79. Les mariés involontaires

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Ysée

Lorsque le pépiement des oiseaux au petit matin me réveille, je suis surprise de voir que j’ai réussi à faire le tour du cadran, ce qui ne m’était pas arrivé depuis très longtemps. Il faut dire que se retrouver chez Papa-Maman après une telle aventure, ça permet vraiment de décompresser. Alors que je me prélasse dans mon grand lit et profite des rayons du soleil qui est déjà haut dans le ciel, je prends conscience de la chance que j’ai eue lors de notre expédition à l’Est du pays. Je ne suis pas une militaire, même si j’ai fait partie de l’armée de la Gitane, et c’était vraiment fou de me lancer dans cette mission comme je l’ai fait. Mais est-ce que je regrette ? Non, pas du tout. Est-ce que je referais la même chose si l’occasion se présentait ? Assurément. Qu’est-ce que cela fait de moi ? Une folle ? Sûrement… Mais franchement, entre l’adrénaline de ces moments forts et le rapprochement avec Mathias, sans compter le fait que nous sommes revenus avec Daryl, je pense qu’il faudrait avoir perdu la tête pour ne pas être fière et heureuse de ces magnifiques conséquences d’une décision totalement irréfléchie !

Quand je repense au beau blond qui m’a déjà tant fait jouir, je suis prise entre deux sentiments. D’une part, je suis tout de suite excitée au souvenir de toutes ces fois où nous avons partagé des moments de plaisir qui n’ont rien à voir avec ce que j’ai connu jusqu’à présent. Il n’a qu’à me toucher, m’effleurer même, pour que mon désir monte en flèche. Rien que de me remémorer la façon dont je me suis servie de lui la dernière fois, je frissonne. Mais au-delà de ce côté purement sexuel, je suis aussi assez bouleversée de voir ce que je ressens à chaque fois que nous nous retrouvons ensemble, ou même à chaque fois qu’il fait irruption dans mes pensées. Les battements de mon coeur s’accélèrent, j’ai une folle envie de me lover contre lui, de l’embrasser. Je m’étais promise de ne plus tomber amoureuse, mais j’ai bien peur qu’il soit déjà tard en ce qui concerne Mathias. Là, je n’ai juste pas envie de réfléchir à tout ça. Pas maintenant, ce n’est pas le moment.

Je me lève et enfile une petite nuisette afin d’aller prendre ma douche. Dès que je sens l’eau couler sur ma peau nue, je me savonne et rapidement, mes pensées divaguent alors que je me caresse sous le jet d’eau chaude. J’imagine le corps de mon soldat se presser contre le mien, son érection qui écarte mes chairs et me remplit avec force et virilité. Ses muscles saillants que je peux dessiner de mes mains, sa bouche gourmande qui me dévore avec envie. Je suis obligée de me tenir au mur de la douche pour résister à la force de l’orgasme qui me touche et il me faut quelques instants pour me remettre. Cet homme est capable de me rendre folle, même quand il n’est pas là. Je crois que c’est une mauvaise nouvelle, car il n’est pas en Silvanie de manière définitive et je ne me vois pas quitter mon pays… Quelle merde…

Quand je descends après m’être un peu calmée, je retrouve avec plaisir mon frère, allongé dans le canapé et ma mère, aux petits soins avec lui, qui lui apporte son café sur un plateau.

— Eh bien, il y en a qui sont chouchoutés, ici, me moqué-je gentiment. Je peux avoir un café aussi ? Je crois que j’en ai bien besoin pour finir de me réveiller !

Je fais une bise à ma mère et à Daryl puis pousse les jambes de mon frère pour me faire une petite place sur le divan.

— T’es pas blessée, tu peux te le servir, ton café, flemmarde !

— Ne dis pas de bêtise, Daryl. Tu n’es pas non plus devenu manchot, tu aurais pu te le faire, sourit ma mère. J’arrive, ma Puce.

Que ça fait du bien de retrouver cette atmosphère et ce cocon familial qui a l’air complètement hors du temps. Et quel plaisir de voir mon frère, même blessé, sourire dans le salon qui nous a vus grandir.

— Tu sais que tu nous as fait peur, quand même ? Ça fait du bien de te voir ici, presque en pleine forme, Petit Frère !

— Hum… C’est quand même un comble que ce soit moi le blessé de l’histoire quand on sait toutes les conneries que tu as faites, grande sœur. C’est un miracle que tu sois en un seul morceau, pouffe-t-il en passant son bras autour de mes épaules.

— Cela prouve que je suis plus forte qu’il n’y paraît ! Et que je sais bien m’entourer ! Avec l’équipe que j’avais, il ne pouvait rien m’arriver. Tu te rends compte que non seulement, on a réussi à te retrouver et te ramener mais on a aussi participé à l’opération de diversion de Marina ? Si c’est pas exceptionnel, ça ! Tu devrais être fier de ta sœur plutôt que de te moquer d’elle !

— Je n’ai jamais dit que je n’étais pas fier. En revanche, est-ce que tu sais que Ladko est un ami à moi ? Et qu’il m’a raconté à peu près toute votre aventure ? ricane-t-il. Genre… Le nombre de fois où tu t’es fait engueuler comme une enfant par le lieutenant Snow ? Entre autres choses…

— Il t’a dit aussi le nombre de fois où moi, je l’ai remis à sa place ? Quant au reste, ce qui se passe en mission reste en mission, non ?

— Bien M’dame ! Mais… un bout de la mission débarque à la maison pour boire le café dans quelques minutes, pour info. J’espère que tu ne m’en voudras pas, mais… avec Maman, on voulait le remercier.

— Mathias arrive ? demandé-je, surprise de ne pas avoir été mise au courant de cette invitation.

Je regarde la tenue que j’ai mise et m’en veux de ne pas avoir revêtu une robe qui me mettrait plus en valeur que cette jupe et ce top qui ont l’avantage d’être très confortables mais pas super sexy. Je relève les yeux en entendant mon frère qui éclate de rire.

— Ysée, j’ai vu comment il te matait en treillis, pas la peine de jouer la dame endimanchée, je t’assure. Tu es très jolie comme ça, en plus. Et puis, si tu ne veux pas que Maman te pose mille-et-une questions, tu devrais éviter de le faire baver davantage qu’il le fait d’ordinaire !

— N’importe quoi, ce n’est pas à ça que je pensais !

Je lui mets un petit coup de poing sur l’épaule et me lève afin d’aller voir si ma mère a besoin d’aide en cuisine, mais je l’y retrouve avec mon père qui a enfilé un tablier et qui s’est mis à la vaisselle. Ils sont mignons, tous les deux, et mon coeur fond de les voir toujours aussi amoureux après tant d’années. Je n’ai pas le temps de proposer mon aide que quelqu’un frappe à la porte.

— Je vais ouvrir, dis-je tout de suite, voulant accueillir moi-même Mathias et profiter de ces quelques secondes seule avec lui. Bonjour Beau Blond ! Quelle surprise de te voir ici ! Tu ne peux plus te passer de moi ?

— Madame la Ministre, sourit-il en me faisant une révérence, taquin. En vérité, je crois que ton frère a craqué sur moi, ça me met un peu mal à l’aise par rapport à toi, tu vois ?

— Je crois surtout que ça l’amuse de te faire venir ici alors que Ladko lui a tout raconté sur ce qu’il a pu voir de ce qu’il s’est passé entre nous, soupiré-je. Entre, tout le monde t’attend.

— Oh… Eh bien, quoi, ça te gêne ? Tu as honte ? Je fais demi-tour, si ça te met mal à l’aise, tu sais ?

— Non, je n’ai pas du tout honte, mais fais attention à toi, je ne veux pas donner de fausses idées à mes parents.

Je m’écarte pour le laisser entrer. Lorsqu’il me frôle et que je sens son parfum boisé, je me fais violence pour ne pas lui sauter dessus. Il est carrément canon, habillé en civil, avec son jean bien moulant et sa chemise sombre dont les derniers boutons ouverts laissent apparaître ce torse sur lequel je me suis lovée.

— Bonjour Mathias, l’accueille ma mère dans la cuisine. Je suis vraiment heureuse de vous revoir. J’ai préparé quelques pâtisseries pour vous remercier d’avoir ramené mon fils vivant et d’avoir supporté ma fille pendant ses folies.

— Bonjour Madame. C’est très gentil de votre part, mais ce n’était pas nécessaire, vous savez ? Bien que j’avoue être ravi de vous revoir et curieux de savoir d’où votre fille tient son caractère !

— Ça, on ne sait pas ! Je crois que ça n’a rien de génétique, tout ça. Chéri, Mathias est arrivé, ajoute-t-elle à l’attention de mon père qui, concentré sur sa vaisselle, n’a pas entendu le Français arriver.

— Oh, bonjour, jeune homme. Ravi de vous voir à la maison ! Depuis le temps que j’attendais ça !

Je fronce un peu les sourcils à sa remarque, mais Mathias n’a pas l’air d’y prêter attention et répond jovialement.

— Bonjour, Monsieur. Comment allez-vous ?

— Très bien ! Vous avez bien fait d’enfin vous décider à venir nous voir ! continue mon père. Il ne fallait pas vous cacher comme ça, voyons ! Ou alors, vous étiez trop occupé à prendre soin de votre épouse ? La coquine, ajoute-t-il en me regardant.

— Qu’est-ce que tu racontes, Papa ? demandé-je, inquiète pour lui. Mathias n’est pas marié…

— Oh, qu’elle est drôle ! rit mon père en donnant une accolade à Mathias qui me regarde en haussant les épaules. Vous avez tiré le gros lot avec elle, jeune homme !

— Il faut croire, oui, Monsieur. Je peux vous aider peut-être ? interroge-t-il ma mère qui s’affaire à préparer le petit déjeuner.

— Non, non, pas besoin, répond ma mère en jetant un regard inquiet à son mari. Allez donc au salon, nous vous rejoignons.

En sortant, je l’entends réprimander mon père qui semble ne pas comprendre pourquoi elle s’énerve ainsi contre lui, et nous retrouvons Daryl qui parvient à se lever pour accueillir Mathias et à qui il serre la main.

— Désolé, Mathias, je crois que mon père… perd un peu la tête, soupiré-je en m’installant sur le canapé.

— Pas de problème… C’est moi qui suis désolé pour vous, j’imagine que la situation ne doit pas être facile à vivre, grimace-t-il en s’installant à mes côtés.

— Il a fait quoi ? demande Daryl en prenant le fauteuil en face de nous.

— ll croit que Mathias est marié… Et si j’ai bien suivi, il croit que c’est moi son épouse…

Daryl pouffe alors que je ne peux m’empêcher de rougir, mais nous n’avons pas le temps de creuser l’histoire que nos parents nous rejoignent.

— Ah vous êtes là, les jeunes. Quel plaisir de vous voir tous les trois ici ! La future génération au grand complet ! Et ne faites pas vos prudes, vous pouvez vous embrasser ou vous câliner devant nous, on ne dira rien ! Nous aussi, on a été jeunes. On sait ce que c’est.

Je grimace en écoutant mon père continuer dans ses élucubrations et me sens un peu gênée vis-à-vis de Mathias.

— Papa… commencé-je. Mathias n’est pas là pour ça. Il est venu parce qu’on veut le remercier d’avoir été chercher Daryl sur le front et de l’avoir ramené vivant, n’est-ce pas, Mat ?

— En effet, c’est pour ça que je suis là et c’est très aimable de votre part, d’ailleurs, même si je n’ai fait que mon boulot. C’est une bien jolie maison que vous avez là, lance-t-il, tentant apparemment de changer de sujet.

— Merci Mathias, dit ma mère. Vous voulez du sucre et du lait dans votre café ?

Mon père n’a pas l’air prêt à abandonner si facilement le sujet car il reprend tout de suite.

— C’est vrai que nous avons une belle maison. Un jour, vous pourrez vous installer ici, si vous voulez, et la remplir de tous nos petits-enfants ! Quel beau couple vous formez, quand même.

— Oh oui, vous êtes mignons, renchérit Daryl qui préfère prendre les choses sur le ton de l’humour alors que je le fusille du regard.

— Hum… Et toi, Daryl, t’en es où dans le projet petits-enfants ? nous surprend Mathias en se tournant dans sa direction, le sourire aux lèvres. Il me semble que Katya ne te laisse pas indifférent.

— C’est qui, cette Katya ? demande ma mère, visiblement aussi soulagée que moi du changement de sujet.

— Elle est militaire, reprend Mat alors que Daryl s’enfonce dans le canapé en le fusillant du regard. Elle était avec nous pour récupérer votre fils. Une gentille fille, futée, bien qu’un peu réservée. Un bon élément. Et puis, j’ai cru comprendre qu’elle était douée pour changer les pansements !

Je suis à deux doigts de sauter au cou de Mathias pour l’embrasser pour sa capacité à détourner l’attention des bêtises de mon père, mais je ne suis pas sûre que ça l’aiderait à revenir dans la réalité.

— Je croyais que ce qu’il se passait en mission y restait ? bougonne mon frère. Parce que si ce n’est plus la règle, je crois bien que je ne suis pas le seul à avoir profité, n’est-ce pas Mathias ?

— Hé, sourit Mathias en levant les mains en signe d’apaisement, je dis juste que tu lui as tapé dans l’œil et je me demandais si la réciproque était vraie. Loin de moins l’idée de te mettre mal à l’aise, mec.

— Ah les jeunes. Si seulement j’avais encore votre âge… Et Daryl, tu es injuste, Mathias aurait eu tort de ne pas profiter de sa jolie petite femme ! Si nous voulons être grands-parents un jour, il faut bien qu’ils s’y mettent, non ?

— Papa, Mathias et moi ne sommes pas mariés, voyons. Pourquoi est-ce que tu as ça dans ta tête ?

— Ah oui ? Je… Je me suis trompé, alors… Désolé, mon Grand, mais il faudrait peut-être y songer. Vous iriez bien ensemble, tous les deux.

— Possible, mais vous avez vu votre fille, Monsieur ? Si vous voulez mon avis, personne ne serait à la hauteur de sa beauté, moi le premier !

Daryl éclate de rire et les réparties de Mathias ont au moins le mérite de permettre de continuer ce petit instant sans que mon père ne remette sur le plateau ses remarques vis-à-vis de notre mariage. Quand il repart pour aller manger chez les Zrinkak, ma mère et moi le remercions de sa gentillesse et il nous salue sans avoir oublié de nous souhaiter bon courage quant à la situation avec mon père. J’avoue que je suis particulièrement inquiète pour lui, mais je suis heureuse de voir que ça n’a pas déstabilisé plus que ça le Français. Peut-être que, contrairement à ce qu’il a dit, il pourrait être à la hauteur de mes attentes ?

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