364. Chemins de traverse
Ce chemin de planches qui s'enfonçait dans les profondeurs du bayou faisait-il partie de l'underground railroad, ce réseau, cette idée même que j'avais pourchassée durant tant d'années ?
Le vieux Matthias ne cessait de me jeter des regards en coin, comme s'il jaugeait de la confiance qu'il pouvait m'accorder. À chaque fois, la main de Willa glissée dans la mienne l'incitait à reprendre la route.
Dans la lumière douce du matin, mes oreilles bourdonnaient encore des clameurs de la réception donnée par le colonel Simoneaux, de la fureur du whisky qui avait coulé dans nos veines, de nos beuglements avinés et des hurlements de terreur du pauvre hère que nous nous apprêtions à fouetter. Tant pour le dissuader de fuir à nouveau que pour permettre au colonel de faire étalage de sa dureté envers ses ouvriers récalcitrants à ses voisins. Quand Bovington avait abattu la lanière de cuir sur le dos déjà barré de cicatrices du nègre, quelque chose en moi s'était brisé. J'avais profité que tous les yeux soient tournés vers l'homme enchaîné au pacanier pour fuir.
J'avais rejoint Willa à sa case. Je lui avais dit :
" Si vous avez prévu de fuir, emmenez-moi avec vous.
- Monsieur Don, êtes-vous prêt à abandonner tout ce qui vous liait à cet endroit ?
- Oui.
- Alors, hâtons-nous. C'est le Seigneur qui vous accueille en sa Demeure. "
Après minuit, nous arrivions à la cabane du vieil esclave libre. À ma vue, il se rembrunit et j'entendis Willa lui souffler que j'avais renoncé. Jusqu'à l'aube, nous avions marché, récupéré d'autres fuyards.
Si le marais était encore calme alors que le soleil s'élevait au-dessus des cyprès, je savais que nous entendrions bientôt les aboiements des chiens.

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