Chapitre 17 - Coeur brisé

6 minutes de lecture

"Quand la fille à qui tu parlais de tes peines de cœur devient la peine de cœur."

HAJAR

J'ai reparlé avec lui...

Je lui ai parlé de comment j'avais des problèmes de foi.

Hajar leva la tête de son téléphone, fixant la porte de la cabine dans laquelle elle était enfermée. Selma était en ligne. Elle devrait écrire plus vite si elle voulait qu'elle lui réponde.

Vu pour la dernière fois a 12 :48.

Hajar sentit sa respiration s'accélérer avant qu'un signe rassurant apparaisse.

En ligne.

Elle envoya le message.

Selma ne l'ouvrit pas.

Comment parfois j'ai l'impression de ne pas croire, continua-t-elle à taper.

Il ne m'a pas jugée. Il m'a écoutée. Il m'a parlé de comment on ne peut pas tout voir en tant qu'humain, c'est pour ça que croire peut être compliqué parfois.

Elle appuya sur le bouton d'envoi de nouveau.

Vu pour la dernière fois a 12 :51.

Selma n'allait pas ouvrir son message. Elle avait sans doute lu le contenu dans son centre de notifications. Et il ne l'intéressait pas assez pour qu'elle prenne la peine de répondre.

Elle rangea son téléphone dans son sac à main avant de réajuster son voile dans le miroir des toilettes.

Un vide étrange envahit sa poitrine. Elle tendit la main vers sa poche de nouveau.

Tapa un message, hésitant au début. Les notes du clavier numérique qui raisonnaient dans ses écouteurs se firent de plus en plus frénétiques.

Elle regarda rapidement l'heure. Il lui restait cinq minutes avant d'aller en classe.

"Ça va te paraître peut-être un peu brusque mais j'en ai marre de comment tu m'ignores. De comment tu me réponds que quand t'en as envie, de notre relation qui s'étiole. Je voudrais que tout soit comme avant et rien que je fais ne peut te rendre plus proche. Je veux que tu me dises si tu veux qu'on reste amies."

Elle se relit avec affolement. C'était trop fou, elle ne pouvait pas lui envoyer ça.

Il était impossible que Selma le prenne bien. Elle ne ferait que se renfermer un peu plus sur elle-même. La fuir de plus en plus, se sentant coupable. Et elle, elle n'arrivait pas à s'empêcher de la poursuivre.

Elle vit le message s'envoyer sous ses yeux horrifiés avant de le supprimer prestement.

"Vous avez supprimé ce message"

Elle prit une inspiration, fixa son reflet, gonfla la poitrine, puis sortit quelques mèches de son hijab avant de les re-fourrer dans son bonnet. C'était chic les mèches de cheveux qui sortaient. Mais ce n'était pas qui elle était. Elle regretta ne pas avoir de gloss. Ne pas s'apprêter avant de revoir Bassam. Pourtant, elle savait au fond qu'une touche de maquillage ne changerait rien.

Et ça lui faisait peur. De savoir l'étendue du pouvoir qu'elle avait sur lui. L'étendue des dégâts qu'elle pourrait causer... Cependant l'ivresse de plonger ses yeux dans les siens reprit le dessus.

Tu es mon oxygène.

Quand elle s'assit à sa place habituelle, elle ne lui dit pas bonjour. Elle commença à sortir ses affaires avant qu'il l'avise.

— Tout va bien ?

— Oui bien, sûr, et toi ? dit-elle en lui jetant finalement un regard.

— Tu as l'air... ailleurs.

Un silence plana. Quelque chose s'éteint dans les yeux de Hajar.

— Ma meilleure amie ne me parle plus.

— Pourquoi ?

— Je ne sais pas. Je sens qu'on s'éloigne. La distance. Elle vit en Italie, moi ici.

Elle sentit le regard de Bassam sur elle. Une concentration mêlée d'incompréhension.

— Les gens changent, déclara-t-il. Ou bien elle est juste occupée.

— Occupée au point de ne plus répondre ? Je n'y crois pas.

— Qui sait... peut-être que ça va s'améliorer. Au moins vous êtes toujours là. Ça peut s'arranger plus tard.

***

En rentrant chez elle, Hajar trouva son frère accroupi devant la commode du salon, des serviettes et des câbles s'entassant sur le canapé.

Il avait les cheveux ébouriffés et une expression concentrée sur le visage tandis qu'elle l'observait, perplexe.

— Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle avant de poser son sac par terre et de pousser des raps et des serviettes pour se faire une place sur le canape.

— Papa m'a demandé de réparer ce tiroir. Le proprio va visiter bientôt.

Hajar soupira.

— Pourquoi il ne le fait pas, lui ?

— Il est occupé et il a dit que comme je suis à la maison, comme je suis exclu, je ferais mieux de m'occuper en réparant les choses et en aidant maman à nettoyer et à repeindre les saletés sur le mur vu que le proprio va visiter. Toi, tu as de la chance au moins, tu vas à l'école, tu es tranquille. Tu sais ce que maman m'a fait faire aujourd'hui ? Elle m'a fait passer l'aspirateur dans tout l'étage du haut.

Hajar lui jeta un regard.

À qui c'était la faute qu'il aille pas à l'école.

— Je vais me changer, dit-elle en se levant.

À peine entrée dans sa chambre, elle entendit les clés dans la porte d'entrée et les pas de son père résonner dans le couloir.

Elle enleva son chemisier avant d'entendre une voix.

— Hajar ?

— Je me change, dit-elle.

Elle entendit son nom à nouveau.

— Je me change, cria-t-elle plus fort.

— Inutile de crier !

Elle poussa un soupir d'exaspération avant d'enfiler son pyjama.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle en descendant les escaliers, dénouant son chignon serré, un peigne à la main.

— Viens ici.

Hajar passa mentalement en revue toutes les choses pour lesquelles elle pourrait se faire engueuler.

— Je discutais avec Mokhtar et il m'a dit qu'il pense que tu as un petit copain.

— Quoi ? dit Hajar en affichant une mine choquée.

— Comment ça ? Qui ?

— C'est à toi de nous le dire, ça. Est-ce que c'est vrai ou ce n'est pas vrai ?

— Non, bien sûr que je n'ai pas de petit copain.

— Tu es bien sûr que c'est vrai, ça ?

Hajar se sentit rougir mais essaya de contrôler son expression.

— Qu'est-ce qu'il t'a raconté, Mokhtar ?

— Qu'il a vu une fille qui te ressemble avec un garçon, ensemble, dehors.

On les avaient vus ?!

— Je ne sais pas qui c'était, en tout cas je n'ai pas de petit copain.

Elle sentit son regard suspicieux sur elle avant de se diriger vers la cuisine.

— Tu vas où ? Je n'ai pas terminé.

— Aux toilettes.

— Donne-moi ton téléphone d'abord.

Hajar se figea. Elle n'avait pas envie de lui donner son téléphone. Mais si elle refusait, il penserait qu'elle avait quelque chose à lui cacher.

Elle revint sur ses pas et lui donna d'une main dont elle essayait de dissimuler les tremblements avant de remonter les escaliers.

Une démarche normale. Il n'y avait rien de suspect. Elle ne s'enfuyait pas.

Il n'avait rien à trouver sur son téléphone. Pourtant une fois dans sa chambre, elle ne put empêcher ses mains de trembler tandis qu'elle tentait de faire son devoir de chimie.

Puis, ses traits se figèrent brusquement, son regard fixe sur le marronnier qu'on pouvait voir à travers la fenêtre de sa chambre.

Avait-elle archivé sa discussion avec Selma ?

Elle se leva, arpentant sa chambre, tâchant de se rappeler.

Si elle ne l'avait pas fait, son père lirait sûrement la discussion. Et il saurait qu'elle lui avait menti. Il voudrait savoir qui était ce garçon. S'il ne l'avait pas encore appelé, cela voulait dire que tout allait bien.

Elle descendit finalement les escaliers de nouveau, se demandant si elle ne pourrait pas sauver la situation par sa présence. Son père oserait moins fouiller si elle était là. Elle fut rassurée quand elle le vit penché sur le tiroir que Youssef réparait, un tournevis à la main. Son téléphone gisait à plat sur le canapé et elle se dépêcha de le prendre avant de discrètement remonter les escaliers.

Une fois la porte de sa chambre doucement refermée, elle s'autorisa enfin à allumer le téléphone.

Le soulagement désserra sa gorge quand elle vit que la discussion avec Selma était archivée.

Alhamdulilah.

Il y avait un message non lu.

« Ah cool » était la seule réponse de Selma, datant de 10 minutes.

Hajar se mordit l'intérieur des lèvres. C'était à cela que leur relation se résumait désormais. Des « ah cool ».

Elle n'y lisait rien. Qu'est-ce que ça voulait dire « ah cool » ?

Que Selma était contente pour elle ? Qu'elle n'avait pas le temps ? Qu'elle s'en foutait ?

Hajar voulait répondre, mais il n'y avait rien à dire.

Elle éteignit son téléphone, le posa sur son bureau.

Le vent soufflait dans les feuilles du marronnier.

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