621. Son vrai visage
Au cri insultant de Christian, Tully et Hogarth rappliquèrent. Tout comme Olafsen et les autres généraux.
Ce que je lisais sur le visage de notre ami d'enfance s'apparentait davantage à de la haine, pure et tempétueuse, qu'à une amère déception. Il se serait délecté de voir la peur dans nos regards, mais il n'y trouva rien d'autre que notre instinct de chasseur, froid et méthodique. Je prononçai d'une voix basse :
" Nous partons. Et je te déconseille, Christian, d'essayer de nous en empêcher.
Il se leva d'un bond.
- Où crois-tu aller ainsi ? Tu en sais trop long pour que j'accepte de vous laisser filer. Et n'oublie pas que vous êtes entourés de mes véritables fidèles.
- Enfin, tu montres ton vrai visage, salopard. gronda Tully.
Je savais à la manière dont il tenait son marteau de guerre qu'il se tenait prêt à défoncer quelques poitrines, crânes ou articulations. La main d'Hogarth glissait lentement le long de sa ceinture vers le fourreau de son épée. Si, pour ma part, je ne bougeais pas, je me savais assez rapide pour dégainer mon daisho avant même que l'un de nos adversaires n'ait pu tenter une attaque.
- Écarte-toi, Christian. Nous allons reprendre notre route et tu mèneras ta révolution comme tu l'entends. Mais prie pour que nous ne croisions jamais ton chemin.
Il obéit et glissa sur le côté. Quand je le dépassais, je remarquais que lui et Olfsen s'observaient. Je m'approchais du jarl quand Christian gronda :
- Tu regretteras de ne pas être intervenu en ma faveur, Graeme. Tes jours sont comptés.
En un bond, j'étais sur lui, le kissaki de mon wakizashi tout contre sa gorge, ma main le tenant par la nuque pour l'empêcher de fuir. Je tonnai :
- Comment oses-tu, espèce de fou ? Il m'a fallu du temps, mais je me rappelle à présent très bien de l'enfant pleurnichard qui nous suivait partout dans les coursives de l'Académie, la morve au nez et les fréquents yeux au beurre de s'être fait molesté par les aînés. Tu n'as jamais eu l'étoffe d'un souverain. Tu as toujours crû que ce trône t'incombait naturellement, sans aucune remise en cause de ton statut.
- Ma famille...
- Ferme-la ! Dernière chance pour toi de sortir vivant de ce traquenard, Christian. Car si nous devons nous battre, tu seras le premier à tomber, je te le garantis. "
Il leva les bras en signe de capitulation, mais ses yeux continuaient de lancer des éclairs. J'avais déjà tué pour moins que ça. La clémence était-elle une chance ou une erreur grossière ?

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