299. Where we belong
Les jours de travail s'enchaînaient à la ferme et, comme Mercurio ne pouvait embaucher personne, Sebastian atteignait le crépuscule éreinté.
D'après ce que lui avait raconté le vieux fermier, Braxton lui menait la vie dure parce qu'il voulait s'emparer de ses terres. Il chassait les rares ouvriers agricoles qui répondaient à l'offre d'emploi de Mercurio. Le plus souvent dès leur descente du train, parfois pendant l'un de leurs passages en ville. Dernièrement, deux d'entre eux avaient mystérieusement disparu et Mercurio était prêt à parier que leurs cadavres reposaient au fond d'un ravin au fond des collines.
" Et le shérif ne fait rien ?
- Tu plaisantes, fiston ? Le shérif Watford est le beau-frère de ce crotale qui tient de surcroît toute la ville. Du juge Meyers à ce froussard de maréchal-ferrand.
- Pourquoi ne pas partir ? Vous avez beaucoup à perdre.
- C'est hors de question. Braxton peut incendier un entrepôt rempli de mes céréales, il peut infester mes champs de rats ou détourner une rivière, je ne partirai pas. Ce val appartient à ma famille depuis quatre générations. C'est ici qu'est notre place.
- Que faire alors ?
- Se battre, Seb. Et espérer la pluie. "
Tandis que le vieux cow-boy sirotait son verre de bourbon, le routard contempla le paysage. Le souvenir de la ferme où il avait grandi cognait ce soir-là plus fort à la porte de sa mémoire. Il y avait bien longtemps que ses racines étaient coupées avec son Alabama natal et, à arpenter dans sa course folle les strates de l'Oignon, il ne se sentait nulle part chez lui. Pourtant, il se souvenait de la fierté de posséder un lopin de terre, de travailler dur pour en obtenir quelque chose.
On pouvait changer de couche chaque soir, on pouvait quand même éprouver le désir d'appartenance à une contrée, un peuple, une famille. Et quelque chose en Mercurio poussait Sebastian à l'aider à s'affranchir de la menace de Braxton.

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