519. L'encens d'ébène
Sa puissance démoniaque contre ma rage de Capitaine. Une nuit féroce, mais un chemin que je ne connaissais que trop bien.
Je pus le maintenir à distance respectable grâce à mes années d'entraînement et notre chasse encore plus longue à travers les continents. J'avais pourtant la désagréable impression qu'il ne cherchait pas vraiment le combat, qu'il était là pour me jauger. Ou voulait-il par cet habile stratagème me tenir éloigné de notre repaire où m'attendaient Hogarth et Athéla ?
Une idée émergea dans mon esprit, je la repoussais pour rester concentré sur la rixe. Peut-être le vampire avait-il ressenti mon trouble car il appuya davantage ses attaques. Il était rapide, malin et je subissais encore les derniers contrecoups de mon abandon dans le rhum. Il réussit en un mouvement d'une fluidité venimeuse à se rapprocher si près de moi que je sentis le souffle putride de son haleine de bête. Ses crocs, aiguillons scintillants d'appétit, claquèrent à quelques centimètres de ma gorge. Je le saisis par la nuque. Mes doigts rencontrèrent sa peau de mort-vivant. Malgré mon dégoût, je resserrai ma prise. Avant qu'il ait pu se dégager, je lui assénai un violent coup de tête. Il se recula vivement. Il effaça la prise de mon assaut derrière un rictus mauvais. Mais il doutait à présent.
Je le vis s'arc-bouter pour une offensive encore plus sauvage. Puis je remarquais une odeur légère, comme celle du chèvrefeuille dans la brise du printemps. Je ne l'avais sentie depuis des lustres, mais je ne pouvais me tromper. C'était l'enivrante senteur de l'encens d'ébène.
Le vampire cracha, feula à la manière d'un chat farouche avant de s'évanouir dans la nuit. Une lanterne à la lueur blanchâtre s'avança dans le passage. Une créature qui semblait flotter dans les ténèbres se présenta face à moi. Elle portait une longue cape noire et un casque pareil à celui des Hommes du Svåtland. Dans sa main droite, elle tenait un Infuseur.
Je jetai un dernier regard vers la ruelle sombre derrière moi. Le vampire avait bel et bien disparu. L'apparition me souffla, d'un timbre si rauque que je crus que ses cordes vocales étaient rongées par un mal invisible :
" Capitaine MacKenzie, veuillez accepter mes sincères salutations.
- Qui êtes-vous ? Et comment connaissez-vous mon nom ?
- Mon Maître désirerait s'entretenir avec vous. "
Et il me tendit un rouleau de parchemin. Sur le sceau de cire, un visage à moitié dans la lumière, à moitié dans l'obscurité.

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