Flashback — Pays de Galles, trois ans plus tôt
Hajar cala le téléphone sur un pot de colle blanche posé sur la moquette de sa chambre avant de sourire à la camera.
— Ça ne capte pas super bien dans ma chambre. Tu m'entends, là ?
— Ça va mieux, dit une voix assourdie.
— Du coup, comme je te disais, ici ils ont cours de neuf heures jusqu'à trois heures ! On ne peut pas manger le midi à la maison.
— Ah ouais, c'est long, déclara Selma.
Elle appliquait un rouge à lèvres qu'elle venait de débouché sur ses lèvres.
Hajar fixa l'écran un instant. Selma était assise à sa coiffeuse, celle où elle avait passé tellement d'heures à lui tresser les cheveux. Hajar avait presque mémorisé la courbe des fleurs sculptées qui l'ornait. Elle reconnaissait le rideau qui tombait derrière elle, l'armoire qui pointait le bout de son nez.
— Tu l'as acheté où ? demanda-t-elle soudain.
— C'est ma tante qui me l'a offert. Tu te rappelles celle qui vit à Milan. Elle m'a ramené plein de trucs de beauté, comme elle travaille à Serravelle, maintenant.
— La chance, déclara Hajar.
— C'est un Prada, regarde, dit-elle en le brandissant fièrement. Est-ce que tu trouves qu'il me va bien au teint?
— Honnêtement, le bordeaux te va super bien, même en vêtements.
Selma aquiesca.
— Vous savez quand est-ce que vous allez venir en Italie ? C'est ma mère qui demande.
Hajar serra les lèvres.
— Je ne sais pas vraiment. Mais ça me manque. J'aurais tellement aimé pouvoir revenir.
Selma l'observa avant de declarer:
— Ça fait déjà deux ans que vous êtes pas revenus pour les vacances.
Un silence plana.
— Tu as reçu ma lettre? demanda Hajar.
— Non, pas encore, déclara Selma avant de tourner la tête vers ce que Hajar savait être la porte. D'ailleurs il faut que je réponde à la…
Elle s'arrêta net tandis qu'Hajar pouvait la voir faire des signes à quelqu'un.
— Si, si, dit Selma avant de pousser un soupir.
— Bon, je dois y aller, mon frère m'appelle. Bisous.
— On pourra se rappeler après ? demanda Hajar
— Non, j'ai presque plus de batterie, va falloir que je mette mon téléphone à charger.
Quand l'appel fut terminé, Hajar se retrouva à observer longuement l'historique de conversation entre elle et Selma, avant de débrancher son téléphone. Elle se leva de la position inconfortable dans laquelle elle était avant de s'allonger complètement par terre.
Elle avait mal au dos.

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