Chapitre 3 De la musique et des faes
Nous pénétrâmes dans la salle de bal du manoir des ducs Raetila, prenant possession de l'espace le bref instant durant lequel aucun membre de la noblesse Eatreanne n'était encore présent. Nous nous postâmes le long des murs de la salle pour attendre l'entrée des invités. En passant devant le quatuor à cordes composé de nymphes de la musique, je leur adressai un petit signe de tête.
Ces superbes créatures avaient une peau d’un noir aussi profond que l'ébène. Leurs oreilles plus grandes que la moyenne leur permettaient d'entendre des sons que nous, pauvres humains, ne pouvions percevoir. J'avais toujours été mal à l'aise en leur présence. Ces créatures vivaient dans un monde qui leur était propre et parlaient une langue chantante compliquée à interpréter. Mon regard se porta brièvement sur leurs mains dotées de huit doigts chacune, leur donnant la capacité de tirer de leurs superbes instruments de hêtre des mélodies envoûtantes. Je frissonnai.
Les gonds huilés des portes de la salle sifflèrent et je m'inclinai aussi profondément que me le permettait mon plateau. Nous entendîmes les martellement et glissements de dizaines de créatures pénétrant dans la pièce et le brouhaha des discussions emplit rapidement l’atmosphère. Nous nous devions d’attendre que toute la petite noblesse soit arrivée avant de nous redresser, le signal étant donné par les nymphes qui commenceraient à jouer.
Il ne tarda d’ailleurs pas à arriver et je me redressai dans un souffle, la pression de mon dos se soulageant immédiatement. Je clignai des yeux en visualisant les créatures présentes et me mis en marche en même temps que les autres serviteurs, dans un ballet parfaitement chorégraphié. Nous nous mîmes à louvoyer à travers la foule, faisant garde à n’écraser aucune robe, queue ou autre attribut qui appartenaient aux différentes personnes présentes. Tandis que mon plateau se vidait rapidement et que je commençais à me diriger vers les cuisines pour le remplir, le héraut frappa le sol de sa canne d’or étincelante:
— Lord Joshua Raetila, Lady Irial Raetila ainsi que leur fille, Demoiselle Leliore Raetila.
A l’annonce de ces noms, tout le monde se tourna vers les marches du magnifique escalier et la musique se tut. Je me penchai une nouvelle fois profondément et fus rapidement imitée par les invités de marque. Ils se baissèrent tout de même moins que moi, certains se contentant d’incliner la tête. Je jetai un regard vers la porte et vis entrer les hôtes de la soirée.
Lord Joshua arborait un air suffisant et fier. Ses longs cheveux lisses et châtains tirés en arrière en queue de cheval brillaient sous la lumière des billes de verre suspendues dans l’air. Elles scintillaient grâce aux salamandres coincées à l’intérieur et volaient au dessus de nos têtes, parant la salle d’une douce lueur. Son pantalon à pinces brun descendait sur des chaussures si vernies qu’elles en étaient presque éblouissantes. Attachée au bas de son dos fouettait une queue fine terminée par une touffe de poils. Sa veste de velours grise ornée de fils de bronze était assortie à la robe longue et bouffante de la femme accrochée à son bras.
Lady Irial avait ramené ses cheveux chocolat en une couronne savamment tressée, laissant ressortir ses longues oreilles pointues ornées de tout leur longs d’anneaux et de pendants de bronze. Elle arborait un sourire fier et posait un regard supérieur sur la foule à ses pieds.
Ils commencèrent tout deux à descendre les marches de marbre noires et blanches, nous permettant d’apercevoir les deux demoiselles qui les suivaient en discutant joyeusement. La jeune demoiselle Raetila portait une tenue semblable à sa mère, les cornes torsadées blanches qui sortaient de sa courte chevelure châtain étaient les mêmes que celles de sa génitrice et avaient été enroulées de rubans de bronze. Ma sœur, qui la suivait de quelques pas était resplendissante, un grand sourire illuminant son visage tandis qu’elle riait à une phrase que venait de lui glisser Leliore.
Immédiatement après que la famille et Nicalina soient arrivées en bas de l’escalier, les deux jeunes filles se fondirent dans la foule. Lord et Lady Raetila se dirigèrent quant à eux vers une estrade surplombant la foule. Sur celle-ci trônaient une table et cinq chaises. Ils prirent place, le duc au centre de la table et sa femme à sa gauche. Lorsqu’il fit un geste du poignet, nous nous redressâmes d’un seul mouvement, les tenues d’apparat froufroutant autour de moi.
Je me remis en marche vers ma destination première tandis que les discussions reprenaient de plus belle. J’évitai de justesse les ailes noires membraneuses d’un invité peu soucieux de son entourage avant de passer par la porte de service.
Le peu de luminosité présent dans le petit couloir de pierre m’apaisa quelque peu. Je m’autorisai quelques secondes pour reprendre mon souffle avec difficulté avant d’aller chercher un nouveau plateau de victuailles.
***
Je n’avais jamais aimé servir dans ces réceptions. La quantité de créatures différentes avait tendance à me déboussoler, la musique beaucoup trop forte m’assourdissait rapidement et je trouvais l’air rendu poisseux par la magie compliqué à respirer. Malgré mes nombreuses discussions avec Tressia, il ne me semblait pas que les autres serviteurs avaient cette impression de suffocation lorsqu’ils prenaient un bain de foule pareil. D’aussi loin que je me souvienne, j’avais pourtant toujours été très sensible aux émanations de magie, et ça ne faisait pas longtemps que je m’étais rendu compte que ce n’était pas chose commune chez mes compatriotes humains. J’avais fin par comprendre qu’il ne fallait pas que j’en parle à n’importe qui si je ne voulais pas attirer l’attention sur moi.
Toute à mes tentatives pour reprendre ma respiration, je ne me rendis pas immédiatement compte que j’étais suivie, jusqu’à ce que je me retrouve tirée par la taille et plaquée contre un mur. Je m’apprêtai à crier à l’aide mais une main calleuse m’en empêcha in extremis, me bâillonnant.
— Si tu ne veux pas te faire avoir, tu ferais mieux de te taire Cam.
L’homme à qui appartenait le corps qui me plaquait contre le mur retira sa main de ma bouche après s’être assuré, de son beau regard océan, que j’avais bien compris à qui j’avais affaire.
— Ca ne va pas de me faire une peur pareille ?! Simon ! Il y a des centaines de personnes dans ce manoir ! je plaquai mes mains sur le torse ferme que je connaissais par cœur afin de le repousser avec indignation, mettant toute la force dont j’étais capable dans ce mouvement.
Les yeux en amande du jeune homme parcoururent mon visage tandis qu’une moue amusée parait ses lèvres.
— Dis seulement que tu n’es pas heureuse de me voir ? Tu me manquais tellement que je me suis dit que je pouvais passer te faire un petit coucou et te donner du courage pour ton travail.
— Je ne dis pas ça. C’est juste que ce n’est pas le meilleur moment et tu le sais très bien. soupirai-je, notant tout de même que sa présence m’aidait à me calmer bien plus vite que je n’aurais été capable de le faire seule. D’ailleurs. . .tu n’as pas assez de travail avec les montures des invités ?
— Le vieux Roger m’a dit qu’il pouvait s’en occuper dix minutes, le temps que j’aille dire bonjour à ma douce.
Il passa une main dans ses cheveux blonds en bataille, attirant mon regard sur son avant-bras musclé par le labeur aux écuries. La façon dont il parlait de moi fit fondre toutes mes résistances et je me plaquais contre son torse en battant des cils. Je levai la tête vers lui tandis qu’un mélange de foin et de sueur emplissait mes narines.
Cela faisait quatre années que nous nous fréquentions, Simon et moi. Cela avait commencé par de simples galipettes dans les étables, mais avait vite fini par se transformer en quelque chose de plus profond. Après un an d’amitié, sa bonne humeur communicative et ses paroles tendres avaient eu raison de moi et nous avions décidé de nous mettre officiellement en couple. Depuis, nous passions le moindre moment de libre ensemble, partageant rires et confidences.
Malgré cela, voilà quelques temps que nous avions de plus en plus de mal à nous voir. Son travail aux écuries l’accaparait de plus en plus, en prévisions du futur départ de monsieur Roger, le chef des palefreniers. Simon avait été désigné pour prendre sa place une fois qu’il nous aurait quittés.
— Je ne dois pas trop m’attarder. lui chuchotai-je à regret. Madame Spirt va remarquer ma disparition si je ne me dépêche pas de retourner au bal.
— Elle peut bien attendre deux minutes non ?
— Je ne pense pas qu’elle soit du même avis. . .
Il glissa son regard sur mes lèvres que je léchai dans l’expectative de son baiser. Je glissai mes doigts sur la barbe de trois jours qui parait sa mâchoire afin d’attirer sa bouche près de la mienne. Je m’emparai de ses lèvres, fondant à ce contact qui, je ne m’en rendais compte que maintenant, m’avais terriblement manqué. Ses mains se resserrèrent autour de ma taille alors qu’il me pressait contre lui. Je remontai mes mains afin d’empoigner les mèches emmêlées de sa cheveure et gémis doucement lorsqu’une de ses mains empoigna ma cuisse, remontant lentement ma jupe sur celle-ci.
Un raclement de gorge nous fit sursauter et nous nous séparâmes précipitamment, nous empressant de remettre de l’ordre dans nos tenues. Lorsque je me retournai, Elyraje nous observait, les bras croisés et un air dégoûté sur le visage.
— Lyra ! Comment va ma future belle-sœur préférée ?
Simon se dirigea vers elle afin de l’étreindre tandis que je tentais de faire disparaître le rouge de mes joues, mais elle l’évita en passant prestement sous son bras. Ignorant sa question, elle me lança un regard exaspéré:
— Si vous voulez faire des cochonneries, évitez de le faire au milieu du couloirs, surtout une journée comme celle-ci. Cam, si tu te bouges pas, Madame Spirt va venir te chercher par la peau des fesses.
Je hochai la tête, honteuse, et me baissai pour ramasser le plateau que j’avais fais tomber, toute à mon ardeur. La frénésie qui s’était emparée de moi avait bien vite disparu sous les remontrances de ma sœur. Je concédais:
— Tu as raison Lyra. Simon, nous ferions mieux de nous remettre au travail. lui dis-je tendrement en m’approchant de lui afin de déposer un doux baiser sur ses lèvres. On se retrouve dans ta chambre cette nuit ? Voilà longtemps qu’on n’a pas passé un moment tout les deux.
— Je suis désolé ma douce, mais je vais certainement devoir travailler tard. . .
Il détourna le regard et sa voix cassa légèrement, mais je ne m’en formalisai pas.
— Demain ? me demanda-t-il, une lueur d’espoir parant ses beaux yeux bleus.
Je ravalai une vague de déception avant de hocher la tête. Il me caressa la main au moment où je commençais à m’éloigner et je sentis une papier se déposer à l’intérieur. Un sourire para mes lèvres tandis que je glissais le mot dans mon corset discrètement. Nous avions pris l’habitude de nous échanger des petits mots furtivement lorsque nous nous croisions lors de nos tâches au manoir, sachant pertinemment que si les Raetila découvraient notre lien, ils s’empresseraient de nous séparer. Nos maîtres n’aimaient pas que leur personnel ait des relations. Ils estimaient que cela nous détournait de notre travail.
Mon sourire rêveur fut vite mouché par ma sœur qui m’avait emboîté le pas. Nnous passâmes la porte de la cuisine et prîmes de nouveaux plateaux chargés de verres.
— Tu as de la chance que ce soit moi qui vous ai surpris. Tu te rends compte de ce qui aurait pu se passer si un fae était arrivé à ma place ?! Ou pire ? Un membre de la famille royale !?
Je soupirai en me tournant et en ressortant de la pièce sans prendre le temps de m’assurer qu’elle me suivait bien.
— Je sais bien. . . Mais nous nous voyons déjà tellement rarement. . . Je ne pensais pas que le travail de chef-palefrenier lui prendrait tant de temps et qu’il se retrouverait aussi à travailler toutes les nuits. Il me manque tant Lyra. . .
Elle soupira mais son ton s’adoucit quelque peu:
— Je veux bien te comprendre. Mais si tu te faisais punir, je ne sais pas comment Nicalina réagirait. . .et. . . ce serait dur pour moi aussi. murmura-t-elle après un instant de pause, baissant les yeux sur son plateau. Te voir te faire fouetter n’est jamais une partie de plaisir et tu le sais.
Tenant mon chargement de la main gauche, je passai la droite sur l’épaule frêle de ma sœur afin de déposer un baiser prudent sur sa tête. Il était rare qu’une telle brèche apparaisse dans sa carapace, et j’en profitai sans forcer.
Nos maîtres m’avaient déjà fait fouetter à deux reprises. La première avait été le jour où ils avaient découvert que j’avais volé les draps prévus pour la poubelle afin de m’en faire un lit. Dans leur grande mansuétude, ils m’avaient finalement autorisée à les garder.
La deuxième avait été le jour où Nica avait malencontreusement renversé du thé sur la robe de leur fille. Malgré que cette dernière ait assuré qu’il n’y avait rien de grave à cela, ils avaient tenu à faire de moi un exemple. Ils savaient pertinemment que cela aurait un meilleur impact sur mes soeurs si j’étais celle qui se faisait punir. Je savais que ces deux épisodes avaient suffi à les traumatiser:
— Je fais attention Lyra. Tu le sais bien.
Je souris tendrement à ma sœur en retirant mon bras de son épaule.
— Nous avons besoin les unes des autres, je ne l’oublie pas.
Elle hocha la tête et je repris en carrant les épaules:
— Es-tu prête à retourner dans la foule ?
Ma soeur n’aimait pas cet exercice, étant tout autant affectée que moi par la magie environnantes. Elle inspira et se redressa les épaules.
Lorsqu’elle hocha la tête, je fis coulisser la porte et nous nous joignîmes à nouveaux aux nombreuses créatures.
***
Je déambulai en proposant mon plateaux aux diverses mains, pattes ou griffes qui apparaissaient dans mon champs de vision, tout en me déhanchant pour éviter de percuter qui ce soit. Alors que j’approchais de l’estrade, je pus remarquer que durant mon absence, la famille royale avait fait son entrée au bal. Je me figeai lorsque cette conclusion m’apparut et m’abandonnai à la contemplation des quatre personnes assises à la table d’honneur. La cinquième place avait été laissée vacante par, le supposai-je, le prince.
La reine était la plus belle femme, ou devrais-je dire fae, qu’il m’avait été donné de voir. La moitié de son épaisse chevelure auburn était relevée en une couronne parée de fleurs séchées dont les pétales tombaient en pluie lorsqu’elle bougeait, et l’autre moitié avait été savamment bouclée. Elle avait revêtu une robe de soie rouge si légère qu’elle semblait flotter au gré de ses mouvement et une cape blanche se répandait de ses épaules bronzées à ses pieds. Sur sa tête trônait un magnifique diadème d’or rose, orné de cinq émeraudes taillées de manière à symboliser les cycles de la lune. La duchesse, apercevant mon immobilité du coin de l’œil, me fit signe d’un doigt impatient de m’approcher. Je gravis les marches dans leur direction, hésitante, après avoir échangé un regard dubitatif avec Tressia, que j’avais aperçue dans la foule quelques instant plus tôt.
Une fois arrivée à la hauteur de la duchesse, je posai genou à terre, tremblant légèrement. Ma robe de laine rêche s’étala sur le sol et je baissai les yeux sur les délicats escarpins blancs qui ornaient les pieds de sa compagne de discussion.
— Votre Majesté, un rafraîchissement vous fera-t-il plaisir ? demanda Lady Raetila à l’intention de la souveraine.
Entendant la réponse positive de l’intéressée, je levai le plateau haut au-dessus de ma tête, me gardant de bouger plus que de raison. Une fois que je sentis que mon plateau s’était légèrement allégé de son poids, la duchesse me chassa d’un simple mouvement du poignet. Je me relevai donc précipitamment et m’inclinai avant de me diriger vers les deux hommes assis à l’autre bout de la table. Je réitérai ma révérence aux côtés du duc, qui m’ignora superbement en continuant sa discussion avec le roi. Le plateau au dessus de ma tête se faisait de plus en plus lourd tandis que le temps passait et je sentis mes bras commencer à trembler.
La musique changea, un air dissonant et langoureux à la fois emplit l’atmosphère. Je sentis les larmes emplir mes yeux tant la douleur de ma position devenait insupportable. Au moment où je m’apprêtai à tout lâcher, une voix grave et profonde retentit derrière moi:
— Posez donc ces verres sur la table, humaine. Je meurs de soif !
La personne à qui elle appartenait s’affala sur la chaise laissée libre au bout de la table.
— Eiden, mon fils ! Evitez donc de vous enivrer avant les festivités! Vous nous faites honte, une fois de plus ! retentit la voix douce de la reine.
— Mère, cette soirée est assommante. Il me faudra bien ça pour me la rendre plus supportable.
Du coin de l’œil, je vis les joues de la duchesses virer au cramoisi.
Avant même que je ne puisse me redresser afin d’obéir à l’ordre que je venais de recevoir, le prince m’arracha le plateau des mains et le déposa devant lui. Il s’empara d’un verre de vin qu’il descendit d’une seule traite. Soulagée par la disparition de ce poids, je baissai les bras et remuai mes doigts dans les plis de ma jupe pour les assouplir tout en me redressant.
Dans un soupir, la reine se reconcentra sur la discussion qu’elle entretenait avec la duchesse et entreprit d’ignorer son fils superbement. Je baissai la tête et demandai au duc d’une voix basse et discrète:
— Puis-je encore quelque chose pour vous rendre cette soirée plus agréable Monsieur?
Il darda sur moi des yeux haineux avant de répondre:
— Nous n’avons besoin de rien de plus de ta part. A présent, débarrasse-moi le plancher !
Au moment où je m’apprêtai à quitter l‘estrade, un bruissement retentit derrière moi et une main puissante tira sur mon poignet, me faisant virevolter dans la direction de la personne qui m’avait interrompue. Apercevant la lourde couronne qui ceignait le front de celui qui me tenait d’une poigne de fer, je m’inclinai en me demandant ce que pouvait bien me vouloir le souverain. Un noble touchait rarement une servante pour une raison autre que le besoin de se défouler, et je doutais que l’empereur soit différent sur ce point.
Un doigts froid se glissa sous mon menton afin de me faire relever la tête et croiser un regard aux prunelles d’un rouge glaçant. Les cheveux sombres du roi semblaient aspirer toute lumière environnante et je clignai des yeux, la panique me gagnant. Un sourire carnassier illuminait son regard et il découvrit des canines pointues dans un sourire.
— Quels yeux étranges. Mademoiselle . . . ?
— Ca. . .Camélia, V. . . Votre Majesté. balbutiai-je, une sueur froide coulant dans mon dos tandis que je me demandais ce qui pouvait bien me valoir l’attention du souverain d’Eatrea. Que. . .Que puis-je pour vous ?
Mes regard passait de droite à gauche, cherchant de l’aide qui ne me viendrait certainement jamais. Je finis par reporter mon attention sur le fae qui me retenait dans une poigne douloureuse. Il semblait perdu dans ses pensées. Il finit par cligner des yeux, comme s’il revenait au présent.
— Je voulais juste admirer votre regard Camélia. répondit-il d’un ton songeur. Je n’ai aperçu une couleur pareille que chez une seule personne. . .Elle est morte à présent.
Je clignai des yeux, peu sûre d’avoir bien compris ce qu’il venait de dire. Etait-ce une menace? Je n’avais pourtant rien fait de mal. J’ignorais d’ailleurs d’où me venait cette particularité physique.
Il tourna la tête vers son épouse, me tirant par le bras sans ménagement:
— Ma douce ! Observez donc !
Je trébuchai en essayant de suivre le mouvement du souverain au moment où la reine se levait et approchait. Un hoquet s’échappa de ses lèvres et elle porta une main gantée à sa bouche quand son regard croisa le mien. Elle s’accrocha au bras de son mari, qui me lâcha.
— Un rose si vif ! murmura-t-elle s’abandonnant à la contemplation de mon regard.
Je blêmis et esquissai un pas en arrière en entendant cette remarque. Je savais que mes prunelles roses étaient tout à fait atypiques. Voilà pourquoi je les cachais généralement sous quelques mèches de mes cheveux et faisais toujours attention à garder le regard baissé. La coiffure sévère que j’arborais présentement m’empêchait de masquer cette particularité.
Le roi et la reine me fixèrent encore quelques secondes dans un silence pesant avant que le premier ne hausse les épaules et ne se détourne en soupirant. Il me lança un regard méprisant par dessus son épaule:
— Ce doit être une nouvelle idée de ces humains. Qu’est-ce qu’il ne seraient pas prêts à faire pour nous ressembler ? N’est-ce pas Camélia ? Le sort que vous avez obtenu devait être bien cher.
Un léger rire m’envahit. Mieux valait lui mentir qu’attirer sa méfiance plus encore. L’aperçu que je venais d’en avoir me suffisait amplement.
— En. . .en effet votre Majesté. . .Que ne donnerais-je pas pour faire partie du noble peuple fae?
Ma voix se brisa lorsque ce mensonge franchit mes lèvres. Je préférais malgré tout cent fois prétendre avoir acheté un sort pour ressembler un peu plus aux magnifiques êtres qui m’entouraient que d’attirer plus encore leur attention.
Les souverains se désintéressèrent de moi suite à ma réponse et se dirigèrent vers la piste de danse tandis que le roi lançait au duc Raetila:
— Tu paies bien trop tes serviteurs, cher cousin. S’ils peuvent se permettre de telles extravagances.
Enfin libérée de l’attention oppressante des faes, je me précipitai en bas des marches sans demander mon reste. Je pénétrai la foule qui n’avait pas perdu une miette de notre échange. Elle se resserra sur moi en échangeant des paroles moqueuses. L’attention que le roi venait de me porter semblait leur avoir donné le feu vert pour s’amuser avec moi. Et je savais que je ne pouvais rien faire pour me défendre.
Les gloussements des uns et les murmures des autres m’entourèrent au moment où les invités commencèrent à tirer sur ma robe, attraper une mèche de mes cheveux. . .
Les battements de mon coeurs accélérèrent et ma respiration se bloqua tandis que la magie m’entourait. Je me mis à tourner sur moi-même, cherchant une échappatoire et les faes commencèrent à me pousser, sifflant, ricanant et crachant sur mon passage. Les visages devinrent flous se mêlant les uns aux autres dans des grimaces les déformant et je haletai, l’hystérie me gagnant peu à peu jusqu’à ce que…
Des mains attrapèrent mes épaules et me tirèrent hors de la foule. Je ne savais pas à qui appartenait cette poigne mais les gens s’écartèrent sur son passage. Je ne pus tout de même ignorer les sourires moqueurs qui se dessinaient sur la marée de visages.
Lorsque l’air frais me frappa, un soulagement immédiat m’envahit. J’inspirai profondément pour me calmer. Après quelques secondes penchée en avant les mains sur les genoux, pantelante, je me redressai en repoussant quelques mèches échappées de mon chignon et collées à mon front. Je me retournai pour remercier mon sauveur et me retrouvai face-à-face avec des yeux jaune aux pupilles étroites, semblant appartenir à un serpent.

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