521. Le Collectionneur

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Salles cossues et couloirs élégants se succédaient dans le pas pressé d'un sinistre majordome. Avec nos tenues et nos armes, nous dénotions, Athéla et moi, au milieu de ces statues d'éphèbes en marbre, de ces peintures somptueuses et de ses tentures aux motits exotiques. Je ne pus m'empêcher de penser que le maître de ces lieux cherchait à nous impressionner au travers de cet étalage présomptueux.

Dans un salon, sous l'éclat mauve de chandelles, un homme nous attendait. D'une posture très aristocratique, comme s'il défiait l'existence même, il nous observait depuis son siège. L'exacte copie du sceau sur la lettre que m'avait adressée l'étrange créature au fond de la venelle. Le côté gauche de son visage était celui d'un homme normal, très beau au teint pâle, aux fines lèvres de la couleur du vin de Midi-Terre. Ses traits étaient fins, ciselés. Aristocratique fut le premier mot qui me vint à l'esprit, mais il se dégageait de lui une aura encore plus envoûtante. Craignait-il la mort, l'inaltérable course du temps ? Impression renforcée par la moitié droite de sa figure, plongée dans l'obscurité de la pièce. Je n'en voyais qu'un œil voilé, certainement aveugle. Pourtant, face à cette cataracte, je me sentais sondé. Qui était cet étrange Janus

Pour ne pas lui donner l'impression que je le dévisageais, je me concentrais sur les cadres posés au mur. Des papillons. Notre mystérieux hôte sourit :

 " Ma collection vous plaît, Capitaine MacKenzie ?

 - Pas particulièrement, Lord... ?

 - Mon nom ne vous apprendrait rien sur moi. Mais vous pouvez m'appeler Mr. Grey. En attendant, soyez les bienvenus dans ma demeure, Capitaines.

 - Que nous voulez-vous ?

 - J'ai ouï dire que vous voyagiez avec l'un de vos amis qui développe... disons, certains pouvoirs. Je trouve ceci fascinant.

 - Je ne sais pas qui vous a rapporté de telles sottises, Mr. Grey, mais rien ne m'autorise à confirmer cette allégation.

 - Voyons, Capitaine MacKenzie, n'insultez pas mon intelligence. Mes petits oiseaux chantent des ritournelles bien convaincantes. Je les rétribue grassement pour ça.

 - Alors, ils font erreur.

 - J'en doute sérieusement. Où en est le Capitaine Wynne de sa transformation ?

 - Nulle part, Grey.

 - Capitaine, Capitaine. Vous n'êtes pas très coopératif.

 - Je n'en ai rien à secouer, de vos avis.

 - Rien ne sert de s'énerver. Voyez-vous, je suis fasciné par la transformation. Comment elle progresse, comment on lui résiste. Un philtre d'oupyr, voilà qui est déjà rare. Mais, d'après mes sources, votre ami Hogarth n'aurait pas dû survivre plus de six, peut-être huit mois. Vous voyagez à la recherche d'un médicament depuis presque un an. C'est tout simplement prodigieux. Je pourrais vous payer très généreusement si vous me permettiez de mener sur lui quelques recherches.

 - Ce n'est pas un animal de laboratoire.

 - Et si c'était ça, le remède pour le sauver ? Ou du moins retarder l'inéluctable échéance.

 - Quoi donc ?

 - Votre inconditionnel amour fraternel. Je vous en supplie, Capitaine MacKenzie, laissez-moi expérimenter quelques antidotes sur lui. D'une part, pour me sauver de cette maladie qui vous a fait détourner le regard de mon visage et, d'autre part, pour éradiquer ce mal que vous ne connaissez que trop bien et qui sévit dans les rues de ma ville bien-aimée. "

Le Diable n'avait décidément pas son pareil pour proposer des marchés au vernis si séducteur. songeai-je. Je repris :

 " Ou sinon quoi ? "

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