307. Duel au soleil

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À la moiteur de juillet succéda la folie d'août.

Un jour où la chaleur accablait hommes et bêtes, June vint chercher Sebastian qui travaillait aux champs :

 " Père n'est pas revenu de la ville. Il y était pour vendre ses céréales.

 - Je vais aller le chercher. Barricade-toi avec July dans la maison.

 - J'ignore où elle est passée.

 - Est-elle partie avec ton père ?

 - Non, il nous l'interdit depuis que nos ouvriers ont disparu. "

Des tréfonds de son sac, Sebastian sortit son Colt 1911 et deux chargeurs. Après ces mois dans la ferme de Mercurio, il en avait presque oublié le poids et l'inconfort de la crosse dans sa main. June lui demanda :

 " Pourquoi as-tu ça dans tes affaires ?

 - Les routes que j'emprunte n'ont rien de sûr.

 - Es-tu aussi mauvais que les hommes qui nous assiègent ?

 - Seulement quand on fait du mal à ceux qui me sont chers.

 - Alors, tu ne vaux pas mieux qu'eux. "

Et elle tourna les pas, le renvoyant à sa solitude de toujours. Viendrait le moment où elle comprendrait, pensa-t-il, amer.

Il ne retrouva la trace de Mercurio qu'au crépuscule. Le soleil envahissait la plaine de vagues d'or, mais les ombres gagnaient déjà du terrain. Braxton pointait un Schofield sur le visage de Mercurio, à genoux dans les herbes hautes. Deux sbires montaient la garde.

Sans la moindre hésitation, Dupree arma son pistolet, traversa la prairie. Braxton réagit en premier à l'intrusion :

 " Oh, Mercurio, je vois que ton larbin veut se mêler à la fête. Morley, Johns, occupez-vous de ce foutu négro ! "

Tandis que les deux hommes de main s'apprêtaient à dégainer, Sebastian leva son Colt .45 et tira. L'un des tueurs se plia en deux, touché au ventre. L'autre bascula en arrière, atteint en plein front. Braxton, aussi vif qu'un serpent à sonnette, pivota vers le musicien, mais celui-ci avait déjà son arme tournée vers le propriétaire terrien. Il vida le restant de son chargeur. Du coin de l'œil, il vit Braxton danser comme une marionnette désarticulée puis s'effronder. Le vieux salopard parvint tout de même à tirer une fois et Sebastian sentit la balle lui mordre méchamment le bras.

Des bulles de sang mouraient à la commissure des lèvres de Braxton pendant que des fleurs d'un rouge sombre fleurissaient au travers du tissu de sa chemise. Il ne prononça pas un mot. Bientôt, ses yeux oublièrent Sebastian et Mercurio pour suivre un spectacle vu de lui seul dans le ciel impassible. Il mourut là, sans un bruit.

Une lueur désolée éclata dans le regard du vieux rancher. Il murmura :

 " Je n'ai jamais voulu ça, même si je le détestais au plus haut point.

 - Vous n'avez rien à reprocher, Mercurio. Il a lui-même choisi cette route et c'est moi qui ait pressé la détente. Vous pouvez vous absoudre de toute culpabilité.

 - Et toi, Seb ? "

Dupree se contenta de hausser les épaules. En dépit de l'étouffante chaleur qui remontait de la terre en cette soirée estivale, il ressentit un long frisson glacé lui remonter le long de l'échine. Si Irwin Braxton n'était pas le premier à mourir de sa main, il savait pertinemment qu'il venait de perdre les meilleurs amis qu'il avait eus depuis bien longtemps. Non, rectifia-t-il, c'est une famille que je viens de trahir.

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