, comme ils me l'ont proposé.

Lorsque j'arrive chez eux, je note la présence discrète d'une voiture de surveillance devant la maison. On dirait que toute la sécurité est renforcée à l'approche du concert, même dans ce quartier tranquille en périphérie de la capitale.

La propriété des Zrinkak est discrète mais semble bien adaptée aux besoins d'une petite famille comme la leur. Si un jour je réussis à me caser, cela ne me déplairait pas de venir m'installer dans le coin. C'est Arthur qui vient m’ouvrir et je fais une bise qui pique à ce barbu extrêmement séduisant. C'est ce genre d’homme dont j'aurais besoin dans ma vie.

— Bonsoir Arthur, j'espère que je ne suis pas trop en retard…

— Ça n’a pas d’importance, Ysée, on n’est pas à cinq minutes près, voyons, sourit-il. Entre donc, Lila t’attend avec impatience !

Ah oui, cette petite fille qu'ils ont adoptée est en train de bien grandir et je pense que je suis un peu un modèle pour cette jeune ado qui m'a déjà exprimé à quel point elle admirait ma réussite sociale. Je suis très fière de ça et me réjouis de la retrouver. Je déchante rapidement en voyant cependant qu'elle est dans l'eau en train d'éclabousser un type qui n'est autre que cet abruti de Français qui critique tout ce que j'essaie d'organiser. D'un seul coup, la soirée s'annonce moins réjouissante que prévu.

— Je ne savais pas qu'il serait là, dis-je à Julia tout bas après l'avoir saluée. Tu veux que la soirée finisse en pugilat ou quoi ?

— Drapeau blanc, ce soir. Mat fait partie de la famille, Ysée, il est là pour passer du temps avec les filles. J’aimerais vraiment que vous fassiez un effort. Tu veux bien essayer ?

J'ai surtout l'impression d'être tombée dans un traquenard. Avec les enfants présentes, on va devoir se contrôler dans nos paroles, ce que nous n'avons pas fait jusque-là.

— Oui, bien sûr, il n'y aura aucun souci de mon côté, je sais me tenir.

— Parfait, sourit-elle. Je te sers à boire ? Tu veux aller te baigner ?

— Je veux bien un mojito, comme toi, oui. Et je vais juste aller m'installer sur un transat si ça ne te dérange pas. Il y a un peu trop d'agitation pour moi dans la piscine.

C'est clair que l'ami des Zrinkak s'en donne à cœur joie. Il éclabousse et arrose les deux filles qui lui répondent et rient aux éclats. Je récupère mon verre et m'installe au bord de l'eau pour les observer tranquillement. Lila et Sophia sont aux anges et n'arrêtent pas de sauter sur Mathias qui les repousse gentiment ou fait mine de se laisser couler sous leurs assauts. Quel homme ! Il a un dos large et des épaules bien carrées qui donnent une impression de force et de puissance. Et son petit cul moulé dans le short mouillé, tu m’étonnes qu'il soit si confiant dans ses capacités de séduction ! On a envie d'aller lui pincer les fesses pour vérifier qu'elles sont bien réelles ! Je regrette de ne pas avoir mis de soutien-gorge car je sens clairement mes tétons pointer sous le tissu.

— Il est presque mignon quand il n'est pas en train de me mater ou de me gueuler dessus, me confié-je à Julia qui a pris place à côté de moi. Tu as déjà dû essayer la marchandise, vu le temps que vous avez passé ensemble. Il est comment ? Il a l'air bien pourvu en tous cas.

L'intéressé vient en effet de se retourner et la vue de face ne laisse rien à envier à celle de dos ! Le mec doit passer sa vie dans les salles de sport vu comment ses muscles sont bien dessinés. Je me donne chaud toute seule en m'imaginant déposer mes lèvres sur ses splendides pectoraux. Et le short a l'air prometteur aussi. Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ? Depuis quand je fantasme juste sur un physique ? Ce type est un con et jamais je ne m’abaisserai à le laisser me toucher. Même si le sourire qu'il arbore au milieu de sa barbe blonde perlée de gouttes d'eau est tout simplement craquant.

— Tu baves, Ysée, rit Julia. Et Mat et moi n’avons jamais couché ensemble. C‘est dingue que tout le monde pense que forcément, ce soit le cas. Ça a toujours été platonique entre nous. Bon, il est possible que j’aie eu un coup de cœur, à un moment donné, et inversement, mais pas au même moment. Pour le reste… J’ai suffisamment dormi avec lui pour te dire que la bête vaut la peine, et c’est peu de le dire. Quand on gratte la surface, l’homme vaut le coup aussi.

— Il faut vraiment gratter alors parce que même s'il a un corps splendide, je peux te dire que je ne bave pas sur son caractère ou sa personnalité ! Tu as bien fait de préférer Arthur. Lui, il a tout pour lui ! Il fait même à manger ! ajouté-je en le voyant se pencher pour sortir un plat du four.

— Mathias est quelqu’un de bien. Il a juste morflé et a dressé un mur d’apparences devant lui pour se protéger. Et puis, question caractère, je crois que tu ne peux pas vraiment te permettre de juger, rit-elle. Tu es sur les nerfs en ce moment, c’est insupportable !

— C'est vous qui me stressez avec vos histoires de sécurité. Crois-moi que je préférerais penser à ce beau mec dans mon lit plutôt que de passer mon temps à m'engueuler avec lui !

Je n'ajoute pas que je suis aussi super inquiète pour mon père et que ça me ronge de l'intérieur. De toute façon, nous n'avons pas le temps de continuer car Arthur nous appelle à table et je profite du spectacle offert par l'ex militaire. Il est tout mignon dans sa façon d'aider les filles à sortir de la piscine et à faire attention à elles. On ne croirait jamais qu'une brute comme lui puisse faire preuve de tant de délicatesse.

Quand il sort à son tour, la scène semble tout droit sortie d'Alerte à Malibu. Et je suis sûre qu'il en joue alors qu'il vient me saluer, en se frottant avec sa serviette, le sourire en coin. C'est lui qui est insupportable.

— Bonsoir Ysée. Vous allez bien ?

Tiens, pas de remarque désobligeante ? Je suis surprise et un peu désarçonnée.

— Euh… Oui, tout va bien ! Le spectacle est magnifique, lancé-je naturellement avant de me reprendre. Enfin, je veux dire, le temps est magnifique. Et vous, vous avez l'air en forme !

Pourquoi je me sens rougir alors qu'il m'observe en finissant de passer sa serviette dans ses cheveux ?

— Magnifique, oui, vous avez raison. Espérons que le vent ne se lève pas pour que nous puissions en profiter, me répond-il avec un sourire toujours aussi séduisant. Vous auriez dû venir profiter de la piscine.

— On verra à la fin du repas. Avec tout ce qu'il y a à préparer pour le concert, je suis malheureusement arrivée trop tard pour en profiter. Allons manger et je vous prie de noter que c'est la première fois que nous échangeons plus de trois phrases sans nous écharper !

— C’est l’ambiance ici, sans doute, me lance-t-il en me tendant la main. On fait une trêve ? J’ai bien envie d’éclater ce record de politesse, ce soir.

— Avec plaisir mais attention, au moindre dérapage, je vous préviens que je mords.

— Oui, je m’en suis rendu compte, Madame la Ministre, rit-il. Vous êtes même capable d’attaquer la première, mais la soirée est trop belle et ça sent beaucoup trop bon pour qu’on gâche ce moment, non ?

— En effet, Mathias. Allons profiter de ce repas et ne le perturbons pas, même si je crois que les Zrinkak mériteraient ça vu le piège qu'ils m'ont tendu en ne m'informant pas que vous seriez présent.

Je prends sa main et me redresse en m'assurant de ne pas trop frotter ma robe contre son torse encore humide même si je dois mener une lutte intense contre mes hormones pour y parvenir. C'est fou comme mon corps a envie de se coller à lui !

— Eh bien, je crois que vous avez raison, même si ça me fait mal de le dire. Je n’étais pas plus au courant que vous, et ils mériteraient de payer leur fourberie. Mais, qui sait, la soirée peut être bénéfique sur le long terme. En tout bien, tout honneur, évidemment, rétorque-t-il en me faisant un clin d’œil.

Dommage… J'ai rarement été aussi excitée en présence d'un homme et s'il me proposait de le retrouver pour un coup vite fait dans les toilettes, je ne suis pas certaine de savoir refuser. Heureusement qu'il enfile un tee-shirt et qu'il se retrouve un peu éloigné de moi, encadré par les deux filles qui semblent vraiment l'adorer.

Je passe tout le repas à m'efforcer de ne pas le mater mais constate avec plaisir que lui n'a pas la même discrétion et que clairement, il est distrait en me regardant.

— Tonton, c'est pas Ysée qui a les pommes de terre ! Tu peux me les passer ?

— Les pommes de terre ? Oui, oui, une seconde, Chipie, bafouille-t-il en s’exécutant avec un sourire contrit. Mange donc et tais-toi un peu.

Je jubile intérieurement et essaie de rester le plus calme possible, même quand nous nous retrouvons assis l'un à côté de l'autre sur le canapé, une fois les enfants couchées.

— Il est tard, je vais rentrer, dis-je doucement. On n'a pas parlé du concert mais je ne préfère pas gâcher cette fin de soirée avec le travail. On se fait une dernière réunion demain matin ?

— Peut-être qu’on devrait profiter que vous ayez tous les deux la langue moins pendue, non ? rit Julia.

— Ou rester sur une note positive. Je suis d’accord avec Ysée, je préfère attendre demain avant de me prendre un nouveau coup de crocs, moi.

— Voilà, quittons-nous sur ce rare accord. Merci pour l'invitation Julia, et merci Arthur pour le repas. J'ai vraiment passé une belle soirée loin du stress du Palais.

— C’était un plaisir. Tu es toujours la bienvenue, Ysée, me lance Arthur avec un sourire sincère.

— Il faudra revenir pour profiter de la piscine, quand même, ajoute Mathias avec un air goguenard. J’ai hâte de m’allier aux filles pour vous couler, Madame la Ministre.

— Il faudrait déjà que, malgré votre âge avancé, vous arriviez à m'attraper. Bonne soirée !

Je file sans lui laisser le temps de répondre. Cet homme me fait sortir complètement de mes habitudes et il vaut mieux que je garde mes distances. Vivement que le concert soit passé et qu'il retourne chez lui !

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