612. Concile de soupirs

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Les prétentions de Christian s'avérèrent justes.

Sans rencontrer une résistance farouche, nous pûmes franchir les enceintes de la cité puis nous enfouir au travers des plaines agricoles, sous l'œil rieur de la Lune.

Alors que nous galopions à bride abattue dans la nuit, Christian me lança :

 " Je suis si heureux que cette lettre vous ait trouvés, tes amis et toi.

 - Comment as-tu su que nous traversions le pays ?

 - La rumeur nous a portés vos exploits à la cour des Harpies.

 - Oh ! Mais nous aurions pu filer au sud.

 - Il me fallait tenter ma chance. Les choses allaient déjà très mal pour moi à ce moment-là.

 - Que s'est-il passé ?

 - Pas maintenant, Graeme, mais je te promets de tout te raconter quand nous serons en lieu sûr. Sache seulement que je n'oublierai jamais ce que vous, Capitaines, avez fait pour moi. Et pour la couronne du Denn-Mark.

 - Qui nous attend chez tes amis ?

 - De grands guerriers sous la bannière d'Olafsen. D'excellents stratèges également. Et quelques uns parmi les meilleurs diplomates de ce côté du monde.

 - Tu sembles bien entouré. Comment a-t-on pu te réduire au silence ?

 - J'ai joué de déveine.

 - Hmmm. Si tu es malchanceux, qui nous dit que la place d'Olfsen est sûre ?

 - Tu as toujours le chic pour poser les questions qui fâchent, Graeme.

 - La route est pleine d'enseignements. Nous n'avons plus rien à voir avec les gosses que nous étions sous les ordres de Delaney.

 - N'en déplairait à ce vieux fou. "

La lune basculait sur l'horizon quand nous parvînmes en vue du fort d'Olafsen. On nous offrit, sous le regard acéré du jarl, bières et venaison. Des femmes vinrent danser contre nous. Appétissantes et généreuses, beautés diaphanes des terres du nord. L'une d'elles aux cheveux pareils aux ailes d'un corbeau s'assit sur mes genoux, commença à glisser ses doigts dans les plis de ma cape. Je la repoussais doucement, mais fermement. Olafsen rit :

 " N'ayez crainte, Capitaine. Vous êtes les bienvenus sous mon toit. Des hommes de votre réputation méritent de nombreux égards, à commencer par les femmes. Tant pour vos exploits, tant pour l'aide que vous avez offert à notre souverain. "

D'une maîtresse, je n'avais guère envie. Mais de repos et de réflexion, oui. Tully et Hogarth, eux, ne se firent pas prier. Ils montèrent à leurs chambres avec un tonnelet de cervoise et une gourgandine. Christian me héla :

 " Ne sois donc pas si morose, Graeme.

 - Je suis juste fourbu. N'en prends pas ombrage.

 - En ce cas, nous palabrerons demain pour que je puisse récupérer mon trône. "

Je m'allongeais, mais le sommeil mit longtemps à venir. Depuis la chambre d'à côté me parvenaient les grognements animaux et les gémissements de plaisir de mes compagnons de voyage. Il m'aurait été facile de m'oublier dans la caresse d'une cuisse, dans la toison sombre d'une belle demoiselle, mais mon esprit ne me laissait pas en paix.

À l'aube, je retournais dans la salle commune. Le concile des soupirs avait commencé. Je ressentais une certaine hâte à ce que Christian nous raconte son histoire.

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