605. Les hauteurs solitaires
Je dormis mal cette nuit-là. En partie parce qu'il m'appartenait de décider si nous devions, avec Tully et Hogarth, intervenir dans les affaire de notre ami Christian, maintenant monarque du royaume de Denn-Mark. En partie parce que je me l'imaginais en proie à la solitude, à observer ses terres et sa cour du haut de sa tour, livré à de sombres conseillers et menacé par une sourde conspiration.
Depuis que nous avions pris, des années auparavant, la route, nous n'avions pas eu vent du souverain qu'il était devenu. Et je ne pouvais présager de l'adulte qu'il était en me basant sur de vieux souvenirs de lui, apprenti. Était-il un bon roi ou le trône avait-il fait de lui un dictateur sanguinaire ?
L'aurore pointante me trouva assis au bord de mon lit. Dans les rubans grisés du levant, l'incertitude s'enroulait comme une écharpe inconfortable autour de mon esprit. Delaney, notre professeur de l'Académie militaire, nous avait formés à traquer et éliminer les démons ; les subtilités de la politique des hommes nous échappaient. Nous étions des guerriers, ni des diplomates ni des négociateurs. Mais Delaney nous avait aussi appris une chose : que les amis étaient rares sur la route et qu'on ne laissait tomber personne.
Je m'aspergeais le visage d'un peu de l'eau de la cruche versée dans un grand bol.
Oui, nous interviendrions auprès de notre compagnon d'armes.
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