Chapitre 5 : Tu tâteras de fouet
Un silence assourdissant et implacable se fit lorsque je pénétrai dans la salle de bal pour la troisième fois de la soirée, escortée des deux faes. L’ensemble des convives se tourna vers moi, et je rentrai la tête dans mes épaules sous le poids de leurs regards dans lesquels se lisait un mélange de jugement et moquerie non dissimulé..
A ma gauche, Jemiatal, le Capitaine de la garde royale. Il maintenait mes poignets entourés d’une corde rêche dans mon dos. D’une poigne puissante, il me forçait à avancer en manquant me disloquer les épaules par la même occasion. Je grimaçai de douleur en tentant de les faire rouler.
Mon corset n’était plus maintenu et tombait à présent sur ma taille. La chemise de laine qui se trouvant dessous tombait à présent en morceaux déchirés, ne laissait plus beaucoup d’espace à l’imagination pour notre auditoir. La honte me brûlait les joues et je sentais mon cœur battre frénétiquement dans ma cage thoracique.
A ma droite, l’héritier à la couronne d’Eatrea, le prince Eiden Caisalor. Il avançait avec un air nonchalant et sûr de lui, ne me jetant pas même l’ombre d’un regard.
Lorsque les invités l’aperçurent, la foule se scinda en deux, créant un chemin semblable à une haie d’honneur, pour nous laisser passer. Cette image me traversant l’esprit me provoqua un ricanement amer.
L’héritier nous devança au moment où je pilai, marquant un court temps de pause lorsque les lumières des bulles flottantes m’éblouirent. Après tout le temps que je venais de passer dans la pénombre des jardins, c’était presque douloureux. D’une secousse qui me fit grimacer, le fae dans mon dos me força à avancer. J’obéis immédiatement quand la douleur se propagea dans mon corps, me dirigeant vers la table présente sur l’estrade prévue pour les invités d’honneur et la famille ducale.
Les marches apparurent devant mes yeux au moment où mes bras furent tirés vers le bas, ce qui me fit tomber lourdement sur le sol gelé de la salle de bal. Je levai sur les hôtes de la soirée un regard implorant, mais gardai mon silence, redoutant de le briser par des paroles malvenues. Je savais bien que le moindre de mes mots pouvait être mal interprété. Le spectacle que je présentai à cet instant précis était déjà suffisamment dégradant pour ne pas en imposer un pire à mes soeurs.
Le duc se leva en nous apercevant, fixant un regard interloqué sur mon visage. Il demanda ensuite en se focalisant sur le prince qui gravissait déjà les marches, nous abandonnant sur place le capitaine et moi:
— Qu’est-ce que cela, Votre Altesse ?
— J’ai surpris votre servante en train d’épier une discussion privée entre mon Capitaine et moi. Lord Joshua, j’ose espérer pour vous que ce n’est pas chose commune chez vos employés que de se montrer si indiscrets.
— Je puis vous garantir que non Votre Altesse. Je ne peux comprendre d’où cette petite effrontée à bien pu tirer une idée pareille. Je vous promets que sa punition sera à la hauteur de l’affront qu’elle vous a fait.
— Maître, je vous jure que je. . .
Ma tirade fût bien vite interrompue par un regard noir de la duchesse ainsi que par un mouvement de la main de la part du Roi Marcus. Il se redressa lentement et contourna la table pour se diriger droit sur moi, descendant les marches du pas lent et maitrisé d’un homme qui savait avoir le plein pouvoir sur la pièce. Le Capitaine s’écarta pour laisser la place à son souverain d’agir à sa guise.
Lorsque ce dernier s’arrêta devant moi, une expression implacable marquait ses traits légèrement ridés. Les marques d’âge étaient une chose peu commune chez les faes. Cela prouvait donc qu’il était très âgé. On disait même qu’il avait plus de mille ans. Je baissai la tête lorsque je croisai ses yeux rouges.
Il tira rapidement sur mon chignon défait pour me faire relever la tête et je fermai les yeux après avoir aperçu du coin de l’œil Nicalina, qui me fixait d’un air choqué, quelques pas derrière la jeune Leliore. Tout sauf ça. Si seulement elle n’était pas présente pour voir cette scène. . .
— Voilà donc une étrange animation pour une fête qui se déroulait pourtant si bien. Marquis Zarveth, est-ce bien le jouet donc vous me parliez avant ?
La voix de stentor du monarque résonna dans la salle de bal bondée, mais ne m’empêcha pas d’entendre un glissement s’approcher de moi. Un frisson de peur m’envahit, et je rouvris les yeux pour observer le Vireth qui dardait sur moi un regard haineux.
— En effet Votre Majesté.
Il s’inclina profondément devant le roi.
— J’ignore encore comment elle a réussi à m’échapper, mais si vous acceptez de me la restituer, je me ferai un plaisir de lui donner une leçon qu’elle n’oubliera pas de si tôt. J’y ajouterai une petite touche pour l’affront qu’elle a osé causer à notre Prince Héritier.
Du coin de l’œil, je remarquai que le prince esquissait un pas en avant. Il fut pourtant stoppé instantanément par la reine. Souhaitait-il donc ajouter à mon chatîment? Une haine pure envers lui m’emplit à cette pensée.
La queue écailleuse du Vireth s’enroula autour de lui tandis qu’il me lançait un regard dans lequel se mêlaient colère, désir et convoitise.
A mon grand soulagement, le roi déclina avant de se tourner vers le duc sans lâcher mes cheveux. Le mouvement m’arracha un gémissement lorsque je sentis mon cuir chevelu si douloureusement malmené.
— Joshua, mon cher cousin. Quel châtiment réservez-vous habituellement à vos servantes indiscrètes ?
— Le fouet, Votre Majesté. Si toutefois une autre punition vous semble plus appropriée, je ne puis que l’approuver.
— Demandons à mon fils. Après tout, il est celui qui a été le plus lésé par cette. . . humaine.
Le roi me relâcha brusquement et je tombai en avant. Une brève sensation de soulagement s’empara de moi quand la brûlure dans mon crâne s’estompa. Elle fut très vite effacée par les mots qui suivirent:
— Fils ! Que souhaites-tu pour cette servante ?
Le fae âgé était remonté sur l’estrade, reprenant possession de son siège. Il posa son menton sur les deux mains qu’il avait jointes devant lui, posant un regard attentif sur mon visage. C’était là signe qu’il laissait à présent une totale liberté au Prince Héritier.
Je serrai les poings dans mon dos. Un sentiment d’injustice m’envahit. Cette mascarade de procès, dans laquelle on ne m’avait pas laissée placer un mot semblait gentiment arriver à sa fin. Le couperet tranchant se balançait au-dessus de ma tête.
Je savais bien qu’en tant qu’humaine, je n’aurais de toute manière jamais eu droit à un procès juste. Mais essayer de plaider ma cause ne pouvait qu’ajouter à ma sentence. Je décidai donc de garde les lèvres scellées.
Je portai mon intention sur le prince qui avait négligemment appuyé son menton sur son poing fermé après s’être assis sur son siège. Il m’observait attentivement de ses yeux noisette, l’air songeur.
Ses cheveux noirs dans lesquels dansaient les reflets dorés des salamandres emprisonnées dans les globes magiques, étaient totalement ébouriffés, ce qui lui donnait un air jeune. Son regard las, lui témoignait d’une vie longue et redondante. Jamais je n’aurais imaginé voir une telle expression lasse chez quelqu’un vivant dans le luxe permanent. Il était beau. Sa peau pâle, à la différence de son frère, dmontrait que le plus clair de ses journées était passé en intérieur, même si sa fine musculature laissait imaginer qu’il était tout de même capable de se servir d’une arme.
Lorsque son regard croisa le mien, il se redressa d’un mouvement quasiment imperceptible. Je le remarquai tout de même, attentive à lui que j’étais dans l’attente de ma sentence. Je lui jetai un regard implorant et murmurai:
— Je vous en prie, ce n’était qu’un accident.
En un éclair, je vis l’incertitude parer ses traits. Ils furent malgré tout très vite remplacés par son air princier.
Il inclina la tête, un sourire amusé parant ses lèvres pleines. Puis annoncea avec un ton qui laissait deviner qu’il s’ennuyait profondément.
— J’imagine que le fouet est une bonne punition.
Puis il détourna les yeux et fit signe à Tressia, qui se tenait figée quelques pas plus loin, de lui amener un verre de vin. Elle cligna des yeux, puis se précipita pour lui obéir avec un regard désolé dans ma direction.
Le peu d’espoir qui animait encore mon cœur s’évanouit, en même temps que la brève image que j’avais eue de l’héritier de la couronne. Il m’avait pourtant parut capable d’humanité pendant sa discussion avec le capitaine Jemiatal.
Mes épaules s’affaissèrent et je baissai la tête sur mes genoux en soupirant.
Le prince agita ensuite sa main en direction des nymphes de la musique, qui reprirent un air entraînant. Les nobles reprirent leurs danses et un chuchotement me tira des frissons:
— Tu ne perds rien pour attendre, catin. Une fois que tu ne pourras plus bouger et que le sang coulera de ton dos, tu seras toute à moi.
Je tournai la tête brusquement en direction de la voix et rencontrai les pupilles fendues du marquis, à quelques centimètres de mon visage. J’inspirai brièvement en sentant le martellement de mon cœur contre mes côtes. Le Vireth fut tiré en arrière sans ménagement.
A sa place apparut le capitaine de la garde qui me releva durement en lançant un regard d’avertissement au serpent.
— Elle est la propriété du prince tant que sa punition n’aura pas été effective marquis. Je vous prierais de ne pas l’oublier.
Puis il me tira en avant en évitant agilement les couples de danseurs, me faisant franchir la porte de service avec rapidité.
Lorsque je me tournai un dernière fois sur la fête, le prince me fixait par-dessus les bords de son verre.
***
Un pincement de tristesse me coupa la respiration brièvement quand apparut dans mon champs de vision le contour de couloir dans lequel quelques heures plus tôt. Je regrettai de ne pas avoir totalement disparu de la fête à cet instant précis, suivant Simon dans les écuries pour une nuit d’amour. A la place, je me retrouvai tirée par un fae sans pitié à une vitesse que je peinais à suivre.
Je compris très vite que nous nous dirigions vers les geôles.
— Je vous en prie Capitaine. Je ne voulais pas vous espionner. . .
Ma voix plaintive rendue aiguë par la peur m’embarrassa, mais je tentai de ne pas en faire cas. Les problèmes étaient tout autres dans l’instant présent.
Comme si mes paroles m’avaient rappelée à la mémoire du fae, il se figea. Je pillai brusquement en rentrant dans son dos. Je perdis l’équilibre et basculai en arrière, mais une poigne douce me rétablit sur mes pieds prestement. Mes yeuxse plongèrent dans le regard vert lumineux de mon garde qui s’était tourné vers moi.
— J’imagine bien que tu ne dois pas être assez stupide pour écouter les discussions du prince sans préparation préalable. Mais tu t’es retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment, et mon frère n’est pas le fae le plus patient du royaume.
Il tourna autour de moi, s’arrêtant dans mon dos, puis desserra les liens qui entravaient mes poignets. Je ramenai mes mains qui piquaient douloureusement alors que le sang les irriguait à nouveaux devant moi, serrant mes poignets endoloris contre ma poitrine.
— Je ne comprends pas, Sir Jemiatal. . .
J’inclinai la tête sur le côté, surprise par son élan de gentillesse, lorsqu’il repassa devant moi. Il s’inclina légèrement pour se mettre à ma hauteur et dit d’une voix adoucie.
— Tu n’es pas assez idiote pour tenter de t’échapper. Et j’imagine que tu auras encore besoin de tes mains.
— Merci. chuchotai-je en baissant les yeux, intimidée. Je vous promets de vous suivre sans faire d’esclandre Monsieur.
Il hocha la tête et se redressa, puis reprit la route vers les cachots en silence sans même contrôler que je le suivais. Comme il l’avait dit, je n’étais pas assez idiote pour tenter de prendre la fuite.
Je le suivis donc en trottinant, craignant une sentence si je me faisais distancer. Au bout de quelques instant et lorsque je commençai à sentir l’odeur pestilentielle des cachots envahir le couloir, attestant que nous étions presque arrivés, il me poussa dans une alcôve. Je me retrouvai une fois de plus entre un prédateur et un mur. Son odeur musquée envahit mon espace et je fermai les yeux et serrant la mâchoire.
— Je ne sais pas l’étendue de ce que tu as entendu. Commença-t-il. Mais je te conseille de n’en parler à personne. Que ce soit de notre lien de sang ou du reste de la discussion. Les rebels n’auront de toute façon que faire de ces informations.
Je clignai des yeux, surprise, puis hochai la tête. Sa proximité ainsi que le contact ferme de son torse contre mes mains me déconcentrait plus que de raison, et je balbutiai en lui répondant:
— Je vous promets de le garder pour moi Monsieur.
Il hocha la tête, me retourna contre la fenêtre et je tressaillis, me préparant au pire. Personne ne nous remarquerait ici. La surprise m’envahit lorsque des mains calleuse ramenèrent les miennes dans mon dos avec douceur.
— Je ne peux pas t’amener aux gardiens les mains déliées. Ils se douteraient de quelque chose d’étrange.
Il glissa la corde autour de mes poignets abîmés, la serrant juste assez pour qu’elle tienne, mais la laissant assez lâche pour ne pas couper la circulation dans mes membres. Une main sur mon épaule, il me fit tourner face à lui puis passa une main sur ses cheveux foncés coupés ras en détournant les yeux, comme embarrassé. Ce geste lui donna un air doux qui ne collait pas du tout à ce que j’avais entraperçu de sa personne. Il ajouta dans un souffle:
— Je te prierai de faire attention dans le futur. Tu ne serviras aucune cause si tu es condamnée à mort.
— Je. . . Je ferai attention. acquiesçai-je, ne sachant qu’ajouter tant j’étais surprise par ses paroles. Mais. . . Capitaine, je vous jure que je ne défends aucune cause !
Il reporta son attention sur moi et ouvrit la bouchee, mais secoua la tête et reprit mes poignets dans sa main, me donnant une impulsion vers l’avant.
— Allons-y.
***
Je frissonnai dans la pénombre de ma cellule, mes vêtements sales et abîmés ne me protégeant pas du tout de la fraîcheur de la nuit.
A peine la porte de la petite pièce sombre et humide franchie, le capitaine Jemiatal m’avait ôté la corde qui recommençait à me cisailler les poignets. Il s’était ensuite éclipsé en silence après m’avoir jeté un regard emprunt de regret.
Perdue dans mes pensées, je m’assis en tailleur à même la pierre et frottai délicatement les traces rouges que m’avait laissée mon entrave.
Le Capitaine ne me semblait pas foncièrement mauvais, à la différence du reste de sa famille. D’ailleurs, je ne comprenais pas pourquoi son existence était cachée. Un deuxième prince était une bénédiction pour le royaume, et pourtant, la reine ne lui avait pas adressé un seul regard. La couleur de la peau du soldat était très semblable à celle du souverain, hâlée. Sa mâchoire carrée était elle aussi en tout point similaire. A contrario, j’avais beau y réfléchir mais il ne ressemblait en rien à la reine.
Un frisson me parcourut et je me levai immédiatement pour commencer à faire les cents pas, frictionnant vivement mes bras pour tenter de créer un peu de chaleur. J’avais peur qu’en restant immobile, la mort ne me gagne.
Nous avions beau être au beau milieu de l’été, les nuits étaient fraîches sur les falaises de Blackglen. Un rapide examen par la lucarne me permit justement de confirmer que ma cellule se trouvait juste au-dessus d’un vide terminé par les rochers tranchants à flan de la falaise.
— Ce n’est pas comme si tu avais eu la moindre chance de t’enfuir, de toute façon. . . marmonnai-je.
Mes pas me dirigèrent vers la porte que je frappai doucement dans l’espoir qu’un des deux gardes qui avaient salué si poliment le capitaine ait pitié de moi et veuille bien me donner une couverture, aussi miteuse soit-elle.
Bien évidemment, personne ne me répondit. Je me demandai qu’elle espoir avait bien pu me gagner pour que j’imagine qu’ils pouvaient faire preuve de mansuétude. Je recommençai mes allers-retours frénétiques pour me tenir chaud, dussai-je ne pas dormir de la nuit.
Un détail sur la soirée me revint soudain. Comment se faisait-il que le capitaine aie semblé si sûr des informations qui intéresseraient les rebels ? Que lui apporterait le fait que je puisse apporter ma contribution à une quelconque cause ? D’ailleurs. . .il y avait des rebels dans le royaume ?! Je n’en avais pourtant jamais entendu parler. Après une courte réflexion sur la question, cela ne m’étonnait en fait pas tant que ça. Qui aurait pu tirer avantage à parler de ce genre de détail à une vulgaire servante humaine ?
Un ricanement amer sorti de ma gorge, l’ironie de mes pensées me frappant soudainement. Ce son défaitiste m’étonna et je secouai la tête. Je claquai mles joues gentiment, me sommant intérieurement de me concentrer sur mes pensées, tentant d’analyser ce que j’avais appris ce soir.
Il y avait des rebels dans le royaume. Un semblant d’espoir existait donc pour que les humains soient libérés du joug du roi. . . De quels peuples étaient-ils composés ? Que revendiquaient-ils ? Peut-être souhaitaient-ils que le roi abdique afin de recréer un royaume juste et bienveillant, comme au temps des anciens rois et de leurs dragons ?
Les anciens rois. . .
Les grelottements qui envahirent mon corps, coupèrent court au fil de mes réflexions. Si je ne trouvais pas rapidement une source de chaleur aussi petite soit-elle, je n’étais pas sûre de passer la nuit. Mon esprit se focalisa sur ce nouveau point et je me mis à fureter, priant les dieux pour qu’une idée me vienne.
Au moment où je commençai à tâter le cadre de la porte en métal en priant pour qu’une infime source de chaleur passe par la bordure de celui-ci, le cliquètement d’une clé dans la serrure résonna. Je sursautai et me précipitai dans la direction opposée, priant pour que le garde me rendant visite ne pense pas que je tentais de m’enfuir.
Le battant s’ouvrit, puis se referma rapidement sur une silhouette masculine tenant une torche dans sa main. Lorsque l’homme releva la flamme, elle révéla son visage encapuchonné. J’ouvris la bouche, rendue muette par la surprise en découvrant son identité.
— Cam. . .qu’est-ce que tu as encore fait ?
— Simon !
Je me précipitai vers le jeune homme et me jetai à son cou. Son bras libre enserra ma taille et je fondis à ce contact, enfonçant mon visage contre lui.
— Tu as le bout du nez gelé Camélia. rit-il doucement.
Le grondement de sa voix résonnant dans mon corps me réchauffa plus que ce qu’une couverture aurait pu le faire. Un gémissement plaintif sortit de ma gorge tandis que le fil de la soirée se refaisait dans ma tête.
— Là, là. chuchota-t-il en me caressant le dos quand je commençai à sangloter. Quelle idée d’espionner le prince aussi. . .
Après quelques minutes bien trop courtes à mon goût, il s’écarta et je frissonnais lorsque l’air s’immisça entre nous. Il leva la torche à nouveau et son beau visage se para d’une tendre inquiétude.
— Tu as les lèvres violettes ma chérie. Si tu ne veux pas attraper la mort, il faut te réchauffer.
Il ôta la cape sombre qui recouvrait ses épaules et la drapa autour de moi à la manière d’une couverture, frictionnant ensuite mes épaules vigoureusement pour me réchauffer. Mon corps se détendit immédiatement et j’essuyai mes joues en reniflant. Sexy. . .
— Qu’est-ce que tu fais là ? murmurai-je au bout d’un moment, lorsque l’absurdité de sa présence ici me frappa. Comment est-ce que tu as réussi à passer les gardes sans te faire voir ?
— Au vu de la soirée, personne ne s’attendait à ce que quelqu’un tente de pénétrer dans les geôles. Tressia est venue me voir aux écuries. Elle m’a raconté ce qu’il s’était passé. Tu ne peux pas imaginer l’état de panique dans lequel je l’ai trouvée.
Un soupir peiné glissa entre mes lèvres.
— Ce n’est pas la première fois que je me retrouve ici pourtant. . . Elle sait que je peux y survivre.
— Oui, et la dernière fois, tu as eu tellement froid que tu as faillit mourir d’hypothermie. On sait tous à quel point tu es frileuse.
— C’était en plein hiver et j’étais bien plus jeune.
— Ca ne change absolument rien ! Si je n’étais pas venu ce soir, tu n’aurais pas survécu à cette nuit et tu le sais très bien Camélia !
J’esquissai un mouvement de recul face à son éclat de colère. Il soupira, passa une main dans ses cheveux, puis s’approcha de moi, prenant mon visage en coupe dans sa paume calleuse. Il m’observa un moment dans un silence que je n’osai briser, puis m’attira à lui. Je fermai les yeux:
— Je ne veux pas me disputer avec toi, Simon. Excuse-moi, tu as raison. C’était une longue soirée. . . Horrible en fait. Et si Tressia et toi n’aviez pas été là j’aurais certainement rejoins les dieux avant le petit matin.
— Je ne devrais pas m’énerver contre toi. Après tout, ce n’est pas moi qui me retrouve enfermé contre mon gré, en attendant ma sentence dans le froid. Remarque, les lèvres violettes te vont bien. On devrait penser à en faire un rouge à lèvres.
Je gloussai faiblement à sa tentative ratée de plaisanterie et m’écartai de lui pour plonger mon regard dans ses yeux doux.
— Je survivrai à ce fouet, comme je l’ai déjà fait.
Je me hissai sur la pointe des pieds et l’embrassai doucement, glissant mes bras autour de sa nuque. Il me répondit tendrement en me rapprochant de lui plus encore.
Simon recula jusqu’à se cogner contre un mur. Dans ce mouvement, un cliquetis résonna, me faisant sursauter. Je m’éloignai de lui et il grimaça, contrit, en détachant un trousseau de clés de sa ceinture.
Je me fustigeai intérieurement de ne pas y avoir pensé plus tôt.
— Tu as volé ces clés aux gardes ?
Il les fit sauter dans sa paume avec un air malin, un sourire charmeur parant ses lèvres gonflées par nos baisers :
— Je me suis amélioré, ces derniers temps. Heureusement d’ailleurs, ma douce Camélia, sinon tu serais déjà un glaçon.
Je levai les yeux au ciel et détachai la cape de mon cou. Le froid m’envahit immédiatement tandis que je la lui tendai. Je serrai les dents pour tenter masquer leurs claquements.
— Il faut que tu partes maintenant. SI les gardes remarquent qu’ils n’ont plus le trousseau, tu risques de te faire attraper, et ce ne sera pas le fouet qui t’attendra.
Il secoua la tête en tentant de remettre la cape sur mes épaules.
— Garde la cape. Elle te protégera du froid.
— Et tu crois que le Capitaine ne remarquera rien de bizarre si j’ai un vêtement de plus demain matin ? lui demandai-je en faisant la moue.
Après un court instant de réflexion, il serra les lèvres et se dirigea vers la porte en me reprenant sa cape doucement:
— Mouais. OK. Mais garde la torche. Le feu te réchauffera et elle se sera consumée d’ici demain matin. Tu pourras la cacher.
Je lui souris en prenant la torche et le remerciai. Un pincement au cœur me fit monter les larmes aux yeux. J’observai la flamme.
— Que ferais-je sans toi ?
— Pas grand chose.
Son rire résonna contre les pierres de la cellule.
— Maintenant, tente de te reposer. Tu auras besoin de forces demain.
Je hochai la tête en souriant doucement à sa réponse. Il m’embrassa une dernière fois, avant de passer la porte.
Le cliquetis du verrou me confirma qu’il avait bien pensé à tout refermer correctement avant de partir, et je soupirais en retournant m’asseoir dans un coin pas trop sale de la cellule. Posant la torche sur la pierre devant moi, je me rencognai, cachant mes mains entre mes cuisses pour les garder au chaud. Le sommeil me gagna petit à petit grâce à la chaleur de la torche. Malgré tout, elle disparaissait en même temps que sa lumière.
Cette nuit-là, je rêvai d’une escapade dans une forêt luxuriante et de dragons majestueux arpentant les cieux.

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