Te reconnaître

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Je sais que ton cœur ne m’écoute plus,

que tu préfèrerais que mes émotions se taisent,

que je t’abandonne aux pierres neuves de ta vie,

loin de moi, loin de ce qui fut.

Alors je serai bref,

sans attendre d’écho ni de pardon.

Mais ce feu en moi est trop vaste pour être contenu dans le silence.

Hier soir, après des heures passées à repousser les bras de Morphée,

égaré dans une lutte âpre avec Métis,

une révélation s’est ouverte devant moi,

l’éclat d’un miracle mêlé au râle d’un massacre.

Pour la première fois depuis ton visage entré dans ma vie,

un froid glacial a jailli de ma poitrine.

En fuyant le regard de la déesse,

je vis, logé dans mon sein,

un espadon tissé de vide,

baignant dans une mer de sang, séchée depuis des éternités.

Et pourtant je vivais encore, car Métis était là.

Elle s’effaça comme une ombre,

et Mnémosyne, la vieille mémoire, s’empara de la scène.

Alors, sans un mot, je fus jeté au travers du temps,

ramené au jour premier,

ce jour béni où je crus simplement aimer à nouveau,

ignorant que mon âme reconnaissait, non découvrait.

Car ce n’était pas une rencontre.

C’était une reconnaissance.

Depuis toujours, je crois que chaque être vivant entend une voix,

ancienne, première, oubliée par les hommes,

mais que bêtes et racines encore perçoivent.

Lorsque la proie bondit avant même que le vent ne l’alerte,

lorsque le prédateur saisit l’instant sans même penser,

c’est la voix qui parle,

qui ordonne au monde d’être.

« Fuis »,

« Pourchasse »,

« Vis »,

« Meurs »…

Pas un ordre que l’esprit choisit d’obéir,

mais un souffle ancien qui traverse l’âme.

Moi aussi, souvent, je l’entends.

« Agis »,

« Bloque »,

« Va »,

« Écoute »,

« Oublie »,

« Meurs »,

« Aie confiance »…

Et ce jour-là, devant toi, elle murmura plus doucement encore :

« Reconnais-la. »

Avant que ma pensée ne puisse répondre,

c’est l’émotion elle-même qui s’éleva,

vague titanesque,

brisant les murailles secrètes de mon cœur.

Je t’ai reconnue.

Non pas aimé soudainement,

mais retrouvé l’amour que j’avais pour toi

depuis avant la mémoire des mondes.

Ma quête prenait fin,

après tant de cycles, tant d’errances,

j’avais retrouvé mon refuge,

mon étoile complice,

celle qui me comprenait, me soutenait,

me suivait et m’entraînait,

me souriait et m’aimait comme personne ne le pourrait jamais.

Avec toi, j’avais contemplé mille soleils mourir sur mille plages,

écouté les soupirs des mondes du haut de falaises oubliées,

observé, des rebords d’astres en flammes,

l’agonie majestueuse de la grande Toile.

À chaque crépuscule, nous nous étions promis :

« Cherche-moi encore. »

Mais dans cette émotion plus vaste que toutes les mers,

se cachait aussi la plus obscure des lames.

Aujourd’hui, elle me perce.

Car à travers tant de vies, tant de quêtes,

toi,

tu as oublié.

Et même en t’ayant retrouvée,

notre cycle s’est éteint.

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