Chapitre 8 : Un jour de liberté
Des coups se firent entendre, insistants, sur le battant de bois décrépit de la porte, troublant mes rêves peuplés de dragons et de faes aux pouvoirs surpuissants.
— Camélia ? Veux-tu bien m’ouvrir je te prie ?
La voix de Madame Spirt me fit émerger rapidement et je me redressai avec une grimace, le mouvement tirant sur mes cicatrices fraîchement refermées. Je ne pouvais que remercier mon mystérieux bienfaiteur de m’avoir fourni le cataplasme de silaria et de m’avoir aidée à récupérer si vite.
— J’arrive Madame, répondis-je d’une voix encore ensommeillée en tentant d’aplatir mes mèches folles afin de me rendre un tant soit peu présentable.
Doucement, je posai les pieds à terre et m’appuyai sur la coiffeuse pour m’aider à me mettre debout à la force des bras. J’esquissai un pas hésitant et, voyant que mes jambes me tenaient, me dirigeai vers la planche de bois qui me séparait de la détentrice de la voix. Elle s’ouvrit sur le visage sévère de la gouvernante.
— Ah ! J’ai failli attendre. résonna sa voix dure sans qu’elle réussisse à masquer le petit sourire qui ourlait le coin de ses lèvres fines. Puis-je entrer ? J’imagine que cette position doit t’être inconfortable au vu de ta condition.
Avec un soupirs de soulagement à l’idée de ne pas avoir à rester debout, je m’effaçai afin de la laisser passer. Ce qu’elle fit sans attendre.
Elle avisa la petite chambre dans laquelle cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas pénétré, puis s’assit avec grâce sur le tabouret branlant de la coiffeuse. Mes pas firent grincer le plancher alors que je la suivais et je m’installai sur le lit en me tenant bien droite malgré l’inconfort de mon dos. Un silence gêné envahit la pièce, et je priai pour qu’elle se dépêche de me partager la raison de sa visite.
Que me valait-elle donc ? Allait-elle m’annoncer que, finalement, le roi avait changé d’avis et souhaitais me bannir ? Ou pire, me tuer ? Ou bien alors les ducs ne voulaient-ils plus de mes services ? Je me tordis les mains dans les draps qui recouvraient mes genoux.
Madame Spirt m’observa quelques instant sans rien dire, son regard inquisiteur faisant rougir mes joues. Elle laissa le temps s’étirer puis se racla la gorge avant de commencer.
— Comment vas-tu mon enfant ? Tu arrives à te tenir mieux que ce que je m’imaginais au vu de tes blessures.
— Je vais mieux. . . Madame. Grâce à vous. Elyraje m’a dit que vous étiez intervenue en ma faveur auprès de Sa Majesté et de Leur Grâces. Je vous en remercie.
Prenant garde à ne pas trop bouger, j’inclinai la tête avec gratitude.
Elle m’adressa un doux sourire et je retrouvai dans son expression la figure maternelle qu’elle avait fini par représenter pour mes soeurs et moi.
Lorsque nous avions pénétré dans le manoir pour la première fois, la silhouette frêle de Nicalina pesant fortement dans mes jeunes bras, les ducs nous avaient immédiatement laissées aux bons soins d’Ismelda Spirt.
Malgré la façade dure que laissaient transparaître ses cheveux poivre et sel tirés en un chignon sévère et son regard gris acéré, elle avait tout de suite fait preuve d’une profonde gentillesse envers nous. Nous avions dû commencer par des tâches simples, et plus nous grandissions, plus elle nous avait donné de responsabilités. Elle nous éleva par la même occasion en de jeunes servantes tout à fait respectables. La confiance mutuelle que nous nous portions ne faisait qu’accentuer la honte que je ressentais à l’avoir déçue comme je l’avais fait quelques jours auparavant.
— Madame. . ., commençai-je au moment où elle reprit en prononçant mon prénom.
Les joues brûlantes, je me tus et baissai la tête dans l’attente de ce qu’elle voulait ajouter.
— Je t’en prie Camélia. Continue, ajouta-t-elle avec un petit rire gêné qui me surprit.
J’inspirai profondément et relevai les yeux afin de rencontrer les siens, qui m’observaient avec tendresse.
— Je suis désolée pour tout les soucis que j’ai dû vous causer, Madame la gouvernante. Je n’aurais jamais dû me trouver dans cette situation. Si seulement je vous avais mieux écoutée.
Elle m’interrompit en posant une main noueuse sur mon genou et se pencha en avant pour murmurer sur un ton conspirateur.
— Entre toi et moi, Camélia, nous savons toutes les deux que si le roi n’avait pas émis quoi que ce soit sur ta personne, tu aurais été épargnée par tout ça. Et la susceptibilité de Son Altesse n’est plus à prouver.
Je me détendis sur ces paroles et laissai échapper un gloussement. Elle ôta sa main et se redressa avant d’ajouter plus fort.
— Je suis venue t’avertir que Sa Grâce, Lady Irial, souhaite ton retour au travail dès demain matin. La parade commencera dans deux jours et nous avons besoin de toutes les mains disponibles pour la préparer. Si nous souhaitons pouvoir profiter de ce jour de congé pour assister au festival.
— Je serai présente dès demain matin Madame, répondis-je avec un doux sourire à son attention.
— Très bien. Sur ce.. .
La gouvernante se releva lentement en me faisant signe de ne pas bouger. En ouvrant la porte, elle jeta un regard par-dessus son épaule avec un air amusé.
— Si je puis me permettre Camélia, un bain te serait certainement grandement bénéfique. La salle d’eau réservée aux responsables t’est ouverte. . . exceptionnellement.
Et sur cette entrefaite, la porte se referma dans un claquement sec.
Je sentis mes joues s’embraser et un rire s’échappa de ma gorge. Cela faisait en effet six jours que je ne m’étais pas lavée, la douleur entravant mes mouvements. J’avais bien conscience qu’entre mes cheveux gras et ma peau sale, je devais faire peur à voir.
***
J’ouvris les yeux, percluse de courbatures, et m’étirai en prenant garde à ne pas brutaliser mon dos. C’est fou ce qu’une semaine d’immobilité pouvait amenuiser les capacités physiques que nous avions mises une vie à gagner.
Mes soeurs avaient été outrées, deux jours plus tôt, lorsqu’elles m’avaient vue pénétrer dans la chambre, les cheveux mouillés après le bain que Tressia m’avait aidée à prendre. Je leur avais annoncé que je devais reprendre le travail le lendemain.
— Ils ne peuvent pas te laisser récupérer tranquillement ?! s’était exclamée Nicalina dans un bref accès d’indignation.
— N’empêche qu’on va bien mieux dormir maintenant que tu n’empestes plus. avait ajouté Elyraje avec un ton moqueur.
Ce à quoi j’avais répondu, tout en puérilité, en lui tirant la langue. Le cœur réchauffé par l’entente nouvelle présente entre nous trois, je m’étais allongée sur le tas de draps afin de laisser le lit aux draps fraîchement changés aux deux cadettes. Reconnaissante d’avoir pu l’utiliser aussi longtemps. Elles avaient presque sauté dessus en piaillant joyeusement, visiblement heureuses de le récupérer.
J’avais repris le travail une journée éreintante durant laquelle tous couraient afin d’accomplir les tâches qui leur avaient été attribuées.
La duchesse avait annoncé, comme me l’avait prédit Madame Spirt, que l’ensemble du personnel souhaitant assister à la Parade Royale pourrait prendre sa journée le lendemain.
Cela avait empli la demeure d’une fébrilité et d’une excitation sans commune mesure. C’était la première fois en douze ans que mes soeurs et moi travaillions ici, qu’un jour de congé général avait été annoncé. Partout où nous passions, nous pouvions entendre les servants chuchoter en discutant du festival avec animation.
Ce jour de congé était bien vite arrivé.
Avant de nous coucher, nous avions laissé la petite fenêtre au carreau fissuré ouverte afin de laisser la fraîcheur de la nuit rafraichir la petite pièce sous les combles dans laquelle nous habitions.
C’est donc avec une sorte de délectation que je tendis l’oreille au chant des oiseaux tout en me redressant, mes boucles emmêlées formant une couronne autour de mon visage. Je sentis malgré tout la chaleur commencer à envahir la chambre, ce qui m’encouragea à la refermer à regret, avant que l’atmosphère ne devienne étouffante.
Sur le lit, j’admirai avec amusement un enchevêtrement de bras et de jambes disgrâcieux.
Nicalina ronflait doucement, la bouche grande ouverte, et je pus admirer un filet de bave couler dans les cheveux étalés en corolle autour de la tête d’Elyraje. Elle marmonnait doucement dans son sommeil.
Je retins un rire sonore à grand peine et enfilai la seule tenue d’extérieur que je possédais et qui ne montrait pas ouvertement pour qui je travaillais. A jour exceptionnel, tenue exceptionnelle.
Je me penchai sur le bol d’eau fraîche au coin de la coiffeuse et m’aspergeai le visage, avant de glisser mes doigts dans mes cheveux afin d’en démêler les boucles. J’étais estomaquée de voir à quel point mes cicatrices ne me faisaient quasiment plus ressentir la moindre douleur.
Après quelques instants, je me remis debout, me préparant à réveiller mes soeurs avant d’aller chaparder à manger en cuisine. Je me figeai face au reflet que me renvoya le miroir.
Voilà longtemps que je n’avais pas pris le temps de m’observer à la lumière du jour et je m’accordai donc quelques instants de répits en plus. Nous avions pour habitude de travailler de l’aurore au crépuscule.
Malgré mon air affaibli par les jours que je venais de passer alitée, je n’avais pas eu l’air aussi heureuse depuis bien longtemps.
Mes boucles rousses étaient relâchées, tombant en cascade jusqu’à ma taille, et mes yeux roses scintillaient dans l’expectative de cette journée de liberté. Je n’avais pas osé enfiler de corset, mon dos était encore sensible à la moindre pression. J’avais donc préféré rentrer une simple chemise crème aux manches bouffantes dans une ample jupe verte qui me couvrait les chevilles.
Un scintillement attira mon attention et j’ouvris le tiroir de la coiffeuse, avisant une chaîne d’or rose à laquelle était attaché un pendentif d’émeraude en forme de dragons. Le seul héritage que nos parents nous avaient laissé.
Je l’admirai quelques instant, savourant son poids dans ma main, puis le passai autour de mon cou. Sa forme familière se calla entre mes seins criblés de tâche de rousseur, réchauffant mon cœur. J’avais failli oublier que nous le possédions, n’osant pas le mettre de peur que nos maîtres décident de se l’approprier.
Je l’effleurai, les larmes me montant aux yeux au souvenir de la famille que nous aurions pu être si nos parents n’avaient pas décidé de nous abandonner.
Après quelques instants, je poussai un soupirs tremblant et replaquai un sourire sur mon visage avant de me pencher pour secouer mes soeurs avec douceur.
— Debout les filles ! Une journée de liberté et de sucreries nous attend !
Dans un sursaut, j’évitai de justesse de me prendre le crâne d’une Nicalina bondissante en plein visage et éclatai de rire. Elyraje me jeta un regard interloqué à ce son qui nous surpris toutes les trois.
Après quelques instants d’immobilité, nous nous remîmes en mouvements. Nica sauta lourdement en bas du lit et Elyraje rejeta ses cheveux en arrière en s’asseyant au milieu des draps, avant de grimacer.
— Nica, tu vas finir par dormir seule si tu continues à me baver dessus !
— Mais j’y peux rien ! Dis-lui, Cam !
— Lui dire quoi ? ajoutai-je avec un air taquin. Que tu es incapable de dormir comme une dame ?
— Eh ! Je suis une vraie dame môa ! s’écria-t-elle, l'air indignée.
Ma gorge se noua et les larmes me montèrent aux yeux tandis que j’essayai de me retenir, mais j’échouai. J’éclatai à nouveau de rire, bientôt suivie par mes soeurs, et notre joyeuse troupe se mit en branle.
Cela faisait longtemps qu’une telle ambiance n’avait pas animé la petite pièce, et ce fait me réchauffa le coeur.
J’aidai Nica à enfiler sa robe à fleurs, puis lui tressai les cheveux en couronne. Elle me sourit dans le miroir avec un air malicieux. Une fois que ma tâche terminée, elle sauta du tabouret et courut vers Lyra.
— Je te coiffe ! Je te coiffe !
Cette dernière sourit et s’assit sur le tabouret en tendant le peigne à la jeune fille.
Je me dirigeai vers la porte après que quelques coups eurent retentit. En l’ouvrant, je ne pus cacher ma joie en observant la personne devant moi.
Tressia dardait ses yeux de biche dorés charbonneux sur moi. Ses courtes mèches noires et lisses encadraient un visage aussi réjouit que le mien, et elle m’enlaça en prenant garde à ne pas trop me secouer.
— Tress, je savais pas que tu avais de quoi te maquiller.
— Oh ! Quand ces dames quittent la demeure en y laissant leur affaires personnelles, j’estime que c’est qu’elles n’en ont plus besoin!
Elle rougit d’une manière adorable.
— Et entre nous, les ducs n’auraient pas l’utilité d’un maquillage déjà entamé. D’ailleurs, je vais m’occuper de toi. Assieds-toi !
Je ris doucement avant de m’écarter pour la laisser entrer. La pièce fut bien vite remplie de rires et de discussions animées pendant que nous finissions de nous préparer.
Au bout d’un moment, alors que Tressia appliquait une espèce de pâte rouge sur mes pommettes pâles, je surpris mes soeurs en train de faire des messes basses tout en me jetant de brefs regards en coin, la mine réjouie.
— Je peux savoir ce que vous conspirez Mesdemoiselles ? demandai-je d’un ton faussement réprobateur.
Lyra fouilla dans la penderie et se retourna vers moi en cachant quelque chose derrière elle.
— Il paraît que c’est un jour spécial aujourd’hui. Et pas uniquement parce que nous avons droit à un festival.
Je sentis le rouge me monter aux joues et ma gorge se nouer d’appréhension. Mes yeux s’embuèrent lorsque j’entendis mes trois compagnes entamer en tapant des mains:
— Joyeux anniversaire ! Joyeux anniversaire ! Joyeux anniversaire Caméliaaaa ! Joyeux anniversaire !
— Pitié ! Arrêtez ! Dieux ce que vous chantez faux ! criai-je , les larmes perlant au coin de mes yeux alors que mon ventre se faisait douloureux sous les spasmes de mes rires.
Je détestais être au centre de l’attention de cette manière, mais cela semblait faire tellement plaisir aux filles.
— Tu vas gâcher tout mon travail Cam !!
Tressia sortit un mouchoir de son décolleté et épongea le dessous de mes yeux précipitemment, hilare.
Lyra donna ce qu’elle cachait à Nica, qui s’approcha de moi avec un air timide.
— On a un cadeau pour toi.
Elle me tendit un objet emballé dans un torchon, dont je m’emparai avec douceur.
— Mais. . . Il ne fallait pas.
— Vingt-quatre ans, c’est pas tout les jours !
— Allez ! Ouvre ! crièrent-elles en cœur.
La gorge nouée par l’émotion, j’entrepris d’ouvrir le paquet. Tomba sur mes genoux un ruban scintillant assorti au collier de nos parents.
Je le pris et fus estomaquée par sa noble facture et son toucher doux. De la soie.
Je relevai un regard surpris et les observai.
— Ca a dû vous coûter une fortune. Je ne peux pas. . .
— Tût-tût. me coupa Tressia. Madame Spirt, Simon, Nicalina, Elyraje et moi nous sommes mis ensemble pour te l’offrir ! Tu nous insulterais tous profondément si tu refusais !
Dis comme ça. . . je ne pouvais le rendre.
Un sourire tremblant aux lèvres, je le pressai contre mon cœur avant de murmurer à l’intention à la plus petite d’entre nous:
— Tu veux bien me le mettre ?
Une fois qu’elle eu attaché le ruban dans mes boucles, libérant ainsi mon visage de ses mèches rebelles, elle déposa un bisou sur ma joue.
— Tu es magnifique, grande sœur.
— Bon. . . On y va ? On va tout louper ! s’exclama Lyra au bout d’un instant de silence ému en claquant dans ses mains.
Nous nous dirigeâmes vers la porte dans un concert de pépiements excités.
Passant le cadre , je rentrai en collision avec un torse musclé et me figeai.
— Camélia ?? Ouaouh. . . Tu es magnifique.
Le détenteur de la voix posa une grande main sur mon épaule, m’arrachant une petite grimace de douleur. Les yeux de Simon s’écarquillèrent et il me lâcha précipitamment.
— Je suis désolé !! Je voulais pas. . .
J’adressai un doux sourire à mon amant, plaçant mes mains sur ses avant-bras dans un geste apaisant.
— Pas de problème Simon.
— Je. . . J’ai un cadeau pour toi.
Détournant le regard de mon visage apprêté, le jeune homme me tendit un bouquet de fleurs colorées. Je le pris doucement avant d’enfoncer mon visage dans les doux pétales. L’odeur fruitée qui en émanait me tira un sourire radieux.
— Elle sont magnifiques. . . Merci beaucoup.
— Les plus belles fleurs pour la plus belle des femmes, répondit-il timidement avant de m’embrasser avec douceur.
— Tu veux bien dégager le passage ??
Je m’écartai en riant doucement au timbre exaspéré de Lyra, qui me dépassa en nous bousculant légèrement et s’arrêta pour observer mon compagnon.
— Ah ! Tu es là !
— On vous laisse seuls un petit moment. On se retrouve au portail, ajouta Tress en poussant mes soeurs avec un air complice à mon intention afin de nous laisser un moment d’intimité.
Je ris doucement, gênée, avant de me replonger dans les yeux clairs de Simon. Il me rendit mon sourire et leva la main dans mes cheveux afin de jouer doucement avec le ruban.
— Elles ont vraiment bien choisi. Il te va à ravir. Joyeux anniversaire ma douce.
Je sentis mes joues s’enflammer à ces paroles, reconnaissante que nous ne soyons que tout les deux dans ce couloir faiblement éclairé.
— Elles ont dit que tu avais participé. Merci beaucoup. Il me plaît énormément.
Je me hissai sur la pointe des pieds afin de déposer un baiser chaste sur ses lèvres.
— J’aurai un cadeau de plus pour toi. On se rejoindra sur la place après notre lib. . . Euh. . .
— Après quoi ?
Je fronçai légèrement les sourcils à son interruption, attendant qu’il finisse. Il détourna le regard, comme pour se soustraire au mien, et bégaya:
— Euh. . . Une fois. . . La lune apparue !
Il m’adressa un grand sourire, et je ne pus me retenir de le comparer à un petit garçon pris en flagrant délit de mensonge.
Inquisitrice, je demandai tout en me détournant afin de déposer les fleurs dans une tasse ébréchée à côté de ma couche:
— Tu ne viens pas voir la parade avec nous ?
— Je. . . J’ai un rendez-vous. Mais on se retrouve après !
Je me mordis la lèvre pour retenir mes questions. Après tout, il était bien assez grand pour que je n’aie pas à surveiller ses moindres faits et gestes.
Malgré cela, un mauvais pressentiment commença à me gagner.
— Tu me le promets ?
— Je te le promets ma douce.
Il porta la jointure de mes doigts à ses lèvres avec galanterie, puis me lança un sourire effronté.
— On. . . Je te prévois une petite surprise !
— J’ai hâte de voir ça, répondis-je en tentant de masquer une pointe de méfiance.
Il m’adressa un sourire malicieux, puis m’attira à lui avec délicatesse.
Glissant une main à la racine de mes cheveux, il inclina mon visage vers lui et m’embrassa avec passion. Je me sentis fondre instantanément dans ses bras, et lui rendis son baiser avec la même ardeur.
Au bout de quelques instants, je m’écartai, essoufflée, et murmurai:
— Il faut que je rejoigne les filles. On se voit ce soir ?
Je commençai à m’éloigner, mais il refusa de lâcher mes doigts.
— On se voit ce soir. Et. . . Camélia ?
— Oui, Simon ?
— Sois prudente s’il-te-plaît. . . Et. . . Je t’aime.
Je me retournai vers lui et l’observai un bref instant.
Les rares rayons du soleil filtrant à travers les interstices du toit jouaient dans ses mèches folles. Ses lèvres pleines m’adressaient un sourire doux dans lequel je pouvais lire plein d’espoir. Je le lui rendis malgré une légère réserve.
J’accrochai son regard lumineux et me perdis en lui un bref instant.
— Moi aussi je t’aime.
Et sur ces mots, il me lâcha et je m’éloignai, le cœur lourd.
Les poils se dressèrent sur mes bras alors que je dévalai les escaliers pour retrouver mes compagnes du jours, perdue dans mes pensées.

Annotations
Versions