Chapitre 5 - Prends moi avec toi
BASSAM
En montant les escaliers qui menaient à sa classe, il sentit l'anticipation faire battre son cœur plus fort. Qu'est-ce qui l'attirait chez Hajar de cette façon ?
Une fois devant la porte, il remarqua Alexander, penché sur son téléphone. Le prof n'était pas encore là.
Il chercha Hajar des yeux et la vit assise à la place de Faith. Elle avait un record d'absences, celle-là. Cela faisait deux semaines qu'il ne l'avait pas vue. Peut-être qu'elle était repartie au Nigéria avec sa famille.
Qui aurait pu le savoir ?
Il s'approcha de Hajar et s'appuya contre sa table.
— Hey. Tout va bien ?
Elle le regarda dans les yeux avant d'annoncer :
— Oui.
Puis, elle détourna le regard.
— Tu es sûre ? demanda-t-il en la fixant.
— Oui, oui, dit-elle.
— Je suis désolée de vous interrompre, mais... Qu'est-ce que tu fous à ma place, ma belle ?
Bassam se retourna pour voir une fille à la peau brune et aux cheveux bouclés les toiser. Faith.
— Et toi, Bassam, pourquoi t'es là ? Bouge.
— Ça fait des semaines que je m'assois là, répondit Hajar en la fixant.
— Oui, mais c'est ma place, quand même.
Bassam intervint.
— Elle est nouvelle. Comme t'étais on ne sait où, elle s'est assise là en attendant. Ça fait de mal à personne, si ?
Faith soupira :
— Non, Bassam, ça fait de mal à personne ! Mais maintenant, je voudrais ma place.
Hajar se leva en silence.
— Tu veux t'asseoir à côté de moi ? s'entendit-il dire avant d'avoir pu réfléchir davantage.
Elle lui jeta un regard reconnaissant avant de le suivre.
Il la laissa s'asseoir à la place la plus proche de la fenêtre avant de s'installer.
Le sac de Bassam pesait plus lourd sur son épaule tandis qu'il attendait qu'elle s'installe.
Le professeur entra alors et demanda à toute la classe de sortir les essais qu'il avait donnés comme devoir la semaine précédente.
Bassam la vit sortir son essai de son sac et remarqua les cursives sur la feuille.
— Ton écriture est très soignée, remarqua-t-il.
— Quoi ? dit-elle, le visage teinté d'incompréhension.
— Soignée. Jolie.
— Ah... Je n'avais pas compris. Merci.
C'était étrange pour lui de rencontrer quelqu'un à qui il pouvait expliquer des mots en anglais. Habituellement, ce rôle était réservé aux nouveaux arrivants, à qui il servait parfois d'interprète. Même s'il passait le plus clair du temps à leur parler en arabe. Il avait joué ce rôle à de nombreuses reprises.
Ça lui plaisait, au fond, car cela lui permettait de faire des rencontres et, parfois, de rater quelques cours. Surtout au collège. Au lycée, il y en avait moins. C'était presque impossible de suivre des A Levels en ne connaissant que quelques rudiments d'anglais. Ces élèves-là optaient souvent pour des apprentissages.
La leçon était soporifique.
Alors que son attention s'étiolait, Bassam eut une idée. Il sortit un carnet à spirale de son sac à dos, l'ouvrit à une page vide et le posa discrètement entre lui et Hajar. Il sentit son regard curieux sur lui et cela lui plut.
Elle était intriguée. Il avait capté son attention.
Il sortit ensuite un stylo à bille et traça une grille avant de dessiner un petit cercle dans l'une des cases.
Ses yeux brillèrent, reconnaissant immédiatement le jeu. Elle lui fit signe de lui tendre le stylo puis dessina une petite croix.
Il ne put s'empêcher de sourire en devinant la stratégie qu'elle adoptait, puis joua à son tour. Quand ils virent que la partie était nulle, il redessina une grille, la laissant commencer cette fois-ci.
Parfois, il relevait la tête pour vérifier où en était la leçon. Toujours des trucs ennuyeux sur Churchill. Cela faisait trois cours que le professeur radotait la même chose sur sa politique. Il avait compris. Pas besoin d'écouter ça encore une fois. Comment allaient-ils finir le programme s'il continuait à l'enseigner avec une telle lenteur ?
Quand vint son tour de jouer, il s'aperçut qu'Hajar l'avait battu.
Il lui sourit, et elle écrivit d'une écriture toute fine :
"That was very smart."
Il ne comprit pas immédiatement ce qu'elle voulait dire. Il venait de perdre. Comment cela pouvait-il être intelligent ? Puis, il remarqua le petit "lol" qu'elle avait ajouté à la fin. C'était ironique.
Une forte envie de rire le saisit, et il surprit Hajar une main devant la bouche. Elle jouait au morpion avec une rare assiduité. Il n'avait jamais vu quelqu'un aimer ce jeu autant que lui.
Lorsque l'ombre du professeur, occupé à distribuer des polycopiés, s'approcha d'eux, il fit disparaître le carnet en un éclair. Il avait une réputation d'élève sérieux à maintenir. Du moins, jusqu'à la prochaine réunion parent-profs.
Pourtant, il ne put s'empêcher de jeter un regard malicieux à Hajar. Sa poitrine semblait prête à exploser de joie.

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