285. Under the blue bayou
Cet été-là, Roy Orbison chantait Blue Bayou et il me semble qu'il fallait y voir un signe du destin.
Le travail à la ferme occupait la majeure partie de mes journées et je trouvais juste assez de temps pour marcher sur les berges incertaines du marais quand les poules étaient couchées.
Depuis la fin de l'hiver, les chiens du comté disparaissaient mystérieusement et je ne m'en étais pas inquiété jusqu'à ce que mon Rufus ne réponde plus ni à mes cris ni à l'appel de sa gamelle. Je m'enfonçais dans la frondaison à l'heure où le crépuscule habillait le bayou de violet et de rose. À la lumière de ma torche, je cherchais mon petit bâtard quand une ligne épaisse mais indolente vint troubler les eaux stagnantes.
Ce que je vis ce jour-là continue de me hanter aujourd'hui. Nageait entre deux eaux un long serpent bleu, mais sa face était celle d'un étrange canidé. Son royaume paraissait s'étendre à mi-chemin entre les troncs émergents des cyprès-chauves et les profondeurs où plongeaient les tiges des typhas, entre le monde des hommes et la magie du bayou.
L'espace d'un instant, ses yeux du blanc de la Lune me sondèrent et je ne sentis aucune menace de sa part. Juste suscitai-je en lui de la curiosité et une pointe d'amusement.
Puis il disparut comme il était venu à ma rencontre.
Un moment plus tard, j'entendis aboyer Rufus. Mais, depuis ce soir, je scrutais plus attentivement les remous du marécage dans l'espoir de le revoir. Peut-être ne sommes-nous pas suffisamment dignes.

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