Chapitre 9 : Les ombres de la révolte

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Nous passâmes le portail du manoir en compagnie des autres serviteurs du duché. Ils murmuraient entre eux avec excitation.

Après avoir retrouvé les pavés immaculés des quartier cossus du duché de Blackglen, nous devions encore marcher quelques minutes avant de voir la propreté s’étioler. C’était le signe annonciateur de notre entrée prochaine dans les quartiers pauvres, mais aussi dans le cœur du festival.

Lorsque nous arrivâmes sur la rue du marché, je fus frappée par son allure méconnaissable.

Les pavés irrégulier et noirs de crasse il y a de ça une semaine avaient été nettoyés et les devantures maussades des magasins recouvertes de draps bigarrés. Tout le monde avait revêtu ses plus beaux atours et le silence morose qui parait la place habituellement avait été remplacé par de la musique et des échanges exaltés.

Même l’odeur ne ressemblait plus à ce que je connaissais. Les effluves de pourriture avait été remplacés par celles, alléchantes, de la nourriture tout juste préparée que peu avaient les moyens de s’acheter.

Entre les fenêtres de leurs maisons, les habitants avaient tendus des bannières dont les fanions étaient frappés des armoiries de Caisalor, un serpent rouge tenant une rose noire entre ses crocs.

A cette constatation, je levai les yeux au ciel. Tout cet étalage de richesse et de joie me semblait bien hypocrite au vu de ce qu’on fêtait.

La Tournée de Récolte Royale était principalement un moyen pour la famille au pouvoir de se rappeler au bon souvenirs du peuple tout en récoltant les impôts. Ils savaient pourtant très bien dans quelle misère leurs sujets se trouvaient, je ne voyais donc pas le but de la leur dissimuler par tout ces artifices.

Une petite main se glissa dans la mienne pendant que j’observais les décors avec exaspération. Je baissai les yeux sur le visage ébahi de Nicalina, qui analysait son environnement avec un intérêt non dissimulé, la bouche ouverte.

— Pomme de Chance ! Quiconque croque dedans aura une année de bonheur !

Un vendeur criait, attirant l’attention de la jeune fille qui s’anima et me tira dans sa direction en sautillant.

— Cam ! Je peux en avoir une ? S’il-te-plaîîîîît !

Je jetai un coup d’œil à Elyraje qui avait l’air aussi excédée que moi à la vue de toute cette animation. Elle haussa les épaules, se détournant ensuite pour poursuivre sa discussion avec mon amie.

— Bon. . . Mais une seule alors, hein ? On peut bien se faire un peu plaisir.

Après tout, rares étaient les occasions de dépenser nos maigres revenus.

Je déposai deux Etriaats de bronze dans la paume du vendeur. Un prix exorbitant soit dit en passant. Nica sautait d’excitation à mon côté, ce qui me tira un rire.

Il me tendit avec un sourire un bâton au bout duquel trônait une pomme enrobée d’une masse brillante noire et rouge. Je savais que son prétendu pouvoir n’était que poudre aux yeux, et que la mixture n’était en fait que du caramel coloré à l’aide de différentes plantes. Mais que n’aurais-je pas donné pour voir l’expression ravie de Nica lorsqu’elle croqua dedans et qu’une fumée s’en échappa, formant un volute à la couleur changeante. Un sourire lumineux para son visage et elle se précipita vers nos deux compagnes pour leur montrer son achat.

Les sucreries étaient un met rare que nous avions du mal à nous offrir. C’est pourquoi j’avais accordé cette petite gâterie à ma sœur. Son air réjouis valait toutes les richesses du monde.

Mains dans la main, mes soeurs s’approchèrent du stand recouvert de tissus colorés d’un jeune marchand. Un air charmeur ridicul sur le visage, il commença à discuter avec Elyraje. Il allait vite déchanter en comprenant que nous n’avions pas les moyens de nous offrir ses étoffes.

Tandis que j’observai les jeunes gens avec tendresse , je m’écartai de la foule.

Ma tête commençait à tourner, les pouvoirs m’entourant me coupaient le souffle. Mais une fois que je me fus éloignée quelque peu, je pus à nouveau respirer librement.

Je me grattai la nuque alors qu’une étrange sensation l'emplissait de picotements. Il me semblait avoir oublié quelque chose, mais quoi ? Je jetai des coups d’œil autour de moi dans l’espoir qu’un détail me permette de me le rappeler.

Mon regard se perdit dans le vague et mes pensées se tournèrent vite vers la discussion que j’avais eue avec Simon précédemment.

Il avait semblé vouloir me dire quelque chose. Son air nerveux, presque inquiet, m’avait interpellée sur le moment mais je m’étais empressée de l’oublier, toute excitée à l’idée de cette journée que j’étais. Sa poigne et sa difficulté à me laisser partir au festival me firent me questionner plus encore. Il me faudrait lui demander ce qui n’allait pas lorsque nous nous reverrions le soir-même.

Un bras se glissa autour de mes épaules, aussi léger qu’une plume, mais me fit sursauter violemment. Je portai la main à mon cœur en riant, gênée par ma réaction disproportionnée.

— Tress ! Je t’ai pas entendue approcher !

Un rire cristallin me répondit alors que ma meilleure amie me tendait un verre rempli d’un liquide bleu irisé.

— Tiens, j’en ai pris une pour moi aussi. Il paraît que cette boisson permet de réaliser ses rêves. On peut bien essayer !

Elle leva les yeux au ciel avec une grimace ironique et je lui pris le verre des mains avec un sourire reconnaissant.

— Tombe bien, je meurs de soif !

La chaleur du début d’été commençait à devenir étouffante, et la marée de corps qui nous entouraient n’aidait pas à nous rafraîchir.

Je trempai les lèvres dans l’étrange boisson et lâchai une exclamation étonnée lorsque la fraîcheur de la menthe envahit mes papilles.

— Mmmmmh. Ca ne réalisera peut-être pas mes rêves, mais Dieux que ça fait du bien ! Ca me rappelle une boisson que nous faisions, avec Mère.

— Il faudra que tu me parles de ton enfance un jour, me répondit Tressia en me donnant un petit coups de coude amical auquel je répondis doucement.

— Je n’ai quasiment aucun souvenir, tu le sais bien.

Je détournai mon regard de son beau visage souriant et me replongeai dans mes pensées sans me rendre compte que mon expression s’était à nouveau faite vague. Enfin. . . c’était sans compter sur mon amie qui me connaissait comme sa poche.

— Tu as l’air préoccupée, Cam. Il s’est passé quelque chose ? Est-ce le beau Simon qui t’a perturbée ainsi ?

Je me tournai vivement vers elle pour me retrouver face aux sourcils qu’elle haussait de haut en bas en un sous-entendu suggestif.

J’éclatai de rire avant de reprendre mon sérieux, un frisson parcourant ma colonne vertébrale.

— Il avait l’air étrange quand on a parlé. Comme s’il voulait me dire quelque chose. Mais il s’est ravisé avant de m’en faire part.

— Peut-être qu’il voulait te faire une demande particulière ? Ce serait le bon jour en tous cas. Je dis ça, je dis rien.

Elle m’adressa un sourire taquin.

Je baissai la tête pour dissimuler mon visage cramoisi derrière le rideau de mes cheveux en marmonnant mon assentiment.

— Bon, Cam. Je sens qu’il n’y a pas que ça. Tu veux m’en parler ?

Je me sentais idiote. Malgré ça, peut-être Tressia pourrait-elle m’aider à trouver pourquoi ce mauvais pressentiment me collait à la peau.

— Je. . . Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression d’oublier quelque chose. Quelque chose d’important.

Elle porta une main délicate à son menton, se plongeant dans ses réflexions. Je lui étais reconnaissante de prendre ma préoccupation au sérieux.

– On ne peut rien avoir laissé sur le feu dans la cuisine du manoir. As-tu reçu un ordre que tu n’as pas exécuté hier ?

Je secouai la tête.

— Ou alors. . . Une chose que tu aurais voulu dire au prince avant qu’il te fasse vivre un calvaire ?

Un petit sourire ourla mes lèvres suite à sa tentative de plaisanterie mais je secouai encore la tête.

— Laisse tomber. Ca ne devait pas être important. . . Ca me reviendra.

Elle prit ma main et m’entraîna dans la foule.

— Pensons à autre chose. Tu veux bien ?

Je plaquai un sourire lumineux sur mon visage et me concentrai sur l’instant présent. Il me fallait en profiter car je ne savais pas dans combien de temps une journée pareille se représenterait.

Alors que je me laissais happer par l’allégresse générale, les effluves salées de la Mer Aryio remplacée par celles, âcres, des corps autour de moi, je cherchai le blond des cheveux de mes soeurs des yeux.

— Euh. . . Tressia ? Où son Nica et Lyra ?

Mon cœur accéléra instantanément.

Avec le monde présent, n’importe quoi aurait pu leur arriver. Je changeai brusquement de direction interrompant nos flânerie et tirant sur le bras de Tressia en faisant sursauter un passant.

Je commençai à donner des coups de coudes aux badeaux sans lâcher mon amie, observant attentivement les visages à la recherche de mes soeurs. Où pouvaient-elles bien être ? Les battements de mon coeurs martelaient mes côtes avec force.

Enfin, j’aperçus un éclair doré à la bordure de la place.

— Nicalina !!

— Cam ! Vient voir !

Elle me fit de grands signes des bras, un air réjouis sur le visage.

Je poussai les gens doucement pour la rejoindre et la trouvai suspendue à la main d’Elyraje. Je me détendis instantanément à cette vision et soufflai.

Bientôt, je fus rattrapée par la douleur aiguë provoquée par le mélange de pouvoirs qui m’entourait. Je serrai les dents en posant ma main sur l’épaule de la jeune fille, l’autre enserrant les doigts de mon amie. J’avais perdu mon verre dans l’excès de panique qui m’avait pris.

— Ne disparaissez plus comme ça. On ne sait jamais ce qui peut arriver au milieu d’une foule pareille.

— Désolée Cam, me répondit Lyra avec un air enfantin que je n’avais pas vu sur son visage depuis longtemps. Ils ont annoncé le début de la Parade et on voulait être tout devant.

— Eh bien au moins, c’est réussi.

Un soupçon d’exaspération transparaissait dans ma voix, mais je ne pouvais pas gâcher leur journée en leur faisant un sermon maintenant.

Nous étions collées à la barrière de bronze qui bordait la place du village. Elle avait été désertée les musiciens et danseurs. La rambarde de celle-ci s’enfonçait dans mon ventre et je grimaçai en sentant un coude s’enfoncer dans mon dos. Tressia se plaça derrière moi en remarquant mon expression, me protégeant ainsi de toute douleur externe. Je lui adressai un sourire reconnaissant auquel elle répondit avec un clin d’œil entendu.

Lorsque les premiers musiciens surgirent au coin de la rue dans leurs uniformes aux couleurs des Caisalor, une boule se forma dans mon ventre.

Bon sang, mais qu’est-ce qui pouvait bien m’échapper?

Le son joyeux des luths envahissait l’atmosphère et je vis du coin de l’œil quelques Efrits, créatures faites de flammes, entamer des pas de danse au-dessus de nos têtes.

La foule poussa des chuchotements d’émerveillement quand apparurent à leur suite la garde royale, épée au côté et air fier au visage. Ils précédaient la calèche noire tirée par ses licornes qui transportait le roi, la reine et leur fils. Je ne pus m’empêcher de pousser un soupir d’admiration en écho à ceux des autres spectateurs face à la beauté de ce tableau.

La musique se faisait de plus en plus forte à mesure que le cortège approchait. Mon cœur tentait de s'échapper de ma cage thoracique et j’essuyai mes mains moites sur ma jupe.

Cette chose que j’avais oubliée me semblait importante. Avait-elle un rapport avec la parade ?

J’aperçus la reine Kethrillya aux côté du roi. Derrière eux, sirotant un verre empli d’un liquide semblable à celui que je tenais quelques instants plus tôt, se tenait le prince héritier Eiden.

Un frisson de dégoût me traversa en repensant à son comportement passé et je le regardai avec une froide hostilité.

Son attitude désinvolte, comme s’il négligeait son entourage, enflamma encore plus ce ressentiment. Il n’accordait pas le moindre regard à la foule et semblait s’ennuyer profondément.

Un poids se forma au fond de ma gorge et me coupa la respiration lorsque je vis apparaître le capitaine de la garde royale qui s’était montré bon avec moi malgré ses obligations.

Sur son uniforme noir qui devait lui tenir bien chaud sous le soleil de plomb, une broche frappée des armoiries royales scintillait, éblouissante. Il observait autour de lui avec attention, ses yeux de chat plissés.

Je regardai alentours les visages brouillés environnants. Le monde commença à tourner autour de moi tandis que se mélangeaient les couleurs aveuglantes, les bruits assourdissants, les effluves corporelles entêtantes et la douleur sourde qui pulsait sous ma peau.

— Cam, ça va ? me demanda Tress alors que je m’appuyai contre sa poitrine faiblement.

Le roi observait la foule avec un air méprisant sans esquisser le moindre geste, une main posée sur la cuisse de son épouse. Elle n’avait d’yeux que pour lui.

Ils relevèrent brusquement la tête quand retentit un cri de rage:

— Mort au roi tyran !!! Longue vie aux Yzareph !!!

Le silence se fit sur la foule de spectateur, assourdissant.

Sur ma gauche, ce mantra fut repris. De plus en plus de personnes se mirent à crier ces deux phrases et l’agitation gagna le public.

Les gardes, dans une synchronicité impressionnante, entourèrent le carrosse royal alors que le cortège se stoppait lentement.

Le prince se posta devant sa mère dans une attitude protectrice et je sentis une vague de pouvoir me frapper, me faisant chanceler. Le roi se redressa pour observer la marée à ses pieds.

— Camélia !

Tressia me rattrapa alors que je basculai en arrière sous la force du barrage magique.

— Ca. . . Ca Va Tress.

Les murmures parcouraient la foule et j’observai la famille royale en me redressant puis je me souvins.

***

Des voix devant ma porte. Je reposai mon livre sur la coiffeuse et me penchai en avant en tendant l’oreille.

— Je te dis que c’est le bon moment. Il sera le plus vulnérable à cet instant de la parade. . . Quiconque l’acclame est un traître aux Yzareph. Et les traîtres aux Yzareph ne méritent pas de vivre.

***

Voilà ce que j’avais oublié !

Ce devait être des rebels qui fomentaient un coup d’état que j’avais entendus à ma porte durant ma convalescence ! Ca voulait dire qu’il s'en trouvait dans le manoir de Blackglen.

Alors que cette constatation me frappait, une seule pensée envahit mon esprit. Protéger ma famille.

Je poussai un cri perçant en me jetant sur mes soeurs et entraînai Tressia, qui était accrochée à moi, dans notre chute. Nous nous affalâmes lourdement sur les pavés devant l’attelage dont les membres ne semblaient plus savoir s’ils devaient se préoccuper de nous ou des rebels au loin. Ils nous observaient comme si une troisième tête venait de nous pousser.

Je relevai légèrement la tête et croisai le regard du capitaine Jemiatal qui m’observait avec une surprise non-feinte. Il secoua la tête discrètement, puis une explosion retentit, soufflant des débris sur la foule et me faisant rentrer la tête dans mes épaules.

Durant quelques secondes, pas un bruit ne retentit dans le public.

Le silence accablant fut malgré tout bientôt perturbé par un hurlement, puis des centaines alors qu’une odeur de fumée rehaussée d’un parfum sanglant envahissait l’air.

Les gens commencèrent à prendre leurs jambes à leur cou, renversant la barrière et nous piétinant toutes les quatre sans faire cas de notre position vulnérable. Je faisais barrage de mon corps, allongée tant bien que mal sur mes soeurs. Les larmes perlaient au coin de mes yeux tandis que mes plaies se rouvraient et maculaient ma chemise de sang. Je sentis le liquide chaud couler le long de mes côtes et un goût métallique saturer ma langue.

Les licornes, ces nobles équidés, étaient bloquées, harnachées comme elles l’étaient à la calèche. Elles se cabraient et leur sabot soulevaient des nuages de poussière qui me brûlaient les yeux. La terreur était visible dans leurs yeux noirs et l’écume qui s’échappait de leurs bouches hennissantes.

J’entendis un choc près de moi et une main puissante s'empara de mon bras lorsque j’osai relever la tête. Elle me hissa sur mes deux pieds sans ménagement en me tirant un glapissement de douleur.

— Prends ta famille et bouge !!

Je restai un instant coîte devant les prunelles noisette de l’héritier, avant d’obéir précipitamment. Il se détourna de moi pour courir au-devant de ses troupes.

Je tirai une Tressia apeurée sur ses pieds et pris son visage en coupe, plongeant mon regard dans ses prunelles dorées. Il fallait qu’elle m’aide à mettre mes soeurs à l’abri et pour cela, j’avais besoin qu’elle se concentre.

Lorsque la clarté reprit place dans ses iris, je hurlai:

— Prend Lyra et va dans les bois ! Je te suis.

Mon amie hocha la tête et entoura les épaules de ma sœur d’un bras protecteur avant de l’entrainer dans la direction que je lui avais indiquée.

Une fois que je fus sûre que tout irait bien pour elles, je me retournai à la recherche de Nicalina. Je l’aperçus cachée derrière la roue d’une calèche non-loin, tremblant de tout son corps. Elle avait réussit à se faufiler sans que je la remarque.

Mon cœur battait la chamade et je me baissai à quatre pattes pour la rejoindre, une larme dévalant ma joue en réaction à la brûlure qui parcourait mes plaies réouvertes.

— Nica, c’est dangereux de rester ici. Lyra et Tress sont dans la forêt. Il faut que nous les rejoignions.

Elle sanglotait, recroquevillée. Je posai une main rassurante sur sa tête, qu’elle releva pour me regarder, frémissante.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Tout ce que je sais, c’est qu’on doit se mettre en sécurité. Suis-moi.

Elle hocha la tête et un soupirs de soulagement m’échappa quand je la vis esquisser un mouvement dans ma direction.

Nous nous trainâmes sur le sol poussiéreux et émergeâmes à la lumière.

Le tumulte légèrement assourdi par le bois du véhicule me frappa et je marquai un bref instant de pause, sonnée. Nica se figea à nouveau, plaquant ses mains sur ses oreilles. Je la vis trembler de tout son corps, et un bref sentiment d’impuissance m’envahit. Comment faire pour la préserver ?

J’observai autour de moi afin de prendre la mesure de la situation et de prendre un décision sur mes prochains agissements. Si je voulais que nous sortions vivantes de ce coups d’état, je n’avais pas droit à l’erreur.

Les pavés nettoyés avec soin il y a peu étaient déjà maculés de sang et plusieurs corps gisaient dans la rue. L’odeur du sang, entêtante, me souleva l’estomac.

Une femme pleurait en tenant un petit paquet contre son coeur. Lorsque j’entamai un mouvement dans sa direction pour l’aider à se lever, ses sanglot lancinants furent stoppés par une deuxième explosion qui projeta un éclat de bois dans son œil. Elle s’affala et je cachai le visage de Nicalina qui gémissais, terrifiée, dans ma jupe.

Devant moi, le roi tendait une main à la reine Kethryllia afin de l’aider à descendre de la calèche encerclée de gardes prêts à attaquer quiconque s’approcherait de trop. Elle s’empêtra dans ses jupes mais fut rattrapée in-extremis par son mari.

Une fois sur ses pieds, la dame et son époux s’éloignèrent au pas de course.

Les lâches. Pourtant, avec leurs pouvoirs, ils auraient pu sauver bien des membres de leur peuple.

A ma gauche, j’entendis une voix grave et autoritaire vociférer des ordres.

En me tournant dans cette direction, j’aperçus le capitaine, aux côtés de son frère, et épée au poing. Ils courraient au devant du danger, accompagnés de leurs hommes. Lorsqu’ils arrivèrent au niveau de leurs assaillants, je les vis se mettre en mouvement dans une chorégraphie savamment exécutée.

Nombre de rebels tombaient après leur passage, et je ne pus retenir les larmes de m’aveugler. A quoi tout cela pouvait-il bien servir ?

Le capitaine attrapa le poignet d’un des rebels, le tirant sur son épée. Alors qui la retirait d’un geste brusque en repoussant le cadavre du pied, le prince leva une main et un autre assaillant tomba à genoux face à lui, tenant sa gorge entre ses doigts. L’héritier l’acheva d’un coup de dague en travers du crâne.

Cette vision m’éveilla soudainement et je me mis en mouvement, terrifiée à l’idée qu’ils se retournent vers nous malgré le fait étonnant que le prince venait de me porter secours.

J’attrapai la jeune fille par les épaules et la secouai doucement en me penchant vers elle afin de capter son attention.

— Tu cours et tu lâches pas ma main, compris ?!

J’attendis qu’elle hocha la tête, ses yeux vagues concentrés sur mon visage, avant de saisir son poignet et sprinter. Nous pénétrâmes dans les ruelles encore libres à notre droite.Les frondaisons des bois paraissaient au-dessus des toits délabrés et je pris leur direction.

Nous courûmes sans relâche avant de nous figer net.

Nicalina me percuta douloureusement et je plaquai ma main sur sa bouche pour étouffer son petit cri surpris.

L’air brûlait mes poumons haletants après la course folle que nous venions de faire. Haletante, je fixai un point par-dessus sa tête. Le sang déserta mes joues et je sentis ma vision se troubler.

Ma sœur leva ses grands yeux vers moi avec un air interrogatif puis se figea lorsque je lui montrai ce que j’avais aperçu.

Devant nous se trouvait une marée de créatures armées, formant un barrage qui nous bloquait le chemin.

De par les habits qu’elles portaient, j'arrivai à la conclusion qu’il devait d’agir d’habitants souhaitant défendre leurs habitations. Ils nous tournaient heureusement le dos, nous épargnant leur attention. Du moins pour l’instant.

Maintenant, il me fallait trouver un moyen pour les dépasser sans qu’ils nous prennent pour des rebelles en fuite.

Lorsque j’entrepris de pousser Nica devant moi afin de discrètement nous glisser derrière eux, l’une des créatures ouvrit la bouche et poussa un hurlement puissant.

Nicalina s’écroula devant moi en se bouchant les oreilles et je chancelai sous la force du son et de la magie combinée.

Si la Hurleuse, créature chauve aux yeux globuleux dépourvue d’oreilles nous faisait face, nous serions certainement mortes sur le coups. Elles avaient la réputation de pouvoir faire fondre un cerveau à la simple force de leurs cris.

Je réussis malgré tout à tenir debout et me tournai vers la créature alors que le sang coulait de mes tympans, effrayée à l’idée qu’elle ait tenté de nous tuer. Des acouphènes me martellaient le crâne.

J’ouvris la bouche de stupeur en avisant ce qui avait attiré un tel déferlement de pouvoir.

Plusieurs personnes, le visage masqué, approchaient lentement. Elles étaient armées de briques, coutelas et arcs. Elles prenaient leur temps pour jauger les adversaires doués de pouvoirs qui leur faisaient face.

Certains rebels étaient déjà affalés face contre terre, victimes de la Hurleuse qui venait d’utiliser son don. Du sang et des morceaux de chair coulait de leurs oreilles..

Soudain, dans un cri de guerre, les rebels s’élancèrent en direction des habitants qui s’empressèrent de les imiter. Les deux camps se rencontrèrent avec fracas et j’esquissai un pas en arrière, sous le choc. La peur me chuchotait de prendre mes jambes à mon cou. Mais pas sans ma sœur.
Je relevai Nica précipitamment en profitant de la confusion et nous nous jetâmes vers une nouvelle rue.

Un cri me fit cependant stopper ma course effrénée.

Cette voix. . . Je la connaissais pour l’avoir entendue me chuchoter des mots doux quelques heures plus tôt. . .

Il m’avait pourtant garanti ne pas être en ville aujourd’hui.

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