Chapitre 33 - La remise des résultats

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« Oh, mes années passées, revenez,

je vous en prie

Revenez, ne serait-ce qu'une seule fois

Et déposez-moi sur le seuil de l'enfance

Rendez-moi mes sourires disparus»

— Mes années passées, par Fairuz

BASSAM

Bassam continuait à marcher un pas derrière l'autre.

Il avait refusé de prendre la voiture avec son père et le reste de la famille pour aller chercher ses résultats. Il avait besoin de calmer ses nerfs.

La lettre qui contenait ses résultats, renfermait en quelques sortes son avenir. Il savait qu'il avait eu au moins des B et des A. Mais avait-il eu le A* dont il avait besoin pour UCL ? Rien n'était moins sûr.

Au pire, tu te retrouveras à l'université à côté, ce n'est pas grave.

Pourtant, il avait toujours rêvé de plus que ça. Sortir de cette ville, vivre à Londres. Aller dans des instituts qui avaient connu le savoir depuis des centaines d'années. Des universités que les garçons comme lui ne fréquentaient pas, normalement.

Prouver à son père, à lui-même et au monde, qu'il était capable de bien plus qu'ils ne le pensaient capable. Que de choisir d'être avocat, ne revenait pas à choisir la médiocrité. Et aujourd'hui, il essayait de réaliser ce rêve.

En arrivant devant le portail de cette école qu'il avait fréquentée depuis son arrivée à Cardiff, la réalisation qu'il n'aurait plus d'occasion de visiter l'établissement le frappa.

Plus rien ne le ramènerait ici, désormais. La vie de cette école s'achèverait sans lui, et il continuerait à grandir, à s'élever vers d'autres horizons. Il se demandait s'il reverrait Hajar, ce dernier jour...Il avait promis à son père de ne pas ouvrir les résultats avant que Shireen et sa mère ainsi que les amis qu'ils avaient invités à venir n'arrivent.

Si je le désappointe, je ne sais pas si papa me le pardonnerra. Ô mon Dieu, faite que je ne le désappointe pas. Faite, que je puisse aller à l'université à Londres.

Quand l'enveloppe annotée «Bassam Al Sayyad» fut entre ses mains, il ne put s'empêcher de remarquer les battements de son coeur dans sa poitrine. Les yeux de son père et de sa mère fixés sur lui ne contribuaient pas à baisser sa nervosité.

Il prit une inspiration, puisant du courage dans le sourire de sa mère avant de lentement sortir le papier de l'enveloppe.Un immense sourire s'afficha sur ses lèvres alors qu'il parcourait des yeux le papier.

— Économie A*, Littérature anglaise A , Histoire A, annonça-t-il avant de relever la tête.

Il fut accueilli par l'étreinte serrée de son père.

— Bravo, mon fils, dit celui-ci tandis que les larmes de Bassam menaçaient de couler.

Pour la première fois, son père était fier de lui.

***

HAJAR

Hajar rafraîchissait frénétiquement la page de UCAS en chargement.

Beaucoup de gens doivent être en train de se connecter, pensa-t-elle.

Elle devait savoir quels résultats elle avait eu. Si elle allait vraiment étudier la biomédecine. Si elle allait faire autre chose.

Quand la page chargea finalement la réponse lui donna un coup au cœur. "Vous avez été refusé par vos deux options."

Le bouton "clearing" qui servait à trouver une place parmi les places vacantes clignotait presque en dessous du message. Elle alla rapidement sur la plateforme qui lui permettrait de voir quelles notes elle avait eu. Elle sentit son cœur couler dans sa poitrine.

Italien A*

Histoire A

Biologie B

Chimie C

Pourtant, j'ai travaillé si dur, pensa-t-elle alors que les larmes lui venaient aux yeux. Elle appuya sur le bouton clearing et malgré l'insistance de son père qu'elle étudie une matière scientifique, elle vit ses doigts taper malgré elle: Histoire. Il y avait une place vacante. À Cardiff.

Elle saisit son téléphone appelant l'université aussi vite qu'elle pouvait. La facture de son appel international serait salée. Elle dut attendre quelques minutes, mais quand elle eut enfin quelqu'un au bout du fil, elle débita ses notes et son numéro étudiant.

Elle pouvait avoir la place. Papa n'y croira jamais... Le fait que c'est à côté lui fera avaler la pilule. Son grand-père entra soudain dans le salon où elle dormait.

— Tout va bien ? demanda-t-il avant de s'asseoir sur le canapé à l'opposé.

— J'ai entendu que tu as appelé au téléphone. Hajar jeta un coup d'œil sur sa couche pas encore rangée avec tous les draps désordonnés.-

— Oui, dit-elle, je viens de voir mes résultats du Bac.

— Tu l'a eu ton bac ?

— Oui, dit elle dans un sourire.

— C'est ce qui compte.

Sa grand-mère entra dans la pièce avec un plateau de thé et un panier de pain, qu'elle posa sur la table avant de faire un aller-retour.

Hajar se dépêcha de ranger sa couche sous le regard plein de jugement de sa grand-mère.

Elle doit encore penser que je suis une grosse fainéante, comme maman.

Youssef arriva aussi dans la pièce, les cheveux ébouriffés et les yeux gonflés de sommeil, suivi par Ayoub.

Sbah al kheir, bon matin, dit son grand-père à ses deux frères tandis qu'il les embrassaient.

Un tournement de serrure retentit dans l'entrée tandis que son père arrivait. Il ne sait même pas qu'aujourd'hui, c'est le jour des résultats, pensa Hajar avec amusement. Il me demandera mes notes quand on sera de retour au Pays de Galles. Elle enverrait un message à sa mère qui était allée voir son père malade.

Elle se leva prestement quand elle croisa le regard de son père qui déposait des cartons de viennoiseries sur la table.

— Va aider ta grand-mère, dit il en italien. Vous êtes tous assis à attendre d'être servis ! Ça ne se fait pas ! Elle n'est plus jeune !

Hajar traîna les pieds vers la cuisine.

— Est ce que tu as besoin d'aide dit-elle d'une toute petite voix sentant son arabe hésitant lui otant toute crédibilité.

— Non, fit sa grand-mère.

Son père lui jeta un regard furibond quand elle fut de retour sur le canapé. Elle haussa les épaules en retour.

— Elle ne veut pas que je l'aide ! dit-elle en italien.

— Même ! Elle dit ça juste parce que tu ne sais pas faire ce qu'elle veut.

— Bah merci.

— Va l'aider à ramener les plats. Elle soupira en jetant un coup d'œil assassin à ses deux frères qui fixaient le film américain qui passait sur MBC 2.

— Passez-moi la télécommande, fit soudainement son grand-père alors qu'elle commençait à ramener des assiettes sur la table.

Cette fois-ci des voix en arabe parlait de l'actualité. Elle se fit toute petite quand sa grand-mère vint s'installer à côté d'elle.

Tout avait toujours été différent avec la mère de sa mère.

Que Dieu ait son âme.

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