404. L'appel de l'Afrique
Les questions en suspens n'étaient-elles pas elles-même un autre voyage, intime et tourné vers le passé ?
À son retour du village de Mokonzo, Liam sut qu'il était temps pour lui de se confronter à son grand-père. Le vieil homme lui dit :
" J'ai longuement réfléchi durant ton absence et je me rends compte que je suis épuisé à force de fuir mes responsabilités. Ou mes fautes, appelle ça comme tu le veux.
- Et moi, je suis prêt à t'écouter.
- Je présume que ton père nourrit une certaine rancœur à mon sujet.
- Je ne sais pas s'il la nourrit, mais ton existence est un sujet tabou à la maison.
- J'en suis tellement désolé, Liam.
- Que s'est-il passé, Grand-Père ?
- Je n'ai jamais été capable de tourner autour du pot, donc autant te le dire crûment. Pardonne-moi, mais à vivre ici depuis si longtemps m'a un peu fait oublier les bonnes manières de la société londonienne.
- ...
- Quand ta grand-mère nous a quittés, j'ai flanché. Je ne me cherche pas d'excuses, mais je me suis réfugié dans la boisson. J'ai délaissé mes enfants, j'ai dangereusement tiré sur ce fil qui nous liait. Je le croyais solide, mais mes abus et mes faiblesses l'ont détruit. Petit à petit. Un jour, j'ai entendu parler de cette plantation, de l'essor du marché africain pour le café après la guerre et j'ai... J'ai fui, nom de Dieu ! Liam, j'ai éhontément fui mon foyer car il n'était pour moi qu'un tombeau impossible à reverdir.
- Tes affaires fonctionnent bien ici. Pourquoi n'as-tu jamais écrit à Papa ?
- Pour lui dire quoi ? Que je suis un lâche, un alcoolique ? Ça n'aurait eu aucun sens.
- À mon tour de te parler durement.
- Je t'en prie.
- Sauf qu'en te retranchant dans le silence, tu as laissé libre cours à ce ressentiment. Et il vivra tant que tu n'auras pas fait le premier pas. Le monde a changé, Grand-Père, et aujourd'hui les hommes sont capables de demander pardon.
- ...
- J'ai l'intention de rester car j'aime ce pays. Si tu veux de moi, bien sûr.
- Tu es ici chez toi, Liam.
- Mais j'ai besoin aussi que tu fasses la paix. Avec mon père et avec toi également. "
Dans les lettres qu'il adressa par la suite à ses parents, Liam évoqua les contrées qui le fascinaient sur le continent. Les Victoria Falls, la Rhodésie, le Mont Kilimandjaro, les montagnes du Drakensberg en Afrique du Sud. Tant de lieux à explorer, mais les voyages ne permettent-ils pas d'en apprendre davantage sur soi ?
Certaines sont appelées à être escaladées, d'autres, mémorielles, à être abattues. Peut-être un jour ses parents le rejoindraient-ils sur la caféière.
FIN

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