312. Banjo man
Le Sinnerman de Nina Simone joué au banjo conduisit Sebastian jusqu'à une boutique qui faisait office à la fois d'épicerie et de saloon. Un vieillard, vêtu d'une chemise lavande et d'un galurin poussiéreux, leva un œil malicieux vers le voyageur :
" Entre donc me mettre à l'abri de ce soleil de plomb, l'ami.
- Êtes-vous Morgan Westling ?
- C'est bien moi même si personne ne m'a plus appelé comme ça depuis bien longtemps. En fait depuis que tout le monde a déguerpi d'Eastwood.
- Vous êtes seul ici ? Où ont-ils tous filé ?
- Ça, mon gars, j'n'en sais rien. Tout ce que je peux te dire, c'est que du jour au lendemain, le patelin était désert.
- Pourquoi êtes-vous resté ?
- Peut-être parce que je n'avais nulle part où aller. Mais tu n'es pas venu jusque là pour me poser ce genre de questions. N'est-ce-pas ?
- Comment... ?
- Le vent ne cesse de souffler par ici et il m'apporte bien des rumeurs. Tu crois aujourd'hui fuir les loups-policiers, mais as-tu envisagé que c'était l'Oignon lui-même qui avait agi pour te remettre en branle ?
- L'Oignon serait une entité consciente ?
- Est-ce aussi dément que de savoir que les strates existent et que tu peux t'y glisser à ta guise ? Hmmm ?
- ...
- Tu t'es engagé dans une course contre la montre. L'Oignon l'entend et place beaucoup d'espoirs en toi.
- Je ne suis pas sûr de comprendre.
- Ce temps viendra. Moi-même, je n'ai pas toutes les réponses en dépit de ma connexion avec l'Architecture.
- Je dois donc vous faire confiance aveuglément ?
- Je le crains. Que veux-tu connaître, Sebastian Dupree ?
- Je dois quitter cette strate au plus vite. J'ai la Milizia aux trousses. Savez-vous où se trouve la prochaine écoutille ?
- Celle de la mine désaffectée a été corrompue par une horde de Maraudeurs il y a quelques années. T'y engager te mènerait sur les dangereux sentiers de la folie.
- Merde !
- Il en existait une autre, à en croire les dernières rumeurs, mais c'est à une journée de train. Et plus aucun convoi ne s'arrête à Eastwood depuis que... Enfin, tu devines pourquoi. Si tu veux t'y rendre, tu devras devenir un véritable hobo.
- Ne le suis-je pas déjà ?
- À toi de me le dire, Sebastian. Ton chat représente une protection puissante, l'Oignon veille aussi sur toi, mais tu as des ennemis déterminés à faire chuter tous ceux qui chercheraient à contrecarrer leurs plans. Alors, choisis bien ta route car plus tu avanceras, plus tu progresseras sur un sentier étroit.
- Merci pour vos conseils, Morgan.
- Pas de quoi, mon gars. La prochaine écoutille est gardée par un prêtre au fin fond du désert. À Bodie exactement.
- La ville-fantôme ?
- Itself. Et crois-moi, là-bas, les ombres du passé ont gardé leur rage destructrice. S'il est bien luné, le curé te mettra en contact avec le Mojave Manhunter et celui-ci te guidera au travers des brumes souterraines. Mais n'oublie pas que prudence est mère de sûreté.
- Je saurai m'en souvenir.
- Tu n'as pas beaucoup de temps avant le prochain train de marchandises. J'espère seulement pour toi que le railroad policeman ne sera pas ce vicieux de Lou Wolfram. Sers-toi sur mes étagères en eau et en nourriture, tu en auras bien besoin. Sauf si tu veux manger du scorpion et boire l'eau des cactus. "
Et le vieux banjo man partit d'un rire gras. Quand Dupree retrouva la fournaise poussiéreuse, Morgan commençait à jouer l'air entraînant et moqueur de Like a Hobo. Une longue route l'attendait encore. Tous ces miles parcourus, combien l'attendaient encore ?
Il se pencha vers Jocko et lui sourit :
" Et toi, mon pote, prêt pour le voyage ? "
FIN

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