462. L'île aux sirènes
Ombres serpentines qui louvoient dans les profondeurs, elles ont la grâce soyeuse de l'imaginaire collectif, mais elles sont l'incarnation même de l'hideux. Leurs faces sont celles des goules saisies au sommet des églises, babines retroussées sur des gueules hérissées de crocs, yeux sans âge qui poussent à la folie ceux qui s'y abandonnent.
Elles vivent depuis des éternités loin de l'astre du jour. Leurs queues épaisses fouettent les eaux, lanières écailleuses qui claquent comme des fouets. Elles règnent sur le royaume des marins naufragés à qui la mer a jalousement offert un tombeau. Ils sont les mugissements perdus dans la tempête, leurs humeurs balaient les rivages de brumes opaques.
J'entends leur chant par-delà les récifs. Ulysse n'a su y résister, alors moi, du haut de mes douze ans, je sais que je suis perdu.
Je me réveillai en sursaut, le corps couvert de sueur, le cœur battant fort dans ma poitrine. J'avais chassé mes draps. Je me levai. Par la fenêtre, la Lune presque pleine dardait sur la baie un œil espiègle. Je restais un moment à contempler les reflets d'argent sur le sommet des vagues, mais les creux obscurs m'emplissaient de terreur, comme s'ils cachaient quelque chose que je ne devais pas voir. Je pensais que le sommeil m'avait fui quand je retournais me coucher. Pourtant, le Soleil me surprit lorsqu'elle inonda ma chambre quelques heures plus tard.
La peur, elle, m'enserrait toujours l'esprit. J'hésitais à retourner chez le vieux Lars.
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